Cela faisait plusieurs mois que je prévoyais d’aller au Pérou, mais n’avais aucun fun à préparer mon voyage, jusqu’à ce que je tombe sur cet article du Salkantay sans guide. À sa lecture, je ressenti enfin de l’excitation. Je n’avais jamais fait de trek et ne connaissais rien en équipement, mais c’est avec ce peu d’expérience que j’ai pris la décision de réaliser mon premier trek, seule et sans guide.

J’avais TOUT réduit, mais avec 2KG de bouffe lyophilisée et 1.5L d’eau, mon sac pesait 13KG, soit ¼ de mon poids. À quelques jours de mon départ, je pensais faire une erreur et ne jamais réussir à le porter. La veille de mon trek, j’ai perdu mon téléphone à Cuzco. Déjà que je doutais, mais là je me sentais tellement vulnérable et isolée que je me suis mise à pleurer. J’ai pleuré tous les jours durant mon trek. Ce soir-là, c’était des larmes de colère et de déception.

Jour 1: 15KM | 6-7h

  • Cusco (3400 m) -> Mollepata (2800 m)
  • Mollepata -> Marcoccasa (3400 m)
  • Marcoccasa -> Soraypampa (3900 m)

6.45AM, il est beaucoup trop tard. C’est avec cette pensée que je monte dans le collectivo qui m’amène à Mollepata où j’arrive à 9.30AM, point de départ du trek du Salkantay.

C’est la journée la plus courte et la plus facile du trek, mais j’ai cru mourir de fatigue et abandonner 100x. À 1PM, je croise un Arrieros qui m’annonce qu’il me reste 5h de marche avant d’arriver à Soraypampa. Je panique et me demande s’il n’est pas mieux de camper ici que d’arriver dans le noir, si je dois continuer ou redescendre. J’ai des démons qui me parlent : « Ce n’est pas pour toi », « Tu n’y arriveras pas », « Abandonne maintenant ».

Mais, l’ego a ses gardiens aussi. Ce n’était pas possible que j’abandonne. Il était hors de question que je rebrousse chemin. Je me calme et commence à me parler à moi-même : « Je peux le faire », « Plus qu’une heure », « Ne t’arrête pas ». Et je répète ces paroles les 3 heures de marche suivantes.

Heureusement, je découvre que les Péruviens sont imprécis en distance, temps et température. J’arrive épuisée à Soraypampa vers 4PM, mais il fait jour et je vais poser ma tente. J’ai des larmes de soulagement quand je vois le panneau, mon calvaire se termine.

Il fait 0-5°, j’aurais adoré passer ma nuit à 3900m dans le silence et à contempler les étoiles. La rivière est omniprésente durant tout le trek et s’écoule fort. Au Pérou, on vous apprend que vous ne marchez jamais seul, que Pachamama vous accompagne toujours. Le soleil, les étoiles, la rivière, le vent sont toujours avec vous.

Jour 2: 24KM | 8h

  • Soraypampa (3900 m) -> Salkantay pass (4600 m)
  • Salkantay pass -> Chaullay (2900 m)

6.30AM, je découvre les dizaines de groupes qui partent devant moi. Je peine à packer ma tente et commence à ressentir de la honte. Je me sens maladroite et recommence à douter. Je me sens comme une outsider qui n’a rien à faire là et essaye d’ignorer les regards qui se tournent vers mon sac à dos.

Je commence la montée des 7 serpents, et cela est dur. Je suis essoufflée et m’arrête tous les 20 mètres pour me délester de mon fardeau. Je suis fâchée contre moi, je suis la seule à partir sans agence et à porter mes affaires ; il est hors de question que je flanche.

Les randonneurs et les guides commencent à me questionner, je suis intimidée par leurs « Do you travel alone ? », « Wow, this looks heavy! ».  Je me reconcentre, régule mon souffle et ne m’arrête plus. J’ai le feu dans les yeux quand je vois le panneau « Abra Salkantay 4600m » ! Je me souviendrai de la force et la fierté que j’ai ressentis à ce moment-là toute ma vie.

Je poursuis en descente cette fois, puis m’arrête pour faire mon lunch. Tout le monde me dépasse et je suis enfin au calme. Je me sens beaucoup plus à l’aise face aux autres randonneurs maintenant. Désormais, je savais ce que je faisais, j’avais gagné en confiance en moi et beaucoup m’avaient complimentée avec des « a champion », « brave », « superwoman ». Tout le monde a été super cute avec moi, je ne remercierai jamais assez toutes les personnes qui m’ont exprimé leur soutien et admiration.

Pour beaucoup, la montée est la partie la plus difficile du trek, pour moi, cela a été la descente. Je m’étais foulée la cheville en décembre passé et elle était enflée et affaiblie, je criais à chaque faux pas. Je serrais les poings, je commençais à avoir mal au genou, aux orteils et j’avais toujours mal au dos. Jour 2 : des pleurs de désespoir.

À nouveau, je me parle. Mais à la différence de la veille, je ne pense plus à abandonner, cette idée est belle et bien dernière moi. « Arrête de jouer la comédie », « Je n’ai pas mal », « Je n’ai pas le choix ». À 5PM, le visage serré, j’arrive enfin à Chaullay et installe ma tente. 15°, la nuit est chaude. J’ai mal partout, je boite, je suis inquiète pour la suite, mais je m’endors sans aucun mal. La perte de mon téléphone est le cadet de mes soucis.

Jour 3: 20KM | 6h

  • Chaullay (2950m) -> Winaypocco (2650m)
  • Winaypocco -> La Playa (2100m)
  • La Playa -> Lucmabamba (2000m)

5.30AM. Je n’ai pas envie, je voudrais que le trek se termine ici.

7.15AM, la marche est longue, mais facile. La seule difficulté est le soleil qui frappe fort. Vers 12.30PM, je croise un groupe qui me dit qu’un bus l’attend et qu’il finit sa journée ici. Je suis la seule à faire l’intégralité à pied ce jour-là. J’ai un coup de chaud, mais après une heure de repos et 45 min de marche plus tard, j’atteins La Playa.

Il reste 4KM avant Lucmabamba, mais le dernier bout sous le soleil et sans ombre est difficile. Une fois arrivée, je prends l’ancien escalier inca et vois le premier panneau indiquant le Machu Picchu ! 3.30PM, je campe au Inka Andino où la famille m’accueille et m’offre le café le lendemain. Tout est parfait.

À ce stade, ton cerveau sait que tu fais un trek. Il a assimilé le mal dans tout ton corps et ne ressent plus le poids du sac. Le plaisir d’accomplir cette marche est plus fort que la douleur. J’ai été impressionnée par la force que l’esprit pouvait avoir et de comprendre que tout était dans la tête ; rien d’autre.

J’ai compris que le sentiment de liberté n’était pas synonyme de faire tout ce qu’on veut dans la vie, mais lié au fait d’être libéré de ses doutes et de ses craintes. Le sentiment de liberté est un sentiment d’invincibilité qui procure entièreté et bien-être. Je marchais sous le soleil et je sourirais toute seule, j’étais heureuse. Jour 3 : des pleurs de bonheur.

Jour 4: 22 km | 8h

  • Lucmabamba (2000m) -> Llactapata (2600m)
  • Llactapata -> Hidroelectrica (1950m)
  • Hidroelectica -> Aguas Calientes (2050m)

3.30AM, il commence à pleuvoir dans ma tente et j’éclate de rire.

6.30AM. La montée vers Llactapata se fait tranquillement. À 8AM, j’arrive sur une aire de repos où la vue est splendide et apaisante. 30 min après, j’arrive au sommet, mais il faut atteindre les ruines de Llactapata pour avoir une vue dégagée sur le Machu Picchu. Ce moment est votre plus belle récompense de la journée. Le coucher et le lever du soleil doivent être mémorables. Si vous pouvez, dormez ici la veille.

Puis, la descente est étriquée et glissante, ma cheville me fait grogner, mon calvaire recommence. Je laisse passer tous les groupes et je suis à nouveau la dernière. Vous savez que votre objectif est de descendre la montagne, passer le pont au-dessus de la rivière Urubamba et rejoindre Hidroelectrica. Mais pour ma part, cette rivière se rapproche si lentement que je suis démotivée. 2PM, enfin, j’arrive au poste d’enregistrement du sanctuaire historique du Machu Picchu (1800m), mais rapidement un autre panneau m’indique Aguas Calientes à 12KM.

Je ne trouve pas amusant de longer la voie ferrée, mais redondant et ennuyant. À 4.30PM, j’arrive à Agua Calientes. C’est un choc ! Non pas à cause de l’effort physique, mais à cause du monde, de la forte musique et des néons. Après 4 jours dans les montagnes, le retour à la ville est brutal !

J’avais hésité à camper pour cette dernière nuit, mais vu les trombes d’eau qui tombent, je suis contente de dormir au sec. Je trouve mon auberge, dépose mon sac et termine mon aventure du Salkantay.

Jour 5

Le Machu Picchu est impressionnant, beau à couper la respiration. Ma deuxième récompense avec le trek. Une fois montée à Intipunku – la porte sacrée du Soleil – je me dis que je suis sacrément chanceuse d’être là.

Avant mon départ, je n’avais jamais fait de trek de ma vie, mais malgré les inquiétudes de mon entourage, je me sentais prête à le faire. J’étais déterminée à réaliser mon projet et rien ni personne – à part moi-même – ne pouvait m’en détourner.

À toutes les personnes qui doutent : faites-le.

À toutes les femmes qui doutent de partir randonner seule : faites-le.

-Diana Hor

À lire également sur Nomade Magazine :