La première chose que j’ai comprise à mon arrivée sur l’île fut que j’allais avoir besoin de mettre beaucoup de crème solaire si je ne voulais pas finir en homard. La deuxième fut qu’internet allait être un problème. En effet, c’était une denrée assez rare qui se traduisait par des prix exorbitants. J’ai passé plusieurs heures dans un restaurant à attendre mon ferry pour Havelock Island. À suer ma vie comme jamais et à skyper ma famille qui avait un souper de Noël. Malgré le fait que j’étais loin de ma famille pour la première fois de ma vie pour la période des fêtes, la solitude ne m’effrayait plus, j’avais une bonne vibe de la place et je me sentais bien plus en sécurité qu’à Delhi. J’avais foi en cette nouvelle aventure.

Après m’être fait harceler par dix conducteurs de Rickshaw à ma sortie du ferry, j’ai trouvé un homme qui tenait une feuille avec quelque chose de semblable à mon nom «MORIE-JADE». Je suis alors allée vers lui et nous nous sommes dirigés vers le resort où j’allais enseigner le yoga, The Flying Elephant. Ça n’a pris que quelques secondes avant que je tombe amoureuse de la place. L’océan turquoise. Le sable blanc. L’Inde et ses magnifiques habitants. La proximité de la nature et une ville tranquille. La plupart des resorts se trouvaient sur la plage, mais la place où je restais se trouvait dans la jungle. La «chambre» dans laquelle j’allais habiter pour les deux prochaines semaines était en fait une hutte dans la jungle. J’étais émerveillée par cette île et ses charmes. J’ai décidé de louer un scooter pour revenir à mon resort le premier soir. Je me sentais libre comme jamais, je roulais seule dans la nuit, les cheveux au vent.

Je savourais la solitude à pleines dents. J’enseignais le yoga le matin et je passais le reste de ma journée sur la plage à dévorer des livres et à prendre un bain de soleil. J’avais besoin de l’océan. Je m’étais longtemps imaginée assise sur le sable à contempler le large turquoise, à sentir le vent chaud sur ma peau et à simplement penser. Penser aux choix que j’ai fait dernièrement, aux possibilités, à mes rêves. C’est exactement ce que j’ai fait. Je profitais du moment présent à fond, j’observais les minuscules crabes sur le sable, je portais mon attention au bruit des vagues sur le sable, à la couleur des arbres, des feuilles, de l’océan, à la sensation du soleil chaud sur mon visage. Respirer. La sensation d’être en vie.

J’ai aussi rencontré beaucoup de gens merveilleux et j’ai passé la veille du jour de l’an en compagnie de mon amoureux qui est arrivé le 31 décembre au matin. Nous avons bu du gin, nous avons roulé en scooter sous les milliers d’étoiles, nous avons observé la lune se lever au-dessus de l’océan. Elle était immense et orangée, son reflet bougeait doucement avec la houle des vagues. On s’est endormis avant le début de l’année. On s’est réveillés en sursaut après avoir entendu des feux d’artifice éclater à quelques mètres de notre hutte dans la jungle. Ce fut la plus belle veille du jour de l’an de tous les temps. Quelques jours plus tard, on a décidé d’aller explorer les fonds marins de l’un des plus beaux sites de plongée sous-marine au monde. Étant tous deux certifiés Open Water Diver depuis plusieurs années, on a pu faire une plongée libre en compagnie de requins, pieuvres, concombres de mer, étoiles de mer, anguilles, homards, poissons multicolores… Ma GoPro a pris l’eau et a peut-être rendu l’âme, mais ça valait tellement le coup.

Sentir que t’es exactement à l’endroit où tu dois être dans le monde, ça t’es déjà arrivé? Ça m’est arrivé un matin alors que je n’arrivais plus à dormir. Je me suis rendue très tôt sur la plage, je me suis assise dans le sable et j’ai simplement observé l’océan et le soleil se lever. Quelques instants plus tard, j’étais entourée d’une chienne et de deux chiots qui réclamaient de l’affection. C’est à cet instant, assise dans le sable à fixer la beauté de la nature, entourée d’animaux qui ne me connaissaient pas, mais qui me faisaient confiance aveuglément que j’ai su. J’ai su que ma place était là, sur cette île magnifique dont j’étais tombée amoureuse. Pour rien au monde je n’aurais voulu être ailleurs.

Article rédigé pa Marie-Jade Morneau

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