Des fois, en voyage, on fait de la discrimination de temps.

Comme si certaines heures ou minutes avaient moins d’importance que d’autres ou même pire ; qu’elles étaient du gaspillage! Par exemple, en transport. On va dire qu’on a « perdu » deux journées, car on a passé tout ce temps assis dans le bus. Ce réflexe est plus courant quand notre séjour est de courte durée; on veut profiter de chaque instant à son plein potentiel. On exclut donc l’attente et l’inaction de la liste. Pourtant, ces moments que je qualifierais de transitoires sont loin d’être banals et inutiles. J’ai compris récemment à quel point ils étaient cruciaux. Ma prise de conscience s’est passée durant mon 12e changement de posture sur la banquette arrière du bus de nuit entre Bangkok et Kho Tao.

On pense avoir misé juste en réservant les 4 sièges du fond, mais c’est en voulant baisser nos dossiers quelques heures plus tard qu’on réalise que…. Finalement, ce n’était pas notre meilleure idée!! Tout le monde sait que les bancs de cette rangée sont les seuls qui ne se penchent pas! Pour un 9h30 de route, on va devoir être créatifs pour endurer notre corps! Bref, je nous regarde et je ris.. Veux-tu savoir de quoi on a l’air à cet instant? Imagine 4 bonhommes de neige au début du printemps. Il ne fait pas assez chaud pour qu’ils fondent complètement, mais suffisamment pour qu’ils soient déformés. La tête toute croche, le cou disparu entre la tête et les épaules, un bras en l’air, l’autre qui pend sur le côté, il y en a même qui ont les jambes en l’air. Nos corps n’ont plus de structure, on est 4 invertébrés!

Je pratique le « mindfulness » et j’observe mon mental (qui, à ce moment précis, a tendance à vouloir se propulser dans le futur. « J’ai hâte d’arriver, j’ai mal partout, je veux bouger, c’est long, je suis tannée d’être dans les transports. » J’ai entre les mains l’opportunité de changer mes pensées. En fait, pendant que je pense que je ne fais que souffrir et perdre mon temps, il se passe subtilement quelque chose de magique. Mon être est en train d’assimiler tous les événements des derniers jours. Depuis mon départ, je vivais à 283km/h et je carburais à l’adrénaline et l’excitation. Inconsciemment, je m’endettais en utilisant beaucoup plus d’énergie que j’en avais! En m’arrêtant maintenant, je constate mon état de fatigue dissimulé par tant d’émotions! Je suis en adaptation au décalage horaire et en surdose de stimulis. J’ai un BESOIN URGENT d’un moment pour intégrer tout ça.

Tout ça me fait penser au yoga. Dans la plupart des pratiques, on consacre beaucoup de temps au mouvement, notre corps tout entier est en action. Chaque posture a un effet bénéfique, mais serait inefficace si ce n’était que de l’asana ultime; savasana ou la posture du cadavre! Ce moment de relaxation permet de synthétiser les mouvements et les sensations perçus durant la séance et de les assimiler.

De même que lorsque nous voyageons, hors de notre zone de confort, nos sens sont hyper stimulés et nous ne prenons pas toujours le temps de se poser. C’est pourquoi je pense que ça peut être bénéfique de profiter du temps qu’on a dans les transports ou dans l’attente pour permettre à notre corps de faire une mise à jour des informations reçues. Ainsi, on garde un bon équilibre corps-âme-esprit et on évite d’accumuler de la fatigue inutilement. Une immobilité extérieure pour une énergie intérieure inépuisable!

N’ayons pas peur d’être dans l’inaction. C’est miraculeux de pouvoir rester là, à ne rien faire pendant que la vie nous prend en charge et opère de sa magie! Sur un plan qui est invisible à l’oeil nu, c’est loin d’être inactif!

Namaste.

Crédit photo à la une : Eric Turner

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