Cette envie qui te prend jusque dans les tripes, chaque jour, dès ton réveil, je la connais aussi.

Tel un junkie, tu as besoin de cette dose de dépaysement, de nouvelles rencontres, de découvertes culturelles, et j’en passe. Tant que tu ne l’as pas, tout ton être en fait une obsession. Avant ton départ, tout en était autrement. Tes priorités étaient ailleurs. Comment t’en blâmer ? Tu n’avais encore jamais connu ce sentiment merveilleux que nous procure l’arrivée dans une nouvelle ville, un nouveau pays. Ce sentiment de te sentir chez toi alors que tu es à des kilomètres de cet endroit qui t’a vu voir le jour. Ce sentiment de ne connaître personne et de n’avoir rien à prouver à qui que ce soit.

Chaque fois que tu te décides à repartir, c’est la même histoire. Tu es pris entre une foule de sentiments contradictoires. D’un côté, ta passion de voir le monde, de te sentir libre et épanoui. Cette folle envie de voyager qui ne dort jamais. L’excitation créée par les préparatifs de ton prochain voyage, de l’achat des billets d’avion qui, avouons-le, nous met à tout coup dans un état d’euphorie totale, jusqu’à la planification de ton itinéraire (dans ses grandes lignes, car, on le sait bien, le meilleur des plans c’est de ne pas avoir de plan!). Et de l’autre côté, tu dois annoncer une fois de plus à tes proches et amis que tu remets le cap vers une nouvelle aventure. L’impression de les décevoir, de les abandonner, d’être pris pour la personne qui s’en fou et ne pense qu’à son propre bonheur… Sur ce dernier point, ce n’est pas tout à fait faux, mais il faut savoir que, chaque fois, une partie de notre âme est déchirée à l’idée de s’envoler et de laisser tous ces gens que l’on aime derrière nous… C’est l’une de ces choses non-dites sur le voyageOn les aime, on les aime tellement, mais ignorer notre passion serait comme couper les ailes à un oiseau…

Une fois parti, le stress, phénomène quasi-omniprésent en occident, finit par s’évaporer peu à peu de ton quotidien. Le temps ne t’impose plus de limites, tu es libre de planifier ton itinéraire et tes journées comme bon te semble. Une montre au poignet ? Ce n’est même plus nécessaire. Si un matin tu te réveilles avec une envie fulgurante d’affronter les vagues, n’en tient qu’à toi de te trouver une planche et de foncer. Même principe si tu as envie de te trouver un panorama ressourçant où t’asseoir pour méditer et pratiquer quelques poses de yoga. Ou encore te dénicher un chouette petit restaurant où déguster chaque bouchée avec amour. Lorsque tu lèves l’ancre, ton quotidien t’appartient. Tu en es le maître. Seule la vie, avec ses leçons et ses rencontres, viendra parfois détourner tes plans. L’important, c’est d’écouter cette petite voix qui te murmure et d’autres fois te crie à l’oreille. Tant que tu agiras selon tes convictions, nul chemin ne sera point le bon.

Je sais aussi qu’il peut parfois être enrageant de tenter de te faire comprendre une fois de retour à la maison. Tu as l’impression d’être à part, perdu entre ton envie de conquérir le monde et la reprise d’un mode de vie qui ne te convient plus nécessairement. Avant, tu croyais que la vie c’était de faire de longues études, de décrocher un diplôme et de travailler jusqu’à ta retraite, tout ça dans le but de mettre de l’argent de côté pour en profiter dans bien des années. Maintenant, tu as l’impression qu’on t’a caché durant toute ton existence la vraie définition du bonheur. Celle qui n’a ni prix, ni obligations. Ça n’arrête pas de tourner en boucle dans ta tête : comment les gens font-ils pour être épanouis alors qu’ils n’ont en tête qu’un concept : faire de l’argent ? Comment font-ils, alors que tout, dans les dernières décennies, a été mis en place pour nous faire dépenser, pour nous créer des dépendances vides de sens ? Elle est toujours là, ta petite voix, mais cette fois, elle te hurle de remettre le cap et de partir découvrir le monde. Car, au fond de toi, tu as su dès tes premiers pas en terre inconnue que c’était ça, le véritable bonheur. La vraie liberté. Ce serait te mentir à toi même de nier que, certains jours, tu es si bien dans ton quotidien à la maison que tu te prends à penser que, au final, ce n’est pas si mal d’être de retour… Mais ta soif pour l’aventure te prend à la gorge et tu le sais que ce n’est qu’une question de mois, de semaines, avant de repartir à l’aventure.

Certains te diront que tu as un bien beau discours, mais que, dans la vie, si tu veux voyager, tu as besoin d’argent. À ces derniers, tu répondras, petit sourire au coin des lèvres, qu’ils ont bien raison, mais qu’il y a bien des façons d’explorer le monde sans être riche. Que ce soit en adoptant un mode de vie où toute dépense est calculée et réfléchie ou encore en effectuant du travail bénévole à l’étranger en échange de nourriture et d’un toit, les possibilités sont infinies. Et de toute façon, entre toi et moi, tu n’en a rien à faire de ce qu’ils pensent

À toi, qui ne pense qu’à repartir… N’oublie jamais, tu n’es pas seul(e).