Le Kazakhstan est un pays d’Asie centrale très étendu et peu peuplé. Hors des grandes villes modernes comme Astana (la capitale) ou Almaty, se trouvent des kilomètres de désert. La région d’Ulytau est au centre du pays et regorge d’histoire et de sacré.

Le bus s’arrête au milieu de nulle part, dans la campagne des steppes kazakhs. Venus du monde entier pour assister au premier festival de musiques traditionnelles du Kazakhstan, une centaine de musiciens en descendent et posent les pieds sur la terre la plus sacrée du pays. En tant que journaliste qui suit la troupe française Nice la belle, je pose également mes pieds à Ulytau. J’avais fait mes recherches, naïvement sur internet, mais je ne pensais pas que ce serait aussi beau et étrange à la fois. Il y a quelques articles historiques et touristiques qui parlent de la région, et quelques photos lunaires qui sont impressionnantes, mais rien qui ne traduise l’atmosphère présente sur ces terres. Ce qui frappe d’abord, c’est ce silence tout autour de nous, comme si nous étions seuls au monde. En deux heures de trajet, je n’ai vu presque aucune maison. Seulement des champs parsemés d’herbe et quelques bêtes par-ci, par-là. Il y a aussi des mausolées, des cimetières magnifiques et l’horizon, infiniment plat. En plein centre du Kazakhstan, entourés par les montagnes, nous découvrons un lieu hors du temps.

Le lieu où s’est créé le pays

Ulytau qui veut dire « great mountain » est le lieu où le pays s’est construit : « C’est l’endroit où les peuples nomades kazakhs se sont unis pour former le pays. Ils l’ont fait pour se battre contre nos ennemis », explique l’une des professeurs d’anglais de l’université de Jhezkazgan qui nous accompagne durant ce séjour.

La montagne sacrée d’Ulytau

Les montagnes n’atteignent que quelques kilomètres de hauteur, mais l’endroit est si important qu’elles sont les plus connues du Kazakhstan. De nombreux monuments historiques et découvertes archéologiques y ont été faits. Des pétroglyphs, de curieuses pierres gravées ou encore des mausolées sont présents dans la région semi-désertique. Cette richesse historique est cataloguée sur le site du patrimoine mondial culturel de l’Unesco : « Les ruines et découvertes archéologiques d’Ulytau montrent toutes les époques de l’Histoire et toutes les interactions entre les hommes et la nature au fil du temps ».

Une énergie cosmique

L’énergie qui se dégage de la région est mystique. L’endroit où nous nous rendons est un passage sacré pour les pèlerins. Une source d’eau dite « pure » est cachée dans un petit abri. En descendant les escaliers, nous pouvons aller tremper nos mains dans cette eau bénite. La religion majoritaire du pays est l’islam (70% selon un recensement national de 2009), ainsi un imam s’installe en face de nous. Il souhaite prier et bénir les pèlerins venus en ce jour sur ces terres sacrées. Peu importe si l’on est croyant et, au fond, peu importe d’où l’on vient, la prière coranique, en langue kazakh est émouvante d’authenticité. Un endroit non loin de la source attire mon attention. Un arbre immense est recouvert de morceaux de tissus, de toutes les couleurs. Je demande à un guide pourquoi et il m’explique que les pèlerins viennent déposer ces tissus et faire une prière pour que des membres de leurs familles guérissent. Une sorte de mur des lamentations en plein milieu d’une région désertique du Kazakhstan.

Légende ou réalité ?

Quand nous retournons sur les lieux du festival, à environ trente minutes, je rencontre un habitant de la région. Il me raconte que, cette nuit, il dormait dans sa yourte et il a vu une grande lumière au dessus de la montagne. Il m’assure que c’est courant ici et que la région est bel et bien une terre mystique et cosmique. Parmi les nombreux personnages qui « hantent » la région, il y a le célèbre Alasha Khan, fondateur du pays ou encore Jochi, l’un des principaux leaders guerriers du peuple Khan. Des saints sont également là pour protéger les habitants et les guider, comme nous explique notre guide : « De nombreuses personnes peuvent être guéries ici des maladies, pas seulement grâce à l’eau mais grâce aux saints présents. Certains habitants sont enterrés de l’autre côté de la montagne, cela signifie qu’ils sont purs, qu’ils ont terminé cette route ».

Les guides touristiques en ligne affirment qu’il est parfois difficile de séparer l’Histoire et les mythes entourant les montagnes d’Ulytau.

À lire également sur Nomade Magazine :