Pour commencer, il me semble important de faire la distinction entre timidité et introversion qui sont souvent confondues. L’introverti apprécie le temps passé seul davantage que la stimulation sociale, il a besoin de solitude pour se ressourcer, recharger ses batteries, il préfère écouter que parler et j’en passe. La timidité, en revanche, est une véritable peur du regard des autres.

L’introversion n’est pas vraiment aux normes de ce monde où l’objectif capitaliste n’est plus seulement de vendre mais aussi de « se vendre », où la confiance en soi représente l’idéal charismatique et où parler beaucoup est souvent pris pour de l’intelligence. Mais à défaut d’être dans la norme, quand je vois tout ce que l’introversion m’a permis de développer, notamment l’art (j’ai su m’exprimer d’abord à l’écrit et par le dessin), je ne la vois désormais que comme un avantage.

La timidité, c’est une autre histoire… À l’inverse, elle agit plutôt comme un frein incontrôlable. Tu ne sais jamais quand elle va venir te paralyser à l’improviste. C’est toujours au moment de sauter le pas, au moment tant attendu où tout est fin prêt pour t’envoler vers de nouveaux horizons, que la timidité te rattrape, l’air de dire : pas si vite ! C’est une boule de stress au ventre, à la gorge et un peu partout, c’est un esprit qui pense trop, une peur irrationnelle. Dans l’enfance, la timidité nous vaut des jugements, de l’incompréhension, des regards, des heures chez le psy, mais surtout d’être considérée par soi-même et par les autres comme maladivement timide, bizarre, muet(te) et j’en passe et des meilleures. Et cette image nous colle à la peau à tel point qu’on y croit vraiment…

Mais quand le désir de voir le monde est si fort qu’il prend le pas sur tout le reste, comment oser se lancer ? Comment aller visiter des contrées inconnues, quand le simple fait d’adresser la parole à un inconnu te donne des sueurs froides ?

Je crois que la réponse, on l’a tous au fond de nous, parce qu’on y est tous passé. Au risque de décevoir ceux d’entre vous qui n’en sont pas encore là, voici la réponse : on le fait, tout simplement. Cette soif du voyage ne peut que désaltérer nos êtres et les rendre plus vivants, et c’est en s’y plongeant la tête la première que quelque chose va changer en nous.

C’est vrai, ça demande du courage. Il n’y a pas de remède miracle, simple et universel, si ce n’est de  décider de vivre sa vie. Une sorte de lâcher prise qui t’envahit quand tu réalises que tes rêves sont à portée de main, car ils ne dépendent que d’une chose, ta volonté. L’important n’est pas ce qu’il y a au bout de chemin, la personne que tu seras plus tard, mais celle que tu peux devenir. Grâce à qui tu es, maintenant.

Rien ne sert de courir. On a chacun notre rythme, et « la tête la première » ne signifie pas partir au bout du monde en solitaire pour son premier voyage. Un conseil selon ma propre expérience serait d’y aller une étape après l’autre. C’est tout doucement que je me suis éloignée de ma zone de confort. Pourquoi pas commencer par découvrir son propre pays ? En vivant dans une autre ville de mon propre pays, mes aventures solo ont démarré. Les premiers mois étaient longs et froids, même sous les palmiers, jusqu’au jour où j’ai cessé d’attendre. D’attendre quoi, me direz-vous ? D’attendre que quelque chose se passe sans bouger le petit doigt, d’attendre que ma petite zone de confort toute sage m’apporte des aventures extraordinaires sur un plateau. Un jour, on franchit la porte, et on part chercher ses rêves. Ils commencent ici, maintenant, et sont les meilleurs compagnons de voyage.

Après avoir changé de ville, on change de pays. Là, comme ça, sans réaliser que cela nous paraissait si rocambolesque il y a quelques années. Le jour suivant, on planifie son premier voyage en sac à dos à l’autre bout du monde.

La vie loin de chez soi est loin d’être tâche facile quand on transporte avec soi ce fardeau nommé timidité qui nous rend, même seul à des milliers de kilomètres, parfois incapable de demander une information importante à un inconnu. Oui, c’est possible… et on le sait. Mais on part quand même. Parce qu’on va peut-être découvrir des choses sur soi-même qu’on ne soupçonne pas encore. Parce que vivre est synonyme de prendre des risques. Parce que faire des choses qui nous font peur est bon pour la santé. Parce que l’aventurière qui rugit en nous a une voix et une conviction assez fortes pour nous propulser dans l’inconnu au rythme de ses envies d’adrénaline. Parce qu’un beau jour, on est fier de ce qu’on est. De ces imperfections qui font notre beauté. Parce que, de toute manière, la norme, ce n’est pas pour nous.

Métro, boulot, dodo et voyager une fois par an dans une courte période qu’on appelle « vacances », non merci. Je préfère faire du voyage ma propre norme. Alors cette personnalité, chères aventurières timides que je suis et que vous êtes, est-elle si paradoxale, incompatible ? Je crois que c’est tout l’inverse. Et si vous l’acceptiez tout simplement comme un trésor de plus de cette vie hors norme ?

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