Puis-je vous poser une question?

Qu’est-ce donc pour vous que la normalité? En quoi consiste une vie « normale »? Voila une question qui vient souvent frôler nos idées, à nous les nomades. Voilà un concept que l’on entend que trop souvent, « la vie normale ».

J’ai decidé de tout laisser derrière moi pour partir à la rencontre de, appelons-le ainsi « l’australian dream« . Dream qui n’était initialement fixé qu’à 3 mois. Tout rêve ayant son réveil, les yeux qui collent, frappé en plein nez par la réalité.

je suis partie un mois d’octobre, sac sur le dos et palpitations au coeur. Abandonnant les feuilles orangées coloriant le paysage d’automne, pour les couleurs d’un été australien n’ayant d’égal que celles de ses perroquets. 3 mois. Le temps pour moi de retrouver certaines vieilles canailles emigrées depuis trop longtemps et de m’imprégner à peine du parfum du voyage.

Et quel parfum!

Comment en oublier sa premiere bouffée. Je me la rappelle comme si c’etait hier. À l’aurore du premier jour, j’arpentais les rues ornées d’arbres majestueux, jonchées de ces maisonnettes à briquettes anglaises arborant leur si célèbre clôture blanche et boîte aux lettre marquée d’un « mail« . Je ne parlais alors pas une correcte phrase d’anglais, lorsque j’entamai ma descente sur le paradis. Cette descente de la rue de BONDI qui vous offre une vue pamoramique sur un ocean bleu azur, déchaîné sur des rochers ébranlés par la blanche écume des vagues.

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Ah! C’etait certainement bien différent de la rue que j’arpentais pour aller du métro à mon appartement français. « Profites-en! », je me disais. « Dans 3 mois cette sublime vision ne sera plus qu’un vague souvenir dans la brume de ta vie normale ». Cette épée de Damocles flottant sur toutes les têtes à la recherche d’aventure, abruties par des années de formatage pour l’autoroute de la vie. Panorama glissière de securité bien entendu, à l’instar des chemins serpenteux aux multiples vues.

Un mois s’était écoulé en Australie, alternant farniente sur le sable blanc, travail au paradis et bières les pieds dans l’eau devant un coucher de soleil en guise de téléviseur. Qui ne rêverait de cela comme « vie normale ».

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Conquise par ce parfum de liberté, je décidai de partir un 23 décembre à la conquête de la voisine aux accents maoris, la Nouvelle-Zélande. Une semaine de road trip, seule. Le premier depart seule. Je ne puis oublier ce trampoline intérieur sur lequel sautaient successivement excitation, fierté et peur.

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Ce pays a changé ma vie. J’y ai traversé des paysages à couper le souffle et fais la rencontre de personnes extraordinaires. Parmi ces rencontres, Nicolas.

Jeune francais blondinet désinvolte. Nos chemins ce sont croisés un 24 décembre, alors que nous nous apprêtions à passer le réveillon seuls au bout du monde. Nous avons finalement eu la chance de le partager ensemble grâce à un violoniste écossais.

Verre de vin et coquille d’huître en main, sur un tonneau de bois éclairé par les lumières du port de la baie des îles, nous discutions du sens de la vie comme seul deux inconnus étrangement familiers pouvaient le faire. Soudain, il prononça cette phrase qui restera pour moi l’évidence, le déclic.

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« Qu’est-ce donc pour toi que la vie normale? » Voilà une bonne question à poser le soir d’un réveillon.

« Mes proches me répètent: Amuse toi Nicolas, un jour tu devras retourner à la vie normale. Pourquoi ne serait-ce pas celle-ci, MA vie normale? »

Cette phrase sonna comme un carillon de minuit dans tout mon être, coeur, corps et esprit réunis. Ainsi, sous la douceur d’un Noël en été, et grâce à un parfait inconnu, ma vie pris son nouveau tournant. Là, sous la Voie lactée néo-zélandaise, je compris ce qu’allait être ma voie. Je compris que je ne rentrerais pas.

Qu’il s’agisse d’une parenthèse paradisiaque ou du projet de toute une vie, la normalité n’a pas de norme, qu’elle soit aux couleurs rassurantes d’un foyer, d’une carrière, de la sédentarité, ou bien à l’image d’un sac à dos dévalant des montagnes ou plongeant dans l’eau, elle vous appartient. Ne laissez personne tenir cette épée de Damocles au dessus de votre tête en tentant de vous imposer la sienne.

Qu’elle soit aux parfums des embruns aventureux ou aux couleurs des ciels orangés d’Australie. Qu’elle soit ornée d’arbres majestueux et de maisonnettes aux clôtures blanches, qu’elle soit dotée d’un goût de noix de coco ou de la sensation d’une caresse de l’eau sur un sable chaud, la normalité est celle que vous vous choisissez. La « vie normale » formatée n’existe pas. Elle n’a pour seule encre que la chaîne que vous lui rattachez.

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Fais de ton rêve, TA normalité.

Et maintenant, puis-je te poser une question?

Qu’est-ce donc pour toi que la vie normale?