À peine neuf heures du matin et l’air est déjà affreusement lourd sur Marrakech. Je ne sais pas à quel point l’enfer est chaud, mais je me dis que ça doit ressembler à ici.

Notre transport vient d’arriver avec environ une heure de retard. Les Marocains, bien qu’ils n’aient qu’une seule parole, manquent de ponctualité. Notre guide descend de la voiture et vient à notre rencontre. Son sourire est franc et il m’inspire aussitôt confiance. Après les présentations formelles, son nom est Abdi, je découvre notre petit groupe de neuf. Deux allemandes, deux argentines, deux new-yorkaises, un portugais puis, finalement, ma blonde et moi.

Une fois les bagages solidement installés sur le toit de nos deux Toyota 4×4, nous nous mettons (enfin) en route. Bien qu’étant arrivés les premiers, nous sommes les plus jeunes et nous héritons de la place (de choix) dans le fond du véhicule.

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Environ quinze minutes après notre départ, nous ne voyons déjà presque plus la ville rouge dans les rétroviseurs. Comme elle le fait depuis des centaines d’années, elle s’est déjà camouflée. Lentement, mais sûrement, les montagnes Atlas surgissent devant nous, nous bloquant l’horizon. Ocres, jaunes, marron ou safranées, elles se tiennent là depuis des millénaires, porteuses d’innombrables histoires. La route, sinueuse, se faufile dans les différents pics, cols et vallées dévoilant peu à peu des dizaines de villages berbères et tout autant de kasbahs.

Les fenêtres grandes ouvertes, nous filons à vive allure. Notre chauffeur, un bien gentil monsieur joufflu, mène la voiture d’une main experte. Il négocie ses virages serrés, dépasse où j’oserais à peine m’aventurer, mais malgré tout, un sentiment de sécurité nous habite.

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Après quelques arrêts photos, nous stoppons dans le charmant petit village de Telaouet. Là-bas se trouve la plus vieille kasbah de la région. Situé à vingt kilomètres à l’écart de la route principale, le village est isolé. La silhouette menaçante de l’ancien château-fort maintenant en ruine plane sur le quotidien des habitants. De prime abord mort, le petit hameau prend littéralement vie devant nous alors que nous avançons vers le monument. D’un côté, un groupe de jeunes femmes vêtues en robes colorées lavent leurs vêtements à même le ruisseau. De l’autre côté, deux jeunes garçons guident de petits ânes qui transportent du foin sur leur dos. Malgré le mode de vie simple et traditionnel, l’ambiance est au rire et à la joie de vivre.

De retour sur la route, les montagnes et les vallées s’étirent au devant, nous offrant des panoramas plus spectaculaires les uns que les autres. Après un bref arrêt pour dîner à l’hôtel de l’oasis, notre guide nous mène dans de petites ruelles qui ne ressemblent à rien, quand, dans un tournant, apparaît devant nous le magnifique ksar d’Aït-ben-Haddou. Il se dresse au devant de nous tel un immense château de sable, pluriséculaire. Pour ceux qui ont vu surgir du brouillard le fameux Mont Saint-Michel, je dirais qu’Aït-ben-Haddou m’a fait le même effet. Plateau de nombreux films à grand déploiement, le petit village est superbe. Les murs en torchis, les basses portes et le mur d’enceinte semblent venir d’une époque révolue. Après un long moment à prendre des photos, nous remontons dans les 4×4, direction Ouarzazate.

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Le bon vieux Bob Dylan dans les oreilles, notre road trip se poursuit et, malgré le vent qui entre allègrement par les vitres descendues, la chaleur se fait de plus en plus persistante. Sur la route, les villages berbères se dévoilent ça et là et leurs habitants, lorsqu’ils nous voient passer, font des signes de la main. Les panneaux de signalisation annoncent notre destination finale dans quelques kilomètres à peine. Nous nous arrêtons une dernière fois, cette fois-ci aux studios de cinéma Atlas, là où furent tournés quelques uns des plus célèbres blockbusters mondiaux. Le désert s’étend à perte de vue et nous découvrons devant nous des petits châteaux utilisés pour « Kingdom of Heaven », « Astérix: Mission Cléopâtre » ou encore « The Mummy ». C’est très impressionnant et c’est également une occasion de prendre de superbes clichés.

Vers dix-sept heures, nous faisons finalement notre entrée dans Ouarzazate, la kasbah de Taourirte se dressant en majesté devant nos yeux ébahis. Ouarzazate est certes l’étape ultime de notre journée, mais également la fin de l’une des plus belles routes panoramiques qu’il m’ait été donné de voir.

Le Maroc, bien qu’étant un pays chaud, aride et imparfait, a su me surprendre, non seulement par la beauté de ses paysages, mais également par l’hospitalité et la gentillesse de ses habitants.

-Michel Beaule-Bissonnette

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