Lettre à ma terre, l’Occident… Depuis mes premières secondes de vie, tu m’as fait grandir dans un monde de constants mais surtout de rapides changements, où la performance et la productivité sont des standards de base dans le but de consommer davantage. Tu m’as donc enseigné à me précipiter, d’une tâche à une autre, d’un endroit à un autre, d’une personne à une autre. Tout ça, pour ne pas « perdre » une seconde. Chaque minute passée était une opportunité d’accélérer le rythme afin d’en gagner une autre. Je n’ai jamais su vivre le moment présent jusqu’au jour où j’ai mis les pieds sur un autre continent.

Constamment fixée sur mon poignet, ma montre ne cessait d’afficher les heures, les minutes et même les secondes. Ses aiguilles, autant la grande que la petite, ne s’interrompaient pas. Elles ne faisaient que tourner, tourner, tourner, tourneeeerrrrr. Cette unité de mesure inventée par les humains que tu as nourrie m’angoissait terriblement : « Excusez-moi, avez-vous l’heure ? », « Excusez-moi, il me reste combien de temps avant de finir cet examen ? », « Excusez-moi de mon retard, pouvez-vous m’accorder 5 minutes de plus ? », « Excusez-moi, l’attente est trop longue, vous me faites perdre mon temps ».

Mais, réellement, le temps, pouvons-nous le gagner ou le perdre, pouvons-nous le posséder?

En voyageant, j’ai appris à changer la définition du temps que toi, l’Occident, m’avait enseignée. Comment ai-je fait ? J’ai simplement observé tes cousins ; l’Est et le Sud.

Je les ai observés assis, les uns à coté des autres, dans le silence, regarder les passants, sans malaise, savourer le moment présent. Je les ai observés déambuler, dans les villes et dans les campagnes, d’un pas calme et serein, à une vitesse maximale de 10 km/heure. Je les ai observés franchir la porte de l’hôte, 3 heures en retard, lors des fêtes communautaires et familiales, sans tracas ni stress. Je les ai observés s’arrêter, de maison en maison, pour saluer et discuter à tous et chacun, sans presse, même s’ils devaient se rendre au travail. Je les ai observés danser des heures et des heures, sous les vibrations de la musique traditionnelle et moderne, sans jamais se soucier du manque de sommeil qui allait affecter leurs futures journées. Je les ai observés conduire des inconnus à leur hôtel pendant des dizaines, voire des centaines de kilomètres sur des routes sinueuses, car ceux-ci ne s’étaient pas aventurés dans la bonne ville. Je les ai observés patienter plusieurs heures, toute la famille réunie, autour de la table à discuter de tout et de rien, en attendant que l’électricité et l’eau courante reviennent dans le village. Je les ai observés garder leur calme et leur sourire devant des ordinateurs qui prenaient de nombreuses minutes avant d’afficher la page d’entrée de Google.

Je les ai observés et j’ai compris qu’ils n’essayaient pas de contrôler le temps et que, en échange, le temps ne les contrôlait pas.

Et c’est grâce à eux, mes cousins que j’appelle désormais mes amis, que j’ai pu comprendre l’importance du moment présent.

Laissez-vous porter par le voyage de la vie.

« Ne laissez pas la tristesse du passé ou la crainte de l’avenir vous voler le bonheur du moment présent. »

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