Il en faut du courage pour se plonger dans une aventure telle que celle de Marie-Soleil ! Québécoise de 24 ans, elle s’est lancée le 8 septembre 2015 dans la traversée de la côte Est américaine en vélo, seule, partant de Portland dans le Maine et ayant comme objectif de se rendre jusqu’à Key West. 4000 km plus tard, elle est arrivée le 1er décembre 2015 à destination et a gentiment accepté de nous parler de son inspirant périple !


 


Ce voyage, Marie-Soleil se le projetait depuis quelques années déjà. Grande surfeuse et amoureuse de la vie, elle a commencé à parcourir le globe à 18 ans, d’abord dans l’Ouest canadien durant un été pour perfectionner son anglais, puis en Amérique Centrale durant 1 mois et enfin dans l’Océan Indien, en Asie et en Océanie pour plusieurs mois d’affilée. Entre temps, elle rentrait au Québec pour poursuivre ses études et se faire des sous, mais, chaque fois, l’appel du voyage se faisait de plus en plus insistant.

« Traverser la côte Est des États-Unis du Nord au Sud à vélo c’était, selon moi, le meilleur moyen de visiter le pays. J’ai choisi le vélo car c’est la vitesse parfaite pour tout voir, à pied serait trop lent et en voiture ça passe trop vite. J’aime saluer les gens, échanger un sourire, sentir la brise fraîche sur ma peau, parfois l’air sec. J’aime respirer les odeurs, l’air salin comme le bois humide, être interpellée par tout ce qui se passe autour et faire partie intégrante de mon environnement. »

Baccalauréat en éducation physique et santé en main, elle est de ceux qui ont choisi de privilégier leur petite voix intérieure et de partir affronter le monde plutôt que de se fondre dans le moule de la société et de se lancer direct sur le marché du travail. Mais, alors, qu’est-ce qui a bien pu motiver une jeune femme comme Marie-Soleil à partir seule, totalement dans l’inconnu ?

« J’ai toujours eu cette envie de vivre différemment, simplement, près de la nature et de l’océan surtout. J’aime voyager, bouger, être dehors et j’aime quand mes journées sont remplies de spontanéité. Juste vivre tsé, ce qu’on oublie souvent. J’ai voyagé beaucoup dans les dernières années et, chaque fois que j’étais de retour d’un autre pays, je réalisais tellement de choses sur les différences entre le mode de vie des gens ici et là où j’étais. Plusieurs choses qui étaient normales pour moi avant de partir sont devenues étrangères, je me suis remise en question et j’ai décidé de vivre ma vie comme je l’imaginais et non pas comme la société me le dictait. Après mon baccalauréat, j’ai décidé que c’était enfin temps de vivre ma vie comme je l’avais toujours rêvée. Ma soif de découvrir le monde a pris le dessus encore une fois et j’en suis bien heureuse. »

Vous vous en doutez, une telle aventure doit nécessiter une grande préparation avant le départ, autant au plan physique que mental. Sans oublier de mentionner tout l’équipement qui doit être soigneusement choisi !

« Je crois que la préparation a été la partie la plus difficile de mon voyage.
Premièrement, la préparation mentale c’est vraiment quelque chose sur quoi on doit travailler toute sa vie. Je n’étais pas convaincue à 100% avant de partir, mes craintes me retenaient. Être seule, en tant que femme, à vélo au beau milieu de nulle part, vivre vraiment dans l’inconnu, dans un environnement peu familier… J’avoue que j’ai réfléchi énormément avant de faire l’ultime « move » de partir. Mais, tout ça, c’est ce qui fait en grande partie la beauté de ce voyage. Il faut juste écouter la petite voix en dedans de soi qui dit “Go, c’est ça que tu veux vraiment, fais-le!”.
Quand j’ai décidé que c’était vrai, que j’allais enfin réaliser ce rêve, j’ai dû passer plusieurs heures à le concrétiser. J’ai étudié les routes/ponts/ferries praticables à vélo, j’ai lu des tonnes de blogues de gens qui donnaient leur opinion sur le trajet en général, sur l’état des routes, les quartiers à éviter, etc. J’ai essayé de m’informer le plus possible pour pouvoir apprécier mon voyage encore plus une fois sur place.
J’ai commandé tout mon matériel (vélo, sacoches, sleeping, matelas, brûleur et j’en passe) sans trop savoir si c’était vraiment ce dont j’avais besoin. Comme c’était la première fois que je partais pour une longue rando, seule l’expérience allait m’apprendre. Tout ce que je savais, c’est que j’avais besoin de l’essentiel seulement, en mode ultra léger, car j’allais avoir à pousser tout ça sur plus de 4000km. J’ai appris à connaitre mon matériel à même le projet, je n’avais rien utilisé avant de partir. »

Le quotidien de Marie-Soleil à tout pour faire rêver : pas de notion du temps, libre comme l’air. Un de ses seuls soucis était de trouver chaque soir un endroit où dormir. Alors comment occupait-elle ses journées et comment s’y prenait-elle pour les côtés essentiels comme la nourriture, les douches et le dodo ?

« Les journées se suivent, mais ne se ressemblent pas! Quand je voyage, je vis avec le soleil. Je me lève lorsqu’il se lève. J’adore le voir s’échapper de l’océan et admirer toutes les couleurs dans le ciel, c’est si paisible. C’est un matin parfait à chaque fois. J’essaie de pédaler la majeure partie de ma distance le matin aussi. C’est beaucoup moins chaud ainsi, surtout pour la partie du Sud des États-Unis. Ça me laisse du temps pour visiter, aller à la plage ou surfer dans l’après-midi et je m’assure de (presque!) toujours arriver à ma destination avant la tombée de la nuit. Je dois garder du temps pour aller a l’épicerie et cuisiner, car avec le peu de place que j’ai et la chaleur, rien ne se conserve. Je dois acheter de la nourriture à chaque jour. Pour ce qui est du dodo, j’utilise le site Warmshowers quand il y a des hôtes disponibles; ce sont des gens qui hébergent des cyclistes dans leur demeure. Je campe beaucoup aussi. J’ai mis au point quelques petits trucs afin de sauver de l’argent; j’entre dans le camping et je demande aux gens qui y séjournent si je peux mettre ma tente sur leur terrain pour une nuit. Souvent, la première personne à qui je demande accepte et même que je me fais offrir de rester plus longtemps ! J’imagine que les gens aiment la compagnie et les bonnes histoires de voyage ! »

Parlant de compagnie, un tel voyage ne serait sans aucun doute pas aussi mémorable s’il n’était pas agrémenté des différentes personnes que l’on rencontre en cours de route ! Ce fut vraiment un point marquant dans l’aventure de Marie-Soleil et elle l’exprime parfaitement :

« Quand je suis partie, j’imaginais que j’allais voir des beaux paysages, surfer des belles vagues et réaliser à vélo la distance entre Portland et Key West. Je n’aurais jamais pu imaginer rencontrer autant de gens incroyables. J’ai l’impression d’avoir fait une expérience sur la bonté des humains dans ce monde, c’est la preuve qu’il ne faut pas se fier à ce qu’on voit à la télévision ! Maintenant que je pense aux deux derniers mois de mon voyage, la première chose qui me vient en tête c’est toutes les merveilleuses rencontres que j’ai faites. Qu’un pur étranger devienne quelqu’un d’important pour soi, en quelques heures seulement. Je tiens un petit journal de voyage et, souvent, je me rends à un endroit grâce à quelqu’un que j’ai rencontré et dans ce lieu je rencontre une autre personne qui influencera mon cheminement à son tour. La « force des liens faibles » est quelque chose qui me fascine énormément. »

La grande majorité des gens ayant un jour expérimenté le voyage en solo en sont convaincus : c’est une merveilleuse façon d’apprendre à se connaître soi-même et c’est une expérience qu’on devrait tous se donner la chance de vivre au moins une fois dans une vie. Je vous laisse avec les belles paroles de Marie-Soleil qui vous explique pourquoi elle ne regrettera jamais son choix d’être partie seule et je lui lance du même coup un énorme merci pour être une aussi belle source d’inspiration, autant pour moi que pour tous ceux d’entre-vous qui liront cet article et auront envie de se lancer dans une aventure comme la sienne !

« Quand on voyage seul, il faut se faire confiance en tout temps et apprendre à suivre son instinct. Même quand on pense bien se connaître, on en apprend toujours sur soi. On pense à des choses auxquelles on avait jamais pensé avant, tout est si clair. J’adore aussi le fait que je n’ai pas à planifier. Parfois, je pédale sans trop savoir où je vais et c’est très bien comme ça aussi. Si, tout à coup, j’ai envie de m’arrêter prendre une collation à la plage et bien je m’arrête. Je suis mon rythme en tout temps. Je peux faire 125 km en une journée comme je peux en faire 40. Je suis vraiment libre. Je fais vraiment ce qui me tente, je me déplace à mon gré, poussée par ma propre motivation d’avancer. Je crois aussi que c’est tout à fait normal de s’inquiéter avant de partir, la peur de l’inconnu nous retient, mais c’est l’essence même de l’aventure. On ne pourra jamais être totalement préparé car on ne sait pas ce qui va nous arriver et c’est ça aussi, au fond, la joie d’être nomade. Une fois parti, une fois pleinement dans le moment présent à chaque instant, ce sentiment de bonheur, d’accomplissement, d’évasion et de liberté ultime vaut tout l’or du monde.« 

Vous pouvez suivre Marie-Soleil sur son inspirante page Facebook The Sunny Road et sur son compte Instagram !