Voyager seule. L’expression est à la mode. L’image l’est aussi. Il suffit de parcourir quelques blogues de voyage pour trouver des listes qui vantent les mérites de prendre son sac à dos et de tout plaquer pour s’en aller seule au bout du monde (ou au bout du pays, ou cent kilomètres plus loin. Pas besoin de se taper quatorze heures d’avion pour être dépaysée). On vous parlera d’empowerment, de rencontres, de connaissance de soi, de vertiges face à l’inconnu. Tout est vrai. Oui, tout est vrai, sauf… Sauf qu’on ne voyage jamais seule. On a beau être seule pour se déplacer et en venir à parler à son GPS (qui malheureusement, ne nous expliquera pas pourquoi on est en plein milieu d’un chemin de bois alors qu’on cherchait l’autoroute)… On ne voyage jamais vraiment seule, encore moins au long cours.

(L’usage du féminin ici se veut inclusif)

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Un long voyage, ça se prépare, un peu, beaucoup, passionnément, mais rarement pas du tout. Et il est aussi pas mal rare qu’on n’ait pas besoin d’aide. À trente ans et des poussières (trente-et-un moins des poussières serait plus juste), au début de l’été montréalais, je suis partie pour deux ans, en commençant par conduire d’un bout à l’autre du Canada. J’ai vidé mon appartement un 30 avril. Pendant les quelques semaines qui ont précédé, j’ai reçu pas mal de visites, des petites mains venues m’aider à emballer, à jeter, à trier. Des visites qui savaient bien que le déménagement n’était pas mon fort et qui m’encourageaient à persévérer dans ma passionnante activité boîtes – ducktape – poubelles. Et puis, ce sont mes quelques meubles restants, plantes vertes et instruments qui se sont invités chez certaines familles d’accueil consentantes, alors que j’envahissais (oui, envahir est le bon mot) le salon d’une amie pour un mois avec une bonne dizaine de boîtes pas finies (si un jour vous voulez tester une amitié, c’est définitivement un bon moyen !).

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Avant de quitter le Québec, il y a aussi eu un après-midi de mécanique 101 (13 000 km et pas une panne, ça a marché !) et les rideaux, que j’ai ensuite fermés pendant trois mois dans ma voiture-maison, fabriqués par des mains amies plus expertes que les miennes. Il y a eu les au revoir touchants de mes collègues, les au revoir à répétition de mes amis proches, « juste au cas où on ne se revoit pas », les oreilles attentives qui ont accueilli mes moments d’anxiété (c’est fou comme on a toujours l’impression d’oublier quelque chose dans ces moments-là !)… Et puis, une fois sur la route, les messages reçus sans aucune raison, juste parce que…

Alors que je suis loin, mon courrier arrive aussi dans une autre boîte aux lettres, à une adresse où je n’habite pas. Et quelque part dans leurs journées surbookées, mes amis propriétaires de l’adresse en question prennent le temps de me faire suivre les papiers importants, (« Apparemment, faut que tu renouvelles ton permis, mais est-ce que t’en auras vraiment besoin au Japon ?? »).

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À toutes ces présences plus qu’importantes, il faut ajouter les portes qui se sont ouvertes et s’ouvrent encore en grand sur la route et qui aident à rendre ce projet un peu fou plus fluide et réalisable. Évidemment, qu’il est toujours possible de se débrouiller seule, surtout lorsqu’on n’en est pas à notre premier voyage. Mais, c’est tellement plus facile et plus doux avec elles et avec eux…

Je ne vous dirai jamais assez merci. Tous les jours, c’est avec vous que je voyage.