Sur les traces de Phileas Fogg et de ses aventures autour du globe*, je me suis lancée un défi : 7 jours pour découvrir 7 pays !

Dans l’esprit du Nomade, « voyager » est synonyme de « frontières (lointaines) à traverser ». L’inspiration pour le prochain article est alors à la pointe de son crayon, mais l’histoire s’écrit différemment quand le quotidien rythme à nouveau sa vie.

C’est avec cette curiosité qui m’anime en voyage que j’ai voulu parcourir le monde… depuis Bruxelles, ville d’accueil depuis bientôt deux ans et laboratoire de la multiculturalité. But de l’expérience : éveiller mes sens à la diversité culturelle et sociale qui m’entoure pour un périple peu ordinaire !

(Jour 1) Parles-tu le belge une fois ?! J’ai posé mes valises sur ledit « plat pays » qu’une courte marche dans sa capitale vient contredire tant elle est vallonnée. Même constat pour sa langue française, escarpée de belgicismes et d’un fort accent qui ont rendu ma première journée de travail aussi épique qu’un déchiffrage de hiéroglyphes : « Pour vous rendre dans nos locaux, prenez le bus septante-et-un ; à cette heure-ci, il ne devrait pas y avoir trop d’embout’ sur le ring. […] Vous saurez trouver les fournitures dans l’armoire : fardes, lattes, papiers collants… […] Quand vous aurez presté vos heures, vous pourrez rejoindre l’équipe à la friture, la meilleure de Bruxelles dit-on ! À tantôt ! ».

(NB : le contenu de ce paragraphe est totalement soumis à la subjectivité d’une jeune expatriée bordelaise qui affectionne gavé la langue de Molière !)

(Jour 2) Les mots, entendus au hasard d’une conversation, lus, au loin sur une enseigne, m’ont attirée au-devant de l’épicerie Antichi Sapori Italiani. Je le prononce à mi-voix et profite de la sonorité mélodieuse italienne. Je dévore du regard les plats exposés en vitrine – légumes marinés à l’huile d’olive, arancini fourrés à la viande, fromage à la truffe, cannoli décorés d’écorces de citrons confits… Je pousse la porte, accueillie avec sourire un « buongiorno bella ragazza ! » ; les éclats de voix entre les serveurs sont vifs, les conseils aux clients sont gourmands ; les étagères en bois débordent de produits fièrement estampillés du drapeau vert/blanc/rouge ; les multiples odeurs imprègnent la boutique… Je repars les bras chargés de délicieux paquets !

(Jour 3) Plaisir du dimanche : la mine encore endormie, filer sur la place du marché pour observer monsieur le fleuriste hollandais. Il dresse sa toile couleur écrue, ouvre la porte de sa camionnette et sort, un à un, des pots noirs remplis de feuillages, de brindilles, de fleurs qui trempent dans une mare d’eau. Il installe ses caissettes en bois et décore de petits arrosoirs en métal. Il est souriant, grisonnant, imposant. Délicat, aussi, et passionné quand il saisit une tige, une deuxième, coupe d’un geste sec, recherche du bout des doigts la forme, la texture, le volume qui viendra sublimer ces fleurs éclatantes, noue une cordelette et offre ce bouquet enchanteur créé par un artisan de la nature.

(Jour 4) Direction l’Inde (le décalage horaire en moins) grâce aux superbes œuvres du célèbre photographe Steve McCurry exposées au Palais de la Bourse. L’agencement des clichés, suspendus à des toiles blanches disposées en triangulaire, invite le voyageur à une immersion visuelle totale dans le pays. Ainsi, perchée sur le fort surplombant la cité fortifiée de Jodhpur, j’admire le bleu de ses habitations se teinter d’une lueur ocre à la tombée du jour ; j’avance, dans les eaux d’une crue, aux côtés de cet homme qui porte sur son épaule droite une machine à coudre, son seul bien restant ; je remue l’eau sacrée au-devant du Taj Mahal pour aider cet autre à retrouver ses clés ; je rejoins le cercle formé par ces femmes autour d’un arbre pour se protéger de la tempête de sable soudaine ; je sonde le regard profond de cette petite fille dont les traits du visage marquent sa jeunesse et contrastent avec ses accessoires féminins qui la projettent dans le monde des femmes adultes ; je prends part au Festival Holi, à son feu d’artifice de couleurs vives et de paillettes lancées dans les airs et qui retombent en arc-en-ciel sur les babouches traditionnelles de cette foule en liesse.

(Jour 5) Je sors mon carnet à dessins, mes feutres de couleur et monte dans ce taxi que je colorie tout en jaune. Bercée par le bruit du moteur, je m’évade vers le Japon. À peine arrivée, telle une enfant dissipée, je troque mes crayons pour une paire de ciseaux et découpe des formes carrées dans du papier origami à motifs. La langue tirée, la respiration lente, je plie du bout des doigts, dans un sens, dans l’autre ; une grue s’envole, une grenouille bondit, une étoile file.

(Jour 6) Il y a le voyage dans l’espace géographique et celui dans l’espace-temps comme lorsqu’on déambule dans le quartier des Marolles. Le charme désuet des brocantes et des friperies se mêle à celui, ultra moderne, des boutiques éphémères. Le dimanche, les rues et la place centrale sont le point de rendez-vous de toutes les générations pour une accolade, un éclat de rire, un tour dans les allées étroites du marché aux puces qui a des airs de souks orientaux. Les traditions des populations étrangères, marocaines et turques, ont migré sur ce sol et façonné l’ambiance populaire de ce quartier animé. Je chine, dans ce cabinet des curiosités en plein air, de vieilles casseroles en cuivre, une mallette fatiguée par de nombreux allers-retours, des services à vaisselle kitch ou chic, des bandes dessinées aux pages jaunies, des vêtements d’une autre époque… Une véritable chasse aux trésors !

(Jour 7) Parce qu’on a tous un côté chauvin qui ressort quand on s’éloigne de notre pays natal, on se réjouit d’une soirée « produits du terroir » partagée avec les copines de la région – chacune revenue avec un sac rempli de vivres lors du passage obligé par le frigo familial et les craintes de celle-ci quant à notre survie en terre hostile ! Alors, pour pérenniser les traditions du sud-ouest de la France, on ouvre une bouteille de vin bordelais, on tartine le pâté au piment d’Espelette, on se dispute le quignon de la baguette, on savoure un bon fromage odorant (renonçant, de fait, à toute forme de romantisme). Qu’il est doux d’être (comme) à la maison !

7 jours – 7 pays : défi réussi !

À votre tour de porter un regard ingénu sur le monde, de le découvrir avec l’esprit du débutant et vous ne cesserez jamais de voyager !

* Le tour du monde en quatre-vingts jours, Jules Verne

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