Il y a des jours où la vie de voyage est remise en question. Il y a des instants qui se suspendent dans l'air, vous amenant à réfléchir plus que vous le souhaiteriez. Être nomade, c'est un choix qui parfois peut avoir un certain coût.

Durant mon enfance, je me suis souvent interrogée sur la signification du mot et des gens « nomades ». Cela avait-il pour signification d’être en perpétuel mouvement ? Ne pouvaient-ils pas avoir d’attaches ? Étaient-ils sans patrie ? Tant de questions qui restèrent sans réponse. Mais celle me taraudant le plus était « comment pouvaient-ils choisir de quitter les lieux où à chaque arrêt, une vie se formait avec des amis, des souvenirs et des envies ».

Je ne découvris que bien plus tard que cette appellation était bien différente selon l’individu. Qu’être nomade ne signifiait pas nécessairement de tout quitter. Que les rêves et les envies persistaient malgré les distances. Que les souvenirs se perdaient dans la terre jusqu’à notre retour.

J’étais jeune quand je suis partie sur les routes en quête de voyage et d’un idéal. J’étais utopique et craintive, mais prête à embrasser le monde tel qu’il s’offrirait à moi. Certains diront que je suis partie pour grandir. Je dirai que je suis partie pour m’épanouir, pour découvrir qui j’étais. Il n’aura fallu qu’un seul instant, en laissant mes pensées divaguer pour que tout cela devienne réalité. Il aura suffi d’un moment pour que mon cerveau s’habitue à l’idée. J’avais donc sauté le pas, à la recherche de courage et de nouveauté. J’avais eu une idée de ce que cela serait, mais jamais je n’aurais pu espérer la réalité. J’embrassais les découvertes, les nouvelles langues, les cultures et les paysages tant différents de ceux m’ayant bercée. Je voyais de la beauté dans chaque lieu, dans chaque divergence. Je me suis découverte à chaque étape de mon voyage, que ce soit aux confins de l’Amérique latine, dans la Chine profonde ou dans l’Inde désertique. Je me suis éprise du monde qui m’entourait et tout s’est accéléré.

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Au final […] j’étais devenue l’une d’eux. Française à temps partiel, nomade à temps complet.

J’ai vécu à en perdre l’haleine et j’ai ri jusqu’à en pleurer dans un monde toujours plus accueillant. Toujours plus heureux. Toujours plus libérateur. J’ai pris en confiance et j’ai eu chaque jour la confirmation que j’appartenais à ce monde. Ce monde de nomades. Alors qu’après un voyage je m’asseyais derrière un bureau, mon esprit divaguait dans d’autres mondes, cherchant toujours plus de destinations, mais mon corps restait bloqué dans le pays qui m’a vue naître. J’ai eu envie de repartir encore et toujours. Au final, après m’être tant interrogée sur ces personnes, j’étais devenue l’une d’eux. Française à temps partiel, nomade à temps complet. J’étais sûre d’avoir trouvé ce qui me convenait.

Et pourtant, alors que j’étais perdue dans une contrée lointaine, je reçus un appel qui marqua ma vie. Il aura suffi d’un accident, d’une maladie pour tout remettre en question. J’avais mis du temps à trouver ce qui me faisait vibrer et, en une fraction de seconde, tout vola en éclats. Il n’y a pas un jour où je me suis demandée pourquoi les avais-je laissés derrière. Pourquoi les avais-je abandonnés. Au fin fond de moi, je savais que le prochain retour serait difficile, que je m’en voudrais et que sûrement je ne repartirais pas. Je savais que cette fois avait été de trop. Je me suis demandée si je ne m’étais pas inventée nomade. Si j’étais capable d’endurer cela. Si, au final, la beauté du monde valait réellement la distance avec les personnes qui nous aiment.

Cette remise en question n’aura pas été vaine. Aujourd’hui, j’ai compris que, malgré tout ce qui peut arriver, malgré les problèmes de la vie, revenir et s’arrêter de rêver m’enfermera ainsi que mes proches dans des abysses que nous ne souhaitons pas connaître. J’ai fait le choix de continuer de voyager, cela ne m’aura pas pris tant de temps. Parce que j’ai découvert que, en étant nomade, j’ai choisi d’avoir des liens forts et différents des normes avec les personnes me suivant ou celles que je laisse derrière moi. Parce que partir ne veut pas dire ne pas revenir. Parce qu’être nomade, c’est semer des morceaux de soi un peu partout tout en les sachant liés par les profondes racines que le monde nous offre. Et, en étant loin d’une partie de ma vie, je sais que les retrouvailles seront toujours plus mémorables.

J’ai choisi de continuer à rêver, en m’armant de tous ces souvenirs et ces personnes qui font de moi qui je suis.

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