J’ai toujours considéré que mes voyages commençaient au moment où je franchissais le seuil de mon appartement pour aller prendre le premier bus direction la gare ou l’aéroport. Le transport fait partie intégrante de mes aventures. À vrai dire, c’est même un moment que j’apprécie particulièrement. C’est cet entre-deux durant le quel on peut fantasmer notre voyage sans encore savoir ce qui nous attend. C’est certainement pour ça que j’ai toujours privilégié, dans la mesure du possible, les transports lents. Si j’avais le choix, j’ai toujours préféré le train à l’avion. Voir le paysage défiler, prendre le temps de s’arrêter et puis surtout prendre conscience des kilomètres que l’on parcourt pour atteindre notre but.

Il y a un an, au détour d’un voyage solo au Brésil, j’ai fait une rencontre incroyable qui a bouleversé pas mal de choses dans ma petite vie. C’était à Parati, une magnifique petite ville coloniale dans l’état de Rio. Il s’appelait Dario, il était Argentin et il revenait d’un voyage d’un an qui l’avait mené de La Rochelle à la Patagonie… sur son voilier. J’ai évidemment écouté son histoire bouche bée et, quand il ma proposé de le suivre, je n’ai pas hésité longtemps.

Aujourd’hui, un an et des milliers de milles plus tard, ce mode de vie qui m’avait tant fascinée est devenu le mien. Je vie à bord de FUGA, un voilier de treize mètres en aluminium avec Dario, mon copain, et Oï, notre chien. En septembre, nous partons pour une grande aventure : trois ans de voyage avec pour but les îles enchanteresses de la Polynésie française.

Quand je parle de ce projet à mes amis, ma famille, les questions fusent et je me revois un an en arrière poser ces mêmes questions à Dario. Alors, pour tenter de répondre aux interrogations les plus courantes, je vais essayer de vous raconter comment je vois « l’art » de voyager en voilier. Bien sûr, cette vision m’est toute personnelle et chacun vit cette expérience de manière différente.

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Parati au Brésil, l’endroit où j’ai rencontré Dario

« En traversée, vous mangez des boîtes et des trucs lyophilisés ? »

Avec Dario, nous sommes des épicuriens, nous aimons les plaisirs simples et la nourriture en fait partie ! Lorsque nous faisons de longues navigations, nous arrivons à avoir du « frais » (fruits, légumes) jusqu’à un mois ! Bien sûr il ne faut pas acheter n’importe quoi, certains légumes comme le céleri boule ou le choux rouge par exemple peuvent se conserver des semaines !

Nous mangeons très peu de viande et nous n’avons même pas de frigo à bord, par contre nous pêchons ! Bien entendu, c’est aléatoire, il se passe parfois des traversées entières sans rien pécher, puis des périodes où nous mangeons du poisson frais tous les jours !

Pour les jours de gros temps où faire la cuisine devient compliqué, nous embarquons des conserves faites avec amour par nos proches ! Blanquette de veau, curry de légumes, de vrais repas de fêtes ! Et puis, bien sûr, des féculents qui se conservent très bien mais qu’il faut stocker dans des boîtes hermétiques car ils sont la cible privilégiée des charançons, des petits insectes bien connus des marins pour leur capacité à détruire des stocks entiers de riz, pâtes et céréales en tout genre !

Viande séchée en pleine mer.

En pleine mer, nous faisons sécher de la viande loin des mouches qui pourraient y pondre

« Tu ne te sens pas un peu à l’étroit, enfermée comme ça pendant plusieurs jours ? »

Je crois qu’il y a deux manières de voir la chose. On peut se dire que c’est terrible de passer plusieurs jours enfermé sans aucun moyen de descendre ou de s’enfuir, ou bien on peut se dire que ce doit être merveilleux de se retrouver au milieu de l’océan, libre d’aller où l’on veut, là où personne ne viendra jamais nous chercher. Personnellement, j’opte pour la seconde option. Imaginez un peu : vous êtes au milieu de l’Atlantique sur un bateau qui vous porte vers des endroits rêvés. Personne à la ronde pour venir vous importuner sinon les personnes avec qui vous avez décidé de partager le voyage. Pas de téléphone qui sonne, pas de courriers indésirables, pas de rendez-vous, pas d’obligations. Juste vous, la mer, le vent et votre bateau. Je ne me suis jamais sentie aussi libre que lors de ces moments.

« Mais tu dois t’ennuyer horriblement au bout d’un moment ? »

Pour qui ne la jamais vécu, il doit être difficile de se représenter un moment de déconnexion totale. On se dit souvent pendant les vacances que l’on va se reposer, se déconnecter… en réalité, c’est bien souvent l’inverse qui se produit. En voyage, je prends des photos pour alimenter mon compte Instagram, je publie des petits mots sur Facebook pour rassurer mes amis et ma famille et les prévenir où je suis et puis parfois il y a ce mail du boulot qu’on ne peut s’empêcher d’ouvrir, les appels intempestifs de ceux qui ne sont pas au courant qu’on est en mode « OFF ». Au milieu de l’océan, il n’y a rien, pas de réseau, pas d’internet, personne à qui rendre des comptes. On finit par perdre la notion du temps et c’est une routine complètement différente qui s’installe.

On peut plus écouter son corps, c’est un moment privilégié pour prendre soin de soi. En navigation, je dors beaucoup moins longtemps mais beaucoup plus de fois par jour. Nous faisons des quarts de 4h chacun en règle général, afin que quelqu’un soit toujours éveillé sur le bateau, mais en dehors de ces quarts, si je suis fatiguée, je vais me coucher, si j’ai faim, je mange et, ce, indépendamment de l’heure qu’il est.

Tout ce temps libre c’est aussi l’occasion de faire des choses que nous n’avons pas le temps de faire d’habitude. Ainsi, en navigation, je lis énormément… jusqu’à 6 heures par jour parfois. J’écris aussi et surtout je regarde. Je peux passer des heures sur le pont à scruter ce qui m’entoure et croyez-le ou non, je ne vois jamais la même chose. La lumière, les nuages, les vagues… tout est mouvant et en évolution constante. Ainsi, même si nous sommes entourés d’eau avec du bleu à perte de vue, il me semble qu’à chaque instant le paysage change. La nuit, lorsque nous sommes loin des côtes et qu’il n’y a pas de pollution lumineuse, le ciel nous offre un spectacle que je n’ai jamais pu voir ailleurs. Et en plus des milliard d’étoiles, souvent le planctons luminescents nous accompagnent laissant dans le sillage du bateau des traînées de paillettes phosphorescentes. Lors de notre dernier voyage vers l’Irlande, nous avons eu deux jours de « pétole », pas un souffle de vent ne venait rider la mer qui était lisse comme une flaque d’huile. Dans la nuit, alors que je sortais pour mon quart, le ciel était tellement dégagé que l’on voyait les traînées de la voie lactée et toutes ces étoiles se reflétaient sur la mer comme un miroir. Comment voulez-vous vous ennuyer lorsque vous assistez à ce genre de choses ? En définitive, j’aime définir la vie en bateau par l’idée de « prendre le temps d’avoir le temps » ou à l’inverse « avoir le temps de prendre le temps » et crois que l’on ne se rend pas compte de l’importance d’avoir des moments comme ceux-là où la notion de « temps » n’est plus une contrainte.

Du bleu à perte de vue.

Du bleu à perte de vue

« Comment vivre ce genre d’expérience lorsqu’on n’a pas de bateau ? »

Évidemment, voyager en voilier n’est pas aussi simple qu’en avion ou en train. Mais sachez que ce n’est pas impossible, même si vous n’avez pas de bateau ! Il existe différent moyens de pouvoir vivre cette expérience.

Le bateau-stop : Beaucoup plus commun qu’on ne le pense, le bateau-stop consiste à chercher des embarcations directement dans les ports et de proposer ses services en tant qu’équipier. Beaucoup de personnes naviguent seules parce que leur famille ou amis ne partagent pas leur passion, mais ne sont pas contre un peu de compagnie ! Vous pouvez laisser des annonces dans les ports, les marinas ou bien sur internet ! Le site « la bourse aux équipiers » est très fréquenté dans le milieu. En échange de l’embarquement, la coutume veut que vous participiez à la caisse de bord pour l’avitaillement et le carburant.

L’école de croisière : Cette formule s’adresse aux personnes souhaitant, en plus de voyager, acquérir des connaissances en matière de navigation. Vous embarquez sous l’enseignement d’un skipper professionnel diplômé d’État. Plus cher, l’école vous permet toute fois d’être assuré en cas de problème et garantit un apprentissage et un savoir-faire du skipper contrairement au bateau-stop qui est parfois plus… aléatoire. De plus, les écoles s’adressent à tous les niveaux, débutants comme confirmés.

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Max un stagiaire et Facundo un bateau-stoppeur

Donc, pour résumer, peu importe votre niveau, peu importe votre budget, si vous souhaitez tenter l’expérience du grand large, c’est possible, il n’y a plus qu’à se jeter à l’eau !

Et si vous vous demandez à quoi peut ressembler un voyage avec Nomade Voile, voici un petit résumé vidéo de notre dernier séjour en Irlande !

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