Après quelques semaines sur les routes de l’île du nord de la Nouvelle-Zélande, l’équipe de 11 que nous sommes arrivons dans la région de Taupo au mois de février. Avant mon départ en voyage, j’avais comme projet de faire la randonnée qui permet de grimper le Tongariro et d’admirer les célèbres Emerald Lakes. Ayant soif de grands espaces et de trek et souhaitant fuir les touristes qui affluent sur cette célèbre randonnée, j’émets l’idée de faire la Great Walk : le Tongariro Northern Circuit. Les Great Walks en Nouvelle-Zélande sont l’équivalent des Grandes Randonnées (GR) en France et celle du Tongariro Northern Circuit est réputée pour être l’une des plus belles au monde. Long de 43 km, le trek emmène les randonneurs dans le parc national du Tongariro pendant 2 à 4 jours. Nous nous renseignons sur la réservation de huttes pour dormir, ces dernières se révèlent être complètes pendant plusieurs semaines, et également relativement chères (32$ par nuit, et 15$ pour l’emplacement de camping). Ayant en tête que le camping sauvage est autorisé en Nouvelle-Zélande à condition de s’éloigner de 500m des chemins, nous décidons après réflexion de réaliser cette Great Walk en bivouac et autonomie. Cette option implique de bien préparer nos étapes pour adapter les temps de marche au niveau sportif de chacun, de nous équiper correctement et évidemment de miser sur une bonne météo pour camper. En effet, cette région volcanique exposée est sujette à d’imprévisibles changements de météo. Rapide coup d’oeil sur internet : 3 jours de soleil annoncés, dans 3 jours. Décision prise, nous quittons Rotorua, direction le Tongariro National Park. 

Après avoir examiné les cartes, les dénivelés et les distances, nous décidons de réaliser le trek en 4 jours. Nous nous arrêtons une journée à Taupo pour acheter ce dont nous avons besoin pour nous nourrir durant 4 jours : riz et conserves de thon, barres protéinées, fruits secs, bananes, pommes. Certains moins équipés achètent tente et matelas de sol. La veille du départ, nous dormons dans une auberge au Tongariro National Park. Tout le monde s’active à cuire son riz et à préparer son sac à dos. Ce dernier est d’ailleurs relativement lourd, car contient des vêtements contre le froid et la pluie en altitude, deux litres d’eau, 4 jours de repas, un duvet, un tapis de sol et une tente (même si les garçons se dévouent pour porter les tentes). Après une bonne nuit, nous partons tôt vers Whakapapa Village, point de départ du trek.

La première étape du trek est plutôt facile, sans dénivelé. Nous serpentons à travers une plaine de bruyère, les volcans en arrière plan. Le soleil tape, les grands espaces nous enivrent et nous savourons ces premiers kilomètres de marche où nous n’avons croisé qu’une dizaine d’autres randonneurs. Après 8,5km, nous arrivons en début d’après-midi à la Mangatepopo hut. Nous profitons du point d’eau pour remplir nos gourdes et nous nous reposons devant une vue magnifique sur le mont Ngauruhoe. Pour les incollables du Seigneur des Anneaux, ce mont a été utilisé pour filmer la montagne du Destin. Nous reprenons nos sacs, il est temps de trouver un endroit pour bivouaquer. Nous quittons le sentier et marchons à travers la bruyère en quête d’un endroit plat pour poser nos 4 tentes. Officiellement, nous devons nous éloigner de 500m du chemin, officieusement, il s’agit surtout d’être à l’abri du regard des rangers. La mission campement se déroule rapidement, le sol étant plat et sans arbres, il a été facile de trouver un endroit adéquat. Une fois les tentes piquées et les sacs à l’abri de la pluie sous une bâche, nous contemplons un magnifique coucher de soleil sur le mont Taranaki loin devant, puis nous partons nous coucher sous un ciel parsemé de milliers d’étoiles.

Après une nuit difficile à cause du froid, nous repartons de bon matin pour rejoindre le Tongariro Alpine Crossing, la randonnée plus touristique qui permet d’accéder aux lacs en seulement une journée et qui correspond à notre deuxième étape. C’est au milieu d’une foule de plus en plus importante que nous attaquons l’ascension. 600m de dénivelé positif nous attendent. Fatigués de la veille, les centaines de marches nous coupent les jambes, nous sommes plutôt lents avec nos gros sacs et les autres marcheurs, frais et moins chargés, nous doublent en nous encourageant. La température descend au fil de l’ascension et le brouillard arrive. Nous enfilons polaire, veste, gants et bonnet. La végétation disparaît pour laisser place à un sol volcanique noir. Nous traversons le South Crater, désertique et lunaire, avant d’entamer la dernière partie de l’ascension. Le vent se lève, il fait de plus en plus froid. Le chemin est de plus en plus raide, nous glissons dans les cailloux, les bourrasques nous ralentissent, les jambes fatiguent et nous nous encourageons mutuellement. Nous atteignons tant bien que mal le sommet quand le brouillard se disperse lentement. Le soleil un peu timide fait briller par moments les Emerald Lakes et le Blue Lake au loin. Le Red Crater nous impressionne par sa couleur rouge. L’émotion nous envahit, après 3h d’ascension nous sommes enfin devant la vue rêvée depuis des mois.

Nous entamons la descente très glissante et notre chemin se sépare de l’Alpine Crossing, nous prenons à droite après les Emerald Lakes. Une grande plaine nous fait face, nous sommes au cœur du paysage désertique du Mordor. Après une bonne heure de descente qui fatigue nos genoux, nous arrivons dans un désert de sable noir que nous traversons pour rejoindre l’Oturere hut. 

Après ces 13 km, nous sommes épuisés. Nos sacs nous semblent plus lourds. Nous partons chercher un endroit où dormir. Nous croisons un ranger qui nous demande gentiment de nous éloigner le plus possible du chemin, étonné de nous voir à 11 entreprendre ce périple et nous félicitant de faire parti des rares personnes à bivouaquer. Nous avons dormi au milieu de ce désert féerique. Réveillés aux aurores par le froid, nous assistons au lever de soleil qui restera le plus mémorable de notre voyage. La brume dégouline le long du mont Ngauruhoe que le soleil levant colore en rouge sang… 

Après ce spectacle magnifique, c’est plein d’entrain que nous attaquons le troisième jour de trek. Après étude de la carte, nous décidons de combiner le troisième et le quatrième jour et de finir la Great Walk ce même jour. 

Nous marchons donc 22km ce jour là sous le soleil entre volcans, désert, forêts, landes de bruyère… Nous sommes contemplatifs devant tant de variations de paysage. Nous faisons un détour par le turquoise Lower Tama Lake et par les Taranaki Falls. 

Durant les derniers kilomètres, nous croisons quelques « marcheurs du dimanche » quelque peu étonnés de nous voir arriver avec nos énormes sacs, tous transpirants. Après 3 jours de marche, la boucle est bouclée et nous arrivons au Whakapapa Village, épuisés mais tellement fiers d’avoir tous accomplis cette première Great Walk néo-zélandaise ! 

Contrairement à l’Alpine Crossing, le Northern Circuit permet de contempler des paysages plus variés et de se retrouver presque seul au cœur de la nature. La difficulté de la Great Walk est similaire à celle de l’Alpine Crossing, car la première et la troisième étape ne comportent que très peu de dénivelés. La difficulté principale est de porter un sac à dos de poids conséquent durant ces trois jours contenant tout le matériel nécessaire pour pouvoir parer à tout changement météorologique. Je ne peux que vous conseiller de tenter l’expérience du camping sauvage : se retrouver seuls au milieu de ces paysages lunaires, à contempler des couchers et levers de soleil mémorables, à dormir sous un plafond étoilé… Ces instants resteront gravés dans nos mémoires.