Depuis tout petit, j’ai toujours rêvé à des destinations qui auraient pu me porter dans des décors paradisiaques faits de lagons bleus comme des saphirs où les tortues et les dauphins nageraient, où des oiseaux majestueux caresseraient de leur ailes multicolores un air pur illuminé par un soleil flamboyant. J’avais en tête les paysages oniriques de carte postale que l’on découvre avec stupeur dans les magazines ou à la télévision, cette nature incroyable de ces îles perdues dans l’océan Pacifique. Palau ou Tahiti étaient des noms qui éveillaient en moi des sentiments magiques et indescriptibles. Je m’imaginais allongé dans un hamac sous un ciel immaculé avec pour seules compagnies la paresse, des boissons fraîches servies dans des noix de coco et le plaisir de voir le temps doucement s’écouler.

Je n’y suis jamais allé. Je n’irai sans doute jamais.

Un jour, mon ami Nikoloz m’a proposé de m’accueillir chez lui, en Géorgie. Un pays que j’arrivais tout juste à situer sur une carte du monde. J’ai simplement réservé mon vol sans réfléchir. J’avais peur de fouler les anciennes terres de L’U.R.S.S. Je me suis rappelé de cette guerre d’Ossétie en 2009 où les chars russes étaient entrés sur le territoire. Je savais que cette région était chargée d’histoire, une histoire que l’on connaît trop peu. J’aime l’aventure et je savais que j’étais placé entre de bonnes mains en arrivant dans cette contrée. Mon voyage en Géorgie a été l’un de mes premiers plongeons dans l’inconnu. Je n’attendais rien de particulier de ce périple, je rendais simplement visite à un excellent ami rencontré lors de mon année d’Erasmus à Florence.

Une semaine avant de prendre l’avion, j’ai reçu un message d’alerte de la compagnie aérienne qui m’informait du crash qui était survenu à l’est de l’Ukraine, les circonstances étaient à l’époque encore mystérieuses (nous avons appris par la suite que l’avion avait été abattu). La compagnie aérienne demandait aux passagers du vol Kiev-Tbilissi de se rendre une heure avant l’horaire prévue pour l’embarquement car le couloir aérien avait été momentanément déplacé vers l’intérieur de la Russie en passant par le nord de L’Ukraine afin d’éviter de survoler les zones de combats entre les sympathisants ukrainiens et les séparatistes pro-russes.

Pour la toute première fois de ma vie, j’ai eu peur de prendre l’avion, vraiment peur.

Mais, je suis bel et bien arrivé dans la capitale géorgienne au beau milieu de la nuit. Malgré un atterrissage plutôt délicat, tout paraissait calme et semblait me tendre les bras. Mon ami Nikoloz m’attendait, nous nous sommes chaleureusement salués, à partir de cet instant j’ai vécu, sans doute, les deux semaines les plus intenses de ma courte existence.

Ma première rencontre culturelle avec ce pays a été culinaire. Une cuisine immensément riche s’offre au regard et à l’estomac du voyageur affamé, de la viande sous toutes ses formes, cuisinée de différentes manières, des fromages, des légumes marinés et l’incroyable khinkali, ces gros raviolis garnis de viandes et d’herbes aromatiques. Il faut faire un petit trou en le perçant avec les dents pour aspirer le jus qui s’est formé à l’intérieur lors de la cuisson, un délice venu tout droit des montagnes célestes du Caucase.

En Géorgie, on a la véritable impression de ressentir une multitude d’influences culturelles dans son assiette. La région étant à la fois en Europe et proche de l’Asie et du Moyen-Orient. C’est une partie du monde qui semble avoir un petit peu grandi dans presque tous les berceaux.

Tbilissi, la capitale, (littéralement la ville chaude) est une ville millénaire où les sources thermales ne se comptent pas. Les bains turcs envahissent les rues. L’architecture traditionnelle cohabite avec des édifices très modernes faits de verre et de métal ayant des formes toutes droit sorties des films de science fiction. On peut tout admirer dans un funiculaire qui nous emmène sur les hauteurs de la ville.

Tbilissi, la ville aux mille visages

Tbilissi, la ville aux mille visages

Nous avons orienté notre exploration dans le reste du pays, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir le désert à quelques dizaines de kilomètres de la capitale. Quelle émotion de visiter ces églises du quatrième siècle dont les fresques furent abominablement saccagées par les soviétiques. Quel étonnement de manger du miel à même les alvéoles, un met d’exception offert par des paysans au milieu des montagnes. Chaque jour, mon palais découvrait un peu plus cette cuisine riche et variée, ces vins d’excellence dont la renommée commence à s’établir dans le monde entier. Mais, la plus grande émotion, je l’ai ressentie lorsque nous avons arpenté les montagnes de Tusheti dans l’est du pays. J’ai été béni par les eaux claires venues des plus hauts sommets, elles ruissellent dans les entrailles de la terre, chargées de nutriments et d’une fraîcheur incomparable. Elles semblent laver le corps et l’esprit en douceur et en profondeur. On peut renaître aux yeux d’un monde sauvage qui semble appartenir instantanément à celui qui foule cette terre et y pose son regard.

Omalo, un village fait de pierres sur des montagnes escarpées

Omalo, un village fait de pierres sur des montagnes escarpées

Je suis tombé amoureux du trekking lors de ce périple. Rien n’était là pour trahir la présence humaine. Les routes des montagnes du Caucase changent après chaque fonte des neiges. Il faut plus d’une journée de 4X4 pour traverser cette petite région de Tusheti qui ne fait qu’à peine quarante kilomètres de long. Par conséquent, pendant des siècles, les peuples qui s’y sont sédentarisés sont restés isolés du reste du monde, ils ont adopté leurs propres langues, leurs propres traditions. Certains rites païens sont encore pratiqués de nos jours. On peut parfois voir des petites cabanes éloignées du centre des quelques très rares villages comme celui d’Omalo. Ces petites bâtisses peuvent être remplies de crânes de moutons, de drôles d’endroits dont la fonction me reste encore inconnue.

En deux semaines d’exploration, je n’ai croisé que très peu de touristes. La Géorgie est d’une authenticité sans pareil, elle s’offre à nous dans ses manifestations les plus brutes, les plus agréablement percutantes. Rien n’est à décrire, tout est à voir de ses propres yeux. Les mots ne peuvent suffire pour parler de la Géorgie.

Je me suis alors rappelé de ce désir d’évasion, de ce doux rêve de me rendre dans les contrées les plus exotiques de la planète, mais la Géorgie n’a rien à envier à tout cela.

Si vous voulez vous sentir dépaysé, si vous voulez vous redécouvrir dans la plus accessible et la plus grande simplicité, venez visiter ce pays.

-Benjamin Gaillard

À lire également sur Nomade Magazine: