Heureux qui comme Ulysse vagabondant au gré des flots, qui n’eut jamais rêvé d’échapper à la routine et de troquer celle-ci contre l’aventure ? Une envie de se trouver dans le cocon de l’évasion aux confins d’un monde qui mérite plus que tout d’être arpenté et découvert… Et savez-vous quoi? On s’y perd bien volontiers. Cette attirance est celle que voue le nomade pour la terre, le voyage, la découverte et l’aventure…

La sensation est tellement agréable, malgré son intangibilité. C’est un peu comme aimer et se sentir aimé. Rien d’autre n’avait de sens comme la route, rien d’autre n’avait de sens que l’esprit vagabond. Il fallait partir loin, vite, à la conquête du monde avant que celui-ci ne devienne bien trop abîmé par la bêtise des hommes.

C’est ainsi qu’une sensation, probablement celle de gaité, animée et conjuguée par une adrénaline qu’un nomade voudra vivre sans fin. Celle-ci traverse tout le corps et aussi l’esprit. Le coeur bat d’autant plus fort. C’est le cœur du nomade. Entre rêverie et réalité, le nomade faut aussi face à des défis, des aventures inopinées sans remettre en cause son dessein premier : voyager.

Accepter l’instabilité et l’inconfort

Avoir un coeur de nomade est sans nul doute vaincre des peurs pour vivre sous couvert d’échappées belles. Cela inclut beaucoup de courage et de persévérance. Être nomade est un choix, un mode de vie. En premier lieu, cela passe par l’acceptation d’une quelconque instabilité et inconfort.

Partir loin comprend une incertitude. C’est l’aller de part et d’autre sans savoir où aller, où partir, où se rendre… C’est s’envoler les yeux fermés et foncer tête baissée. C’est l’aventure, la surprise, le dépaysement.

Être nomade, c’est le doute constant. C’est aussi ne pas savoir ce qu’il adviendra de demain. Mais cela n’a pas d’importance, puisque seul le moment présent est digne de sens. Se poser des questions en permanence sur des éventualités plutôt que la réalité du présent doit être exclu. Le doute a sa place, mais pas la peur. Être nomade, c’est vivre comme si l’on devait mourrir demain. L’intensité de la découverte et de l’aventure s’accroissent car le reste n’a d’égale importance. C’est oser faire ce qu’autrui appelle jalousement la chance.

L’absence d’objectifs

Le voyage n’a de sens si tout est programmé d’avance. La large démocratisation du tourisme a néanmoins fait basculer l’idéal des voyageurs d’antan. Ceux qui partaient, sac au dos, pour suivre les étoiles. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée puisque le touriste règle son voyage à la minute près.
Cette façon de raisonner va à rebours de celle du nomade. Pourquoi? Parce que celui-ci va, au contraire, tenter d’aller en dehors des sentiers battus et surtout se laisser guider par son instinct. Il n’y a pas d’objectifs de voir ou de faire, le dessein étant de vivre pleinement l’instant présent. L’idée de nomadisme conçoit le voyage comme un chemin et non une fin. Or, la mondialisation du tourisme a permis de faire perdurer l’idée selon laquelle la destination finale compte davantage que l’aventure qui nous y mène. À tort.

Expérimenter (tous) les chemins qui mènent à Rome…

Non. Comme mentionné ultérieurement, le voyage n’est pas une fin. C’est une aventure qui se vit chaque jour, avec des hauts et des bas. En réalité, l’évasion comprend aussi et surtout les moyens déployés pour arriver à destination. Il s’agit, en pratique, des aventures qui nous y conduisent, des mésaventures qui nous font grandir et les personnes rencontrées sur notre chemin. En réalité, au fur et à mesure de nos voyages, on vient même à se rendre compte que la destination est plus décevante que le chemin qui nous y conduit.

J’ai à titre d’exemple mon trip à moto autour du Vietnam. En compagnie de mon frère et de quelques joyeux lurons rencontrés sur la route, nous décidâmes d’entamer la tournée des grands ducs. Au programme : tout le nord du Vietnam jusqu’à la frontière chinoise avec pour attractions : Sapa, Moc Chau et la baie d’Ha Long. Si toutes ces destinations sont sur le papier un rêve encore intouchable, la réalité, elle, est tout autre. La beauté saisissante des typiques paysages vietnamiens avait de quoi offrir au nomade en quête d’évasion une grande satisfaction. Pourtant, une fois sur place, après des semaines d’attente, la déception. Outre la grisaille de Sapa, le tourisme de masse, les restaurants, les hôtels et les « tours » chez l’habitant paraissaient trop surfaits pour un havre de paix où initialement reposent de somptueuses rizières. Facilité déconcertante de prétendus nomades, il faut prendre conscience que la vision du voyage est dénuée de sens si l’idéal entrepris est seulement la destination… Le chemin qui mène vers l’inattendu est toujours le meilleur des périples.

En conclusion…
Pour finir, le cœur d’un nomade est celui qui vit dans un écrin emprunt d’onirisme. Les mots de Jack Kerouac parlent d’eux-mêmes : « He had no place he could stay in without getting tired of it and because there was nowhere to go but everywhere, keep rolling under the stars ». L’art de se perdre sans connaître préalablement le chemin, pour assouvir une soif de curiosité, n’est-ce pas le dessein de chaque nomade? Puisse-t-il se fondre dans la masse du monde tout entier comme si les étoiles en dépendaient.

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