D’aventures en mésaventures : comment l’expérience du voyage en solitaire a accru ma passion de parcourir le monde

Alors que ma passion pour le voyage n’était plus à prouver, il y a deux ans, pour la première fois, je partais seule. Seule avec mon sac à dos pour une aventure de trois semaines dans le nord de l’Afrique. Comme la veille de chacun de mes voyages, l’excitation et l’impatience dominaient, mais cette fois-là, une part d’inquiétude s’emparait également de moi. Je rassurais mes proches tout en essayant de me rassurer moi-même. Cependant, je ne partais pas totalement en terre inconnue ; je connaissais la région pour y avoir été quelques années auparavant avec ma famille.

Durant le vol, j’admirais la Méditerranée et le paysage aride à travers le hublot, trépignant de hâte à l’idée d’arriver. Quelques heures plus tard, en fin d’après-midi, j’atterrissais enfin et partais à la recherche d’un taxi pour m’amener à mon logement.

Le lendemain matin, alors que tout le monde dormait encore, je me levais de bonne heure afin de prendre un bus qui allait me conduire dans une autre ville. Devant la porte de l’hôtel, j’attendais mon taxi qui devait me déposer au terminal de bus. Le silence régnait : les touristes avaient fait la fête la veille et les locaux, période du Ramadan, s’étaient également couchés tard. Sac sur les épaules, j’attendais donc.

Quelques minutes seulement ont suffi pour comprendre ce qui venait de m’arriver : les mains en sang et une dizaine de femmes autour de moi m’ont fait réaliser l’agression que je venais de subir. Mais plus de peur que de mal, dit-on, même si je suis légèrement blessée aux mains. Tout s’est passé tellement vite et je n’avais qu’une envie qui était de monter dans le taxi (finalement arrivé) et partir d’ici. Au terminal de bus, il y avait beaucoup de monde. Je me collais contre un mur, ne parlais à personne.

Cela faisait trois jours et c’est seulement à ce moment-là que j’arrivais enfin à mettre des mots sur cette mésaventure. Durant la semaine qui suivit, il était difficile pour moi de sortir de mon auberge et impossible d’aller parler à qui que ce soit dans la rue. J’ai ainsi pris la décision de prendre un vol retour plus tôt que prévu, avec regret de ne pas avoir pu surmonter cette épreuve, mais soulagement de retrouver mes proches.

Chacun réagirait différemment à une agression, nous ne savons malheureusement pas anticiper nos attitudes, nos comportements face à telle situation. Pour ma part, je pensais que cette passion pour le voyage était terminée, que jamais plus je n’oserais partir à l’autre bout du monde, que ce soit seule ou accompagnée. Mais je ne voulais pas me résigner à cette idée qui m’était inconcevable ; cinq mois plus tard, je reprenais la route de l’aéroport, direction le Pérou.

Au matin du départ, je me sentais étrangement bien, alors que je repartais seule avec mon sac à dos pendant un mois, mes proches un peu moins. Mais avant de partir, j’avais pris quelques précautions : dans un carnet, noté différents numéros de téléphone et adresses utiles tels que l’ambassade par exemple, fait des photocopies de mon passeport ou encore m’être enregistrée sur le site des Affaires Étrangères. Ce qui me permettait de partir plus sereinement.

À Lima, une famille locale venait me chercher à l’aéroport, chez laquelle je logeais le temps de mon séjour en ville. Les différentes barrières de mon expérience précédente étaient directement tombées, je me sentais si bien dans ce foyer. Les membres de la famille m’ont fait découvrir Lima autrement, d’une manière locale et à travers leurs yeux à eux.

Quatre jours plus tard, je partais pour Cusco, réellement seule cette fois-ci. Enfin pas totalement ; la famille de Lima étant très avenante, je recevais régulièrement des messages pour savoir si tout allait bien.

À Cusco, j’y restais deux semaines et demi. Je ne pouvais donc pas rester enfermée, je devais passer au-delà de ce qui m’était arrivé et marcher seule dans les rues. Il est évident que je me baladais le plus légèrement possible et que je ne m’aventurais pas dans des quartiers hostiles. Et même si mon espagnol était loin d’être parfait, aller à la rencontre des locaux ne me faisait pas peur, au point de séjourner plusieurs jours dans des communautés indigènes des Andes. Ce fut une expérience humaine incroyable et j’ai pris conscience de la chance et du privilège d’avoir vécu cela, même un court instant.

Avant de rentrer au pays, je suis repassée à Lima dans la famille des premiers jours. Quelle joie de les retrouver et de leur raconter mon voyage à Cusco. Qui plus est, mon espagnol s’était considérablement amélioré.

Le cœur serré, mais avec de merveilleux souvenirs et des rencontres inoubliables, je rentrais. Et je rentrais plus motivée que jamais à continuer de parcourir le monde, découvrir les cultures et apprendre. Parce que voyager, c’est une leçon de vie incroyable !

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