Comment j’ai vécu la pandémie depuis l’Australie

Déjà mars 2021. Il y a exactement un an, j’embarquais dans l’avion pour réaliser le périple de ma vie. Cela faisait déjà plusieurs mois que je le planifiais. Avec mon passeport et un visa de travail en poche, je décollais vers l’Australie afin d’y travailler quelques mois avant de participer à un séjour humanitaire en Asie, puis de découvrir cette région du monde qui m’était toujours inconnue. Que de beaux projets pour mon âme de voyageuse. Vous vous en doutez sûrement, ça ne s’est pas passé exactement comme prévu. Malgré tout cela, je suis seulement revenue au Canada au mois de juillet dernier. Voici mon expérience de la pandémie à l’autre bout de la planète, sur la plus grande île du monde, l’Australie.

Planification de mon périple

Voyager a toujours été ce dont je me nourrissais. Si je n’étais pas en voyage, j’étais en train d’organiser le prochain ou regarder les photos du précédent. Je souhaite que le voyage et toute la découverte autant culturelle, culinaire, que personnelle qui s’y rattache fassent partie intégrante de ma vie. Dans les dernières années, étant étudiante universitaire à temps plein et anxieuse de partir seule, je n’ai pas pris part à de longs séjours hors pays. Après une année 2019 bien mouvementée, l’obtention de mon baccalauréat et des remises en question, j’ai finalement décidé de prendre une année pour moi, pour mes rêves, vivre et me retrouver.

En 2018, j’ai participé à un semestre à l’étranger en Australie et je suis tombée amoureuse de ce pays ensoleillé, ses paysages hallucinants et sa culture. Alors, je rêvais d’y retourner. Ainsi, le 11 février 2020, je partais pour ma destination préférée ! À ce moment, seuls quelques échos de l’éclosion de COVID-19 en Chine étaient parvenus au Canada et en Australie. La situation mondiale était encore stable ; c’était un problème lointain, ou il le semblait. Malgré tout, quelques masques étaient portés dans l’avion et à l’aéroport. L’Australie avait déjà fermé ses frontières à la Chine, car quelques cas directement liés à Wuhan avaient été détectés. J’ignorais à ce moment que, si mon départ avait été prévu pour quelques semaines plus tard, je serais restée au Québec.

Mon arrivée et l’arrivée de l’instabilité

À mon arrivée, je prenais mon temps pour redécouvrir la ville de Brisbane, les saveurs et retrouver les gens qui m’avaient tant manqué. J’avais six mois devant moi ! Tout en cherchant un emploi, je profitais de la merveilleuse température estivale, soit un beau 35 degrés quotidiennement. J’étais simplement heureuse d’être de retour.

Activité en pandémie : Randonnée au parc national de Noosa
Coucher de soleil à la plage de Noosa
Découverte du parc national de Noosa, dans le Queensland

Toutefois, je suivais l’évolution du virus de près en m’informant sur la situation localement et mondialement. Seulement trois semaines après mon arrivée, ça commençait à s’agiter dans le monde et mon anxiété s’accentuait. L’Organisation mondiale de la santé et les gouvernements adressaient la situation avec un plus grand sérieux ; des recommandations étaient données, des frontières fermaient et les cas, de plus en plus éparpillés sur la planète, augmentaient. La situation en Australie semblait stable, le pays étant rapide à agir pour restreindre les arrivées des pays particulièrement touchés.

Il est important de mentionner que, pour moi, l’Australie est ma deuxième maison. J’y ai laissé mon cœur la première fois que j’y suis allée, et souhaitais y retourner dès mon retour. J’avais la chance d’être merveilleusement bien entourée et à un endroit que je connais presque encore mieux que Montréal. Donc, je me disais qu’il n’existait pas mieux comme situation pour rester « coincée » à l’étranger.

Le choix déchirant et le choix fait pour moi

Le 13 mars, plusieurs messages m’attendent à mon réveil. Plusieurs de mes amis et mes proches m’annoncent que le Québec ferme ses écoles, commerces, pratiquement tout. On me demande si je vais bien, si je suis encore partie et quelle est ma date de retour. La situation étant encore stable en Australie, je ne ressentais pas cette panique jusqu’à ce que je réalise l’ampleur que la situation prenait. Ça commençait à m’inquiéter. Je ne savais pas si je devais être réaliste ou optimiste.

Le choix entre revenir dans un avion bondé de voyageurs pressés de retourner au pays avec à peine quelques mesures sanitaires en place ou ne pas avoir de date de retour était déchirant. Les deux options étaient aussi terrifiantes.

Plus les jours avançaient, plus la pression amplifiait, parce que les vols diminuaient et les prix augmentaient aussi rapidement que les cas. Le 19 mars, j’ai réalisé que je devais prendre une décision, et maintenant. Ainsi, ce matin-là, à contrecœur, j’ai réservé mon billet de retour vers le Canada avec Air Canada. Il était sept jours plus tard, car c’était le premier offert qui coûtait moins que 5000 $ (je ne savais pas à ce moment que mon assurance voyage aurait couvert les coûts à 100 %). Ce fut un moment très difficile pour moi puisque, à peine arrivée, je devais déjà dire au revoir à mes amis, mais surtout à tous mes rêves de l’année 2020.

Changement de cap

Malheureusement ou heureusement, le lendemain, je recevais déjà une alerte concernant l’annulation de mon vol. Air Canada interrompait tous ses vols internationaux. L’Australie annonçait la fermeture de toutes ses frontières autant internes qu’externes. Le gouvernement canadien avertissait qu’il n’y aurait pas de vol de rapatriement à partir du pays. Les options de retour me glissaient entre les doigts. J’ai donc dû confirmer avec ma compagnie d’assurance que ma couverture resterait en vigueur, puisque mon départ avait eu lieu bien avant quelconque avertissement du gouvernement du Canada. Pour être honnête, je ne savais pas comment me sentir à ce moment. Autant que j’étais soulagée de ne pas me mettre à risque dans un long trajet aérien, de ne pas mettre à risque ma famille en revenant à la maison pour compléter ma quarantaine et de pouvoir rester chez moi, j’étais apeurée par ce qui s’en venait.

Mon expérience pandémique australienne

Vue du centre-ville de Brisbane
Mon expérience pandémique en Australie : Piste cyclable à Brisbane
Meilleure activité en pandémie : Activité physique sur la piste cyclable qui entoure la rivière à Brisbane

Au départ, de façon similaire au Canada, l’Australie a fermé tous les commerces non essentiels, les parcs nationaux et limité les déplacements aux raisons essentielles seulement. Alors, comme tout le monde, j’ai dû m’adapter. Outre développer mes compétences en cuisine (oui oui, j’ai fait du pain), j’ai aussi pris du temps pour moi et ma santé ; j’ai commencé à m’entrainer quotidiennement, à méditer, à me connaître. Je prenais part aux petits plaisirs tels que marcher pendant des heures sur la piste cyclable en bordure de la rivière, déguster de la gelato Messina (la meilleure), et prendre des nouvelles par FaceTime.

Gelato Messina à Brisbane

Je me considère très chanceuse, puisque l’Australie n’a pas été affectée de façon comparable au Canada par la pandémie, d’autant plus que je vivais à Brisbane. Je suis consciente que la situation aurait pu être drastiquement différente, mais je me sentais plus en sécurité en Australie. Dès le début du mois de mai, plusieurs restrictions ont été levées. Tout en respectant les consignes sanitaires, j’ai pu recommencer à profiter des petits joyaux à proximité. Je suis allée visiter mon sanctuaire de koalas et kangourous favori, le Lone Pine (quoi de mieux que de la zoothérapie pour oublier une pandémie mondiale ?). Je suis retournée à la plage en louant une voiture au lieu d’utiliser les transports en commun. J’ai effectué plusieurs randonnées dans les parcs nationaux environnants.

Koala au sanctuaire Lone Pine
Kangourou au sanctuaire Lone Pine
Nouveaux amis du sanctuaire Lone Pine à Brisbane

Retour d’expérience

Pendant mon séjour, j’ai appris à connaître l’Australie comme je n’aurais pu en d’autres circonstances ; j’ai rencontré un peuple résilient qui se serre les coudes pour le bien de tous, j’ai découvert les racoins de la région et j’ai voyagé de façon unique. J’ai pu partager à mes amis des recettes classiques québécoises telles que du pouding chômeur. Et en échange, ils m’ont enseigné à cuisiner des mets de leurs pays d’origine. J’ai vu le pays sous un nouveau regard, ce qui a renforcé mon amour pour cet endroit. Néanmoins, je ressentais parfois de la tristesse face à la constatation que mes plans ne se réaliseraient pas. Cela dit, je peux maintenant dire que j’ai survécu à un trajet aérien de plus de 30 heures avec un masque, une visière et beaucoup de désinfectant, avec escale au Qatar, en pleine pandémie mondiale, parce que je devais revenir au Québec pour amorcer une autre aventure.

Bien que je n’aie pu réaliser mes grands projets encore, mon expérience pandémique en Australie m’a permis de me réaliser. Puis, j’ai pris conscience que ce n’était pas ma « dernière chance » de les concrétiser, tel que je le pensais au début de cette pandémie. Je suis certaine que lorsque ce sera possible, avec toutes les adaptations et précautions nécessaires, je trouverai le moyen qu’ils deviennent réalité. Mon âme de voyageuse ne s’est pas éteinte durant cette pandémie, bien que malmenée, elle a plutôt développé une résilience qui m’aidera à continuer à prendre part à de multiples aventures, mais ce sera dans ma région en attendant.

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