Parcours d'une nomade à temps plein

Je n’ai jamais vraiment su ce que je voulais “devenir quand je serai grande”… Je m’intéressais à plein de trucs différents et je savais que le traditionnel 9 à 5 dans un bureau n’était probablement pas ma tasse de thé, mais ça s’arrêtait là. Disons que épidémiologiste freelance, vidéo/photographe, kitesurfer et nomade n’étaient pas sur ma liste de choix de carrière. 

Voici donc mon histoire, question d’encourager ceux et celles qui veulent sortir des sentiers battus.

MalHeureusement, il n’y a pas de recette. Chaque personne a (et doit avoir) un chemin différent. C’est ce chemin qui rend la chose si intéressante. Ce qui a marché pour moi: créer mon réseau de contacts, faire ce que j’aime et ne pas avoir peur d’être différente.

Comme tout le monde

Mon premier choix de carrière impliquait un pickup, des gants et du lub, et un kit de chirurgie…  Vétérinaire pour les bovins laitiers m’offrait la possibilité de faire un travail physique, mais aussi intellectuel, en passant mes journées d’une ferme à l’autre pour aider les producteurs laitiers à optimiser la santé, la reproduction et la production de leurs animaux.

Travail à la ferme pendant mes études

Disons que comme premier choix, ça impliquait pas mal d’études post-secondaires (au Québec: 2 ans de cégep [collège] suivis de 5 ans d’université). Une chance que j’aime l’école. L’université s’est d’ailleurs avérée une expérience merveilleuse où j’ai rencontré des êtres (amis et des mentors) exceptionnels.

C’est durant cette période que j’ai fait mon premier voyage: 3 mois “sac-à-dos” en Mongolie. J’y ai appris beaucoup sur la culture nomade, mais surtout sur moi-même. J’ai été confrontée à ma façon de penser si nord-américaine, mon impatience, mon désir de performer. J’ai été émerveillée par les grands espaces vides, confuse par une langue qui ne ressemble en rien à ma langue maternelle, dégoutée par le ragout d’abats de mouton (poumon et estomac inclus) et émue par la relation des nomades avec leurs animaux dans l’environnement décharné où ils évoluent. C’est probablement cette aventure, littéralement de l’autre côté de la planète, qui m’a donné le goût de l’aventure.

Un peu plus tard, j’y ai aussi eu mes premiers contacts avec la recherche. Bien que mon but était de devenir vétérinaire, j’ai décidé de passer un été à travailler en recherche clinique. Toujours avec les bovins laitiers, j’ai eu l’opportunité de contribuer à de petits projets. Le but: optimiser la santé, la reproduction et la production des vaches laitières. Ce fut une expérience clé dans la suite de mon parcours. Principalement grâce aux mentors qui m’ont offert le support nécessaire à mon développement, mais aussi la liberté de questionner, de faire mes choix (et mes erreurs) et d’apprendre. C’est à ce moment que j’ai découvert à quel point les gens qui nous entourent peuvent faire une différence. Et sans vraiment le savoir, je commençais déjà à créer mon réseau de contacts qui forme, à ce jour, 95% de ma clientèle.

Sur les bancs d’école

Mon premier changement de carrière s’est donc opéré rapidement après mon DMV. Dès la fin de mes études, j’ai eu l’opportunité de pratiquer comme vétérinaire. En même temps, j’ai complété une maîtrise en sciences vétérinaires. C’est durant ces études que j’ai découvert l’épidémiologie. La geek en moi a tellement été séduite par les défis de la recherche et des bio-statistiques ainsi que la possibilité de supporter l’amélioration de l’agriculture moderne. Après ma maîtrise, je suis donc passée directement à un PhD en épidémiologie vétérinaire.

Ça peut sembler un peu fou de rester à l’école tout ce temps… et ce l’est sans doute un peu, mais j’aimais vraiment ce que je faisais pendant toutes ces années. Encore une fois, j’étais entourée de collègues et d’amis exceptionnels et inspirants. En plus, j’ai le privilège d’être née dans un pays où l’éducation est accessible à tous et j’ai pu terminer 12 ans d’études post-secondaire avec très peu de dettes.

Comme tout le monde, le plan après autant d’études était de trouver un travail et un appart, et de faire du kite la fin de semaine…

Une passion, le kitesurf

Bon, le kite, c’est peut-être pas nécessairement comme tout le monde. Mais un peu quand même. On a tous une passion… un sport, un art, une chose à laquelle on rêvasse toute la semaine et dans laquelle on peut se perdre dans nos temps libres.

Mon papa en kite sur la neige

Pour moi, c’est le kite. J’ai commencé sur la neige, quelque part dans les années 2000, et je n’ai pas vraiment arrêté depuis. Plus j’en faisais, plus j’avais envie d’en faire. Mes fins de semaine et mes vacances y étaient consacrées, mes choix de destination orientés vers ce sport.

À la découverte du monde

C’est donc ce qui m’a influencée quand j’ai décidé de partir découvrir le monde pour quelque mois. Mon plan: défendre ma thèse de PhD, partir pour le Brésil (le lendemain matin…), suivi de l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande et l’Indonésie. Six mois, puis retour aux choses sérieuses (le travail, l’appart, le kite les fins de semaine). Le problème (ou pas), c’est que plus la fin du voyage approchait, plus j’avais envie de continuer. 

Nomade digitale

Comme j’avais un budget pour seulement six mois, je pensais bien devoir rentrer après mon mois en Indonésie. C’est à ce moment que j’ai reçu un courriel d’un ancien professeur qui avait besoin de quelqu’un pour un petit contrat en biostatistiques/épidémiologie vétérinaire, comme si l’Univers m’avait entendue. Comme dans les films.

Même si ce premier contrat n’était pas suffisant pour “gagner ma vie”, c’était un bon début! J’ai donc écrit à mon réseau de contacts, offrant mon temps, mais à distance. Plutôt non-conventionnel dans un monde d’universitaires et de chercheurs, mais ils m’ont fait confiance. Et je leur en serai éternellement reconnaissante. De projet en projet, j’ai eu l’opportunité de collaborer avec des gens incroyables, pour des projets qui contribuent concrètement à la santé et la gestion des fermes laitières. Bien que c’est toujours un peu stressant lorsque la fin d’un projet approche et qu’aucun autre n’est en vue, cet arrangement me donne une liberté inégalée.

Ça fait maintenant trois ans que je travaille comme consultante freelance, avec de temps à autre un contrat de photographie/vidéographie dans l’industrie du kite (derrière la caméra), en plus d’être sponsorisée par Core Kiteboarding. Mes contrats sont tous venus d’amis et de collègues qui voient le potentiel de ma contribution à leurs projets. Sûrement parce que nos collaborations pendant toutes ces années (avant mon départ) se sont bien passées, sûrement parce que j’arrive à répondre aux attentes, même en étant à l’étranger, sûrement parce que j’aime ce que je fais, sûrement… Et parfois, je ne sais pas pourquoi, et c’est correct.

Vidéographe pour Core kiteboarding

Scarborough, Afrique du Sud

Sortir des sentiers battus

Les choses sérieuses, finalement, ce n’était pas tout à fait pour moi. Et même s’il n’y avait pas vraiment de “sentiers battus” dans mon domaine d’expertise comme nomade digitale, il ne m’a fallu qu’un bon réseau de contacts, un peu de courage et beaucoup de travail.

Je sais que je suis extrêmement privilégiée d’avoir grandi dans un pays où l’accès à l’éducation est gratuit et pour tous, d’avoir l’option de vivre cette vie. Plus je voyage, plus je vois ce privilège. Plus je voyage, plus je suis reconnaissante. Je crois que notre ère digitale offre de plus en plus d’opportunités, il ne suffit peut-être que d’avoir le courage de se lancer!

Mon premier contrat de photo payant, comme nomade digitale

Mon premier contrat de photo, rider: Steven Akkersdijk

Le courage, c’est peut-être quand le “fuck this shit” est plus fort que le “je ne sais pas si c’est une bonne idée”…

Article par José Denis-Robichaud

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