Il y a ceux qui repoussent leurs rêves, se promettant qu’ils les réaliseront d’ici quelques années… Et il y a ceux qui les prennent d’assaut, laissant leur vie actuelle en plan pour vivre, point à la ligne. Jonathan B. Roy fait partie de ces derniers ! L’histoire et le parcours de ce jeune franco-ontarien de 31 ans m’inspirent énormément, à un tel point que je n’avais jamais auparavant envisagé d’un jour vouloir parcourir le monde à vélo et que, maintenant, j’y songe sérieusement ! Originaire de L’Orignal en Ontario, Jonathan à mis plus d’un an à préparer ce projet, sans oublier les 3 ans de réflexions et de remises en question qui l’ont précédé. Parti le 20 mars 2016 du Québec pour l’Angleterre, ce qui devait initialement être une traversée de 2 continents sur plus de 15 000 km s’est peu à peu transformée en tour du monde en vélo sans date de retour. Je vous invite à découvrir le portrait tellement inspirant de ce nomade qui, je l’espère, vous fera réaliser que, si vous avez un rêve en tête, c’est pas dans 4 ans, pas dans 2 semaines, pas demain qu’il faut le mettre en branle ; c’est maintenant !

14 200 km parcourus
25 pays visités

Pourquoi tout quitter et partir voir le monde quand on a un avenir prometteur et un travail super payant?

Avocat de profession, diplômé en génie, titulaire de 2 baccalauréats et 8 années d’université à son actif, on ne peut pas dire que Jonathan manquait d’opportunités ! Il y a ceux qui consacrent toute leur vie au boulot et qui projettent d’ensuite en profiter, plus tard… Et il y a ceux qui on compris que la vie peut s’arrêter à tout moment et qu’il faut foncer à cent mille à l’heure (ou plutôt 15, la vitesse moyenne de son vélo!). Été 2012, l’âme de la maman de Jonathan s’envole à l’âge de 55 ans. C’est l’âge moyen que les gens ont en tête quand ils te répondent “qu’un jour” ils vont le faire le voyage dont ils ont toujours rêvé. La vie est une longue route parsemée d’imprévus et personne connaît sa date d’expiration : vaut mieux profiter maintenant, demain est incertain.

“La vieillesse est sournoise, elle arrive à petits pas, sans qu’on s’en rende compte. Ainsi, les années passent et on se dit trop souvent qu’on aura le temps l’année prochaine de réaliser nos rêves. «Un jour, j’irai en Italie»… et ça n’arrive jamais. Tu rêves d’un projet? Tu es capable de le faire maintenant? Fais-le.” – Extrait de Pourquoi je pars pédaler 15 000 km

« Mes études ne partiront pas, j’aurai toujours mes 2 bacc et 8 ans d’université au retour. Mais c’est évident que c’était une grande décision. Un des points tournants a été lorsque j’ai pensé à ce que j’allais regretter le plus : le faire et essayer de traverser deux continents en vélo [plan original], ou demeurer à un emploi de bureau payant, mais où je n’accomplissais pas « l’extraordinaire » (dans le sens de hors de l’ordinaire).

Ma décision a aussi été influencée et même déclenchée par un texte sur le blogue de l’aventurier Alastair Humphrey. Je l’écrivais dans mon texte de départ. Combien de personnes en regardant leur vie se disent “j’aurais dû faire moins d’aventures”, ou “j’aurais dû passer plus de temps derrière mon écran”. Personne. Aujourd’hui, je suis conscient que dans notre vie d’occidentaux, nous avons l’opportunité de nous rendre au sommet de cette pyramide de Maslow. Je sais que ce que je fais est la pointe au sommet de cette pyramide et j’en suis reconnaissant. »

Jonathan au Kirzhikistan

Jonathan au Kirghizistan

Comment on fait niveau hébergement lorsqu’on fait un tour du monde à vélo ?

Chose certaine, c’est pas les opportunités qui manquent ! Depuis son arrivée en Asie du Sud-Est, Jonathan estime qu’il a dormi 25% du temps dans sa tente. Le reste du temps, il se fait inviter à dormir chez les gens et, lorsqu’il est en ville, il se choisi des auberges/hôtels. Avant ça, certaines destinations d’Europe étaient assez dispendieuses : il pouvait alors passer jusqu’à une semaine à dormir dans sa tente. Il s’est ainsi parfois retrouvé à dormir dans des endroits plutôt inusités ! Comme ces fois en Bosnie où il a dormi dans des maisons abandonnées, la fois où il a dormi sous une étale de melons au beau milieu du désert d’Azerbaïdjan, ou encore dans des cabanes pour enfants dans des arbres en Autriche et en Suisse, sans oublier sous un abris au beau milieu d’une ferme en Slovénie. L’imprévu, ça fait souvent place à de magnifiques endroits où camper et d’autres fois à de belles rencontres !

«Je ne réserve rien d’avance. Je m’arrête lorsqu’il fait noir. Si je suis dans un champ, ce sera en tente, si c’est dans une ville, c’est à l’hôtel. Je regarde généralement d’avance les options sur une carte avant d’arriver en ville comme ça, au moins, je ne cherche pas pour rien. Parfois, on m’invite carrément à manger et dormir ! Se faire inviter à l’improviste chez quelqu’un de totalement inconnu est un événement assez spécial. En France par exemple, ça m’a vraiment marqué. Les occasions affluaient de partout ! Si je les avais toutes acceptées, je ne me serais pas rendu au Vietnam avant 2023 !»

Campement sur la route du Pamir, à la frontière avec la Chine

Campement sur la route du Pamir, à la frontière de la Chine

“Le problème avec les paysages à perte de vue, c’est que je perds pas mal de temps à juste les regarder au lieu de pédaler… Je sais, c’est un gros problème!” – Jonathan B. Roy

Et sinon, on s’ennuie pas seul à parcourir le monde ?

Dans une aventure comme celle de Jonathan, on n’est jamais réellement seul. En fait, si, parfois on est seul devant l’immensité des paysages que l’on traverse, mais j’imagine que cette solitude crée un mélange de sentiments envoûtants. Le pur bonheur, la liberté. Autrement, les gens sont intrigués lorsqu’ils voient Jonathan se pointer le bout du nez sur son vélo et ça donne lieu à de nombreuses conversations. Depuis le début de son périple, il a eu la chance de partager sa route avec de purs inconnus, mais aussi avec son son frère Sacha qui a pédalé avec lui de la Bulgarie à la Turquie, son ami Mathieu qui l’a rejoint de la Géorgie à l’Azerbaïdjan, et finalement son père André qui l’a rejoint pour un mois inoubliable au Vietnam. Pour ce dernier, Jonathan avoue avoir été un peu inquiet : les deux hommes ont toujours eu une bonne relation, mais de là à passer 24h/24 ensemble, auraient-ils autant de choses à se partager ?

« Non seulement nous avions des choses à nous dire, mais j’ai surtout appris à connaître mieux mon père durant ces quelques semaines que durant toutes les dernières années où nous habitions à quelques minutes l’un de l’autre. En un mois ensemble, nous avons créé une éternité de souvenirs. »

Son père André au Vietnam

Son père André au Vietnam

« Ce voyage n’est pas terminé que j’ai déjà en tête un nombre incroyable de rencontres mémorables. Je suis seul, super sociable, sous tous les éléments. Partout les gens m’invitent à l’intérieur pour manger, boire le thé, dormir. En France, je devais refuser des invitations tellement j’en recevais. Ensuite, les gens les plus accueillants pour moi ont été les Pamiris, ces habitants de cette région presque déserte à l’est du Tadjikistan. Ils ont des maisons à deux pièces et je dormais dans l’une d’elle avec les hommes (enfants garçons) de la maison alors que les femmes dormaient dans l’autre. Dans certains pays, les enfants courent pour me donner des high five [Tadjikistan et Laos en particulier]. Il y a peu de choses plus agréables que de “high five” 20 jeunes de 6 ans les uns après les autres ! »

Niveau sécurité, ça craint ou pas un voyageur solo en tour du monde ?

En suivant les aventures de Jonathan, il y a une histoire qui a retenue mon attention, et c’est surtout pour la leçon qu’il en a tirée. Cette fois où, de passage à Instanbul en Turquie, il a échappé de justesse à un attentat meurtrier. Il se trouvait sur les lieux de la bombe 24 heures auparavant et s’était d’ailleurs exprimé sur ses réseaux sociaux sur le fait qu’il avait vraiment apprécié découvrir cette ville.

“« Le bon monde ». Le titre de mon voyage prend tout son sens aujourd’hui. J’étais sur les lieux de la bombe d’Istanbul 24 heures auparavant. Hier soir, j’ai été accueilli par une famille turque. J’ai été reçu comme un sultan pour souper et on a insisté pour que je reste à coucher à la maison. Je suis reparti avec des vêtements propres, un lunch et des nouveaux amis. Mon nouveau chum Efe, le “rapper” de 10 ans, me suppliait même le cœur gros «Don’t go…». Ce sont eux qui m’ont appris la nouvelle de l’attentat ce matin. Ils semblaient presque s’en excuser au nom de leur pays. Je continue de croire qu’il y a des millions de fois plus de bonnes personnes sur cette terre que d’illuminés fanatiques. Je continuerai donc de vous parler de la première catégorie plutôt que de la deuxième.”

À Istanbul

À Istanbul

« J’ai appelé mon voyage Le bon monde dans l’espoir de convaincre un peu les gens que les peurs du voyage sont généralement dans leur tête. Particulièrement en dehors des centres plus touristiques, les gens ne veulent rien te vendre, mais plutôt tout te donner. Je n’ai eu qu’une seule rencontre en presque 10 mois où j’ai eu un peu plus peur. Et même là, je n’étais pas réellement inquiet. Sinon, c’est un charme. »

À lire sur le blogue de Jonathan : Je vais te tirer là, là, et là [Récit d’une mésaventure] ♦

Certains pays ont-ils réussi à lui voler son cœur plus que d’autres ?

« Je mettrais ça dans deux catégories : les surprises et ceux dont j’attendais beaucoup. J’attendais beaucoup du Kirghizistan et de la Géorgie. Ils ne m’ont pas déçu de par leurs paysages majestueux. Dans mes plus belles surprises : la Slovénie, l’Azerbaïdjan et le Laos. Ce sont des pays dont je ne connaissais absolument rien sinon qu’ils étaient sur ma route. J’y ai principalement découvert des gens encore plus accueillants que la moyenne en plus de beaux paysages et de belles routes. Malgré la très grande difficulté de la topographie, l’est du Tadjikistan, la région du Pamir, est aussi absolument incroyable pour ses habitants plus que généreux et son relief hors de ce monde. »

La région de Palmir

La région du Pamir

“Si je devais décrire mon aventure en deux mots : surprise quotidienne. Je ne sais jamais où je serai le lendemain, ou encore la journée-même. Je ne sais où je coucherai, ce que je vais manger ou visiter, à qui je vais parler. Je sais environ où je serai dans quelques mois, mais, pour les détails, c’est constamment de faire confiance à la vie et en mes capacités à me débrouiller.”

Lac Kizilirmak Turquie

Lac Kizilirmak Turquie

 

Alors, une aventure comme la sienne, ça change un homme ?

« Je crois être la même personne mais en mieux. Ou en pire, ça dépend ! Je pense avoir plus de patience envers des situations que je ne peux contrôler. C’est impossible de trouver de l’équipement depuis de très longs mois par exemple. Je dois faire avec des choses brisées ou dans leur fin de vie. Idem pour la météo, la qualité des chemins, le bruit ambiant, etc. J’étais déjà assez peu stressé, mais maintenant je sens que je suis invincible et que je peux accomplir n’importe quoi. En même temps, après toute la pauvreté que j’ai vue sur le chemin, les maisons sans eau courante, sans électricité, sans rien, j’ai l’impression que je serai moins tolérant envers le « chialage pour rien » de retour à la maison. Notre vie est tellement facile et simple comparée à celle de la majorité de la planète que j’espère pouvoir garder cet esprit de reconnaissance envers ma chance d’être « né au bon endroit ».”

Au Kirzhikistan

Au Kirghizistan

Des conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans une telle aventure ?

« C’est normal de ne pas être prêt pour une aventure comme celle-ci. C’est quand même assez gros ! Mais vous pouvez sortir tranquillement de votre zone de confort et découvrir de nouvelles choses que vous aimez. Ce n’est pas obligé d’être un voyage autour du monde. Pour découvrir ses passions, il faut essayer plein de choses et voir ce que l’on aime. Et il ne faut pas attendre pour le faire. Il n’y a jamais de moment parfait dans la vie pour prendre un grand pas, mais certains moments y sont plus propices. Il faut se faire confiance, faire confiance à la vie et se lancer dans ce qui nous fait plaisir. Spécifiquement au niveau des voyages, c’est d’y aller progressivement et à son rythme. J’avais fait des voyages en auto, quelques petits en vélo, ici et là en sac à dos pour des durées de plus en plus longues. Et j’ai progressivement gagné assez de confiance en moi et en le monde pour savoir que j’étais en mesure de réaliser mon rêve et ma passion de partir autour du monde en vélo. »

À la découverte du bon monde

Ce tour du monde à vélo, c’est également l’occasion pour Jonathan de prouver aux gens que notre monde est peuplé de beaux et bons gens, qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre ce qu’on entend à la télévision et à la radio. Vous pouvez retrouver ses écrits sur son blogue jonathanbroy.com (gros coup de cœur pour la belle plume de ce nomade!), dans La Presse et tout prochainement sur VéloMag. Je vous invite également à suivre ses aventures passionnantes en temps réel sur sa page facebook Le bon monde. Comment voit-il son retour ? Jonathan m’explique que ses textes et photographies ont attiré l’attention dans les derniers mois ! Il ne sait pas encore exactement où tout ça le mènera.

« Chose certaine, j’aimerais continuer de parler de mon message de réaliser ses rêves. De ne pas attendre pour le faire car on ne sait pas combien de temps on a. J’aimerais présenter des conférences sur mon périple pour inspirer la même réflexion, pour montrer que c’est quelque chose de possible. J’ai déjà commencé à faire des présentations auprès d’écoles primaires et j’adore ça. Les jeunes sont curieux et posent plein d’excellentes questions. J’aimerais aussi continuer dans cette voie. Autrement, je fais comme dans mon quotidien depuis 10 mois ; j’apprends à moins tout planifier et je laisse place à l’ouverture et à la surprise ! »

Jonathan, on te souhaite bonne route et une tonne d’autres aventures palpitantes !

Sur la route au Vietnam

Sur la route au Vietnam

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