Est-ce que ça vous arrive souvent de réaliser à quel point vous êtes chanceux?

Depuis que je suis devenue nomade, je me retrouve souvent dans des situations qui me font prendre conscience de mon privilège. Non seulement je suis née dans un pays qui n’est pas en guerre civile, mais où les services de santé et d’éducation sont gratuits pour tous. J’ai grandit avec un toit sur la tête et trois repas par jour, dans une famille merveilleuse qui m’a appris l’amour, le respect, la persévérance et la générosité (et beaucoup plus). J’ai eu des opportunités dans ma vie que peu ont la chance d’avoir, et je les ai prises! Résultat, je vis la vie dont je rêve.

Choisir de donner de son temps

Après ma première année comme nomade à temps plein, je ne pouvais pas croire à quel point j’étais chanceuse. En santé, en amour, avec une famille et des amis fantastiques qui me supportent (et parfois me rejoignent) dans mes folies…

J’avais envie de redonner à l’univers, à ceux qui sont moins privilégiés. Une sorte de karma j’imagine.

J’ai donc considéré plusieurs options… La plus simple aurait été de donner une partie de mon salaire à un organisme ayant des objectifs et des valeurs qui me tiennent à coeur, mais 6 mois après avoir commencé comme freelance, ma sécurité financière était pour le moins discutable. J’ai ensuite voulu créer un projet dans l’un des pays où je passe beaucoup de temps. Comme mon expérience est en médecine vétérinaire, je me suis dit que je pourrais créer une clinique de stérilisation pour les chiens de Maurice (l’île, pas le gars). Je me suis par contre rapidement rendue compte des barrières logistiques et politiques pour un tel projet. Et comme je dois continuer à travailler, je n’étais pas en mesure d’investir le temps nécessaire. Du moins pas pour l’instant.

J’ai donc opté pour une troisième option, donner de mon temps à un organisme déjà implanté dans une région où les besoins sont criants. Encore une fois, mon expérience professionnelle comme vétérinaire et épidémiologiste a guidé mon choix et j’ai été chaleureusement accueillie par Vétérinaires Sans Frontières.

J’ai beaucoup appris de cette expérience au coeur de l’Afrique de l’Est et, bien que chaque pays et chaque projet soient différents, je crois que certains défis sont universels.

Si vous décidez de donner de votre temps dans un pays en voie de développement, je crois que la curiosité, l’ouverture d’esprit et la patience sont de mise. De mon côté, je suis partie en Ouganda avec pour mission, rien de moins, que d’aider au développement d’une stratégie régionale, voire nationale, pour la reproduction des vaches laitières. Avant de faire quoique ce soit par contre, il m’a fallu découvrir les habitudes, les défis et les traditions des gens de la place. C’est essentiel pour développer des stratégies qui seront utiles et utilisées.

Vivre la différence

La production laitière ougandaise pourrait difficilement être plus différente de la production nord-américaine. Les bâtiments, la mécanisation et l’automatisation ne font pas du tout partie du quotidien des agriculteurs et, bien que la gestion de la reproduction soit un élément majeur en Amérique du Nord, elle ne peut être une priorité lorsque les vaches n’ont ni un point d’eau facile d’accès, ni des suppléments alimentaires en période de sécheresse. De plus, comme il n’y a que rarement des bâtiments pour les animaux, la traite est faite à la main et les champs sont labourés, semés et récoltés à la main.

Comme vous pouvez l’imaginer, je ne pouvais pas proposer les mêmes solutions pour améliorer la santé et la production laitière sur ces fermes que chez des producteurs canadiens. Il me fallait donc comprendre le (ou plutôt les) pourquoi derrière les façons de faire et les décisions prises sur ces fermes. Pour ce faire, j’ai eu la chance de vivre sur une ferme ougandaise, ce qui fut l’expérience la plus pertinente pour découvrir le « vrai » contexte. En effet, les gens ont souvent une idée de ce que la « bonne réponse » est, et les discussions, bien qu’intéressantes, ne reflètent souvent pas la réalité.

Si vous décidez de donner de votre temps, je vous invite donc à prendre toutes les opportunités de partager votre quotidien avec une famille locale. Peut-être que, comme moi, vous comprendrez des facteurs clés à votre mission par ces échanges impromptus autour d’une tasse de thé ou d’un bol de porridge.

Avoir un impact

Au final, bien que mon mandat fut de proposer des stratégies pour la gestion de la reproduction des vaches laitières, je crois que l’impact que j’ai eu a été principalement sur les personnes que j’ai côtoyées au quotidien. Heureusement, la ferme où j’habitais sert de ferme de formation pour de nombreux producteurs locaux. J’ai donc espoir que les discussions que nous avons eues et le matériel d’enseignement que je leur ai laissé permettra à plusieurs producteurs d’apporter quelques changements bénéfiques pour eux et leurs animaux.

Heureusement, mon projet est encadré par un organisme local, ce qui aide à l’implantation des solutions proposées dans un cadre plus large. De plus, tous les projets développés par VSF se doivent de promouvoir l’égalité des sexes, la durabilité environnementale et la bonne gouvernance. De cette façon, même un petit impact comme celui que j’espère avoir eu peut servir aux organismes internationaux et aux entités gouvernementales pour avoir une influence sur les décisions et politiques à venir.

Si vous avez envie de « donner au suivant », de sortir de votre zone de confort, de vivre des expériences hors du commun, je recommande un organisme comme VSF pour vous supporter dans votre projet, mais aussi pour assurer un suivi après votre départ. Si le temps ou l’esprit d’aventure vous manque, vous pouvez toujours contribuer aux projets Bénévoles pour la Santé Animale et Communautaire (V4H2).

Webare (merci)!

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