C’est fou. C’est incroyable. C’est incroyable. C’est fou. 30 ans de pratique de ma langue maternelle pour n’être capable d’utiliser que ces deux phrases. À croire que l’immense beauté des paysages de Banaue en fait perdre son français.

Banaue c’est une ville sur l’île de Luzon aux Philippines. Loin de moi l’idée de donner un cours de géographie ou d’histoire. Seul élément à garder en tête est que la région est reconnue au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cet élément et les photos Google auront largement eu de quoi me convaincre. 10 heures de bus de Manille plus tard et voilà les rizières qui s’étalent sous mes pieds. Et au-dessus de ma tête aussi. Je suis déjà éblouie. Et ce n’est que le début.

Deux jours à Banaue et trois jours de trek plus tard je retrouve progressivement mes mots. Un pied devant l’autre. Bien souvent sur des murets aussi larges que trois pommes sont hautes. Chaque virage laisse place à une nouvelle vision de ce qui semble simplement impossible. Indescriptible. Encore aujourd’hui incompréhensible. Une centaine de terrasse se chevauchent à Balat. Comment l’Homme, deux mille ans en arrière a pu créer un tel paysage. Détruire la montagne, roche par roche. Pour aplanir, retourner la terre, monter des murets, retourner encore la terre, planter, dépiquer, replanter, entretenir les digues, ramasser. Recommencer. Encore. Chaque jour. Depuis deux mille ans. Ces rizières sont un mystère. Nul ne sait définir le début de la fin. Là-haut. Celle en bas. Ils ont commencé par le milieu. Je me créée mes hypothèses. Mon guide me délivre les siennes. Je ne comprends pas. Je m’en moque. Je ne veux pas comprendre. C’est magique alors je me laisse porter par le silence. Par ce vert qui domine, qui se déverse de toute part, qui déborde. Partout ce vert m’aspire. La grandeur de la nature perce le cœur.

Batad, Banaue, vous avez gagné. Vous m’avez surprise. Avec émotion. Pour votre complexe simplicité. Je ne vous saisis pas. Je ne maîtrise rien de ce que vous représentez. Je ne mesure pas l’énergie que vous demandez aux hommes qui vous habitent. Qui vous entretiennent. La force de travail que vous réclamez. À ces femmes penchées, cassées en deux, à ces enfants qui aident, qui montent des sacs de sable après l’école pour un muret, des marches… À ces hommes qui retournent vos terres, qui arpentent de haut en bas vos terrasses. Tous les jours. Toute l’année. Vous offrez votre riz à coup d’effort surhumain. Je ne sais plus si c’est pour vos terres ou ces hommes qui y vivent que je me sens pleine d’admiration. De fascination. Les deux sans doute.

J’ai repris le bus pour Manille. 10 heures. Je suis loin aujourd’hui. Je rêve encore de ces terres. Elles ont un pouvoir. De lâcher prise. D’être présent. Entièrement présent à soi. Dans l’effort de la marche, dans la récompense de la vue, dans le bonheur de ce luxe, le luxe d’être là. Une présence qui ne demande rien d’autre que de se vivre. De se ressentir.

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