Si partir et voyager sont parfois décisifs, revenir est une étape indispensable dans la vie. J'ai expérimenté le retour de voyage, le vrai. Celui qui demande un partage impressionnant et un effort surhumain pour passer outre la nostalgie et les larmes. Mais surtout, revenir m'aura fait grandir encore davantage que mes exils.

Je fais partie de ceux qui ont de la chance. De la chance d’être née dans une famille qui, au cours de mon éducation, m’a ouvert aux gens, aux différences, au monde plus globalement. À travers des livres, des films, des voyages et des langues, j’ai développé une passion pour cet univers de découvertes qui s’offrait à moi.

Je fais partie de ceux qui ont de la chance. De la chance d’avoir pu partir, en étant soutenue par ma famille et mes amis, en sachant éperdument qu’ils seraient là quand je reviendrais. Et leur discours restait le même « Pars, voyage. Il n’y a pas de meilleure façon de grandir qu’en découvrant le monde ».

Chine - Guanxi

Alors je suis partie, jeune, peut-être trop jeune, mais j’étais heureuse de m’envoler. Et depuis, je ne me suis que peu arrêtée. Et même si, aujourd’hui, je ne suis plus une débutante dans ce mode de vie, chaque départ m’apporte son lot de stress et de questionnements. Je ne cesse de me demander si j’y arriverai. Si cette nouvelle étape m’apportera du bon ou si, au contraire, cette fois, je sauterai les pieds joints dans une grande folie. Peut-être était-il temps de se poser. Peut-être mon instabilité soulignait un caractère trop indépendant. Peut-être que le conte de Peter Pan m’avait plus marquée que prévu. Et à cet instant, alors que mon monde est remis en question, que ma soif de cultures et de découvertes devient insatiable, je ne peux leur donner raison à mes concitoyens qui me disent que le voyage fait grandir.

Alors certes, voyager m’a permis et continue de me faire découvrir des palettes de ma personnalité. Cela m’entraîne dans des pays plein d’hospitalité et de partage qui me forcent à m’adapter, à me mettre à la place des locaux, à vivre dans un confort inexistant et à repousser mes limites. Si cela est grandir pour eux, alors oui, chaque départ et temps passé à l’étranger m’a fait grandir.

Mais selon moi, j’ai appris qui j’étais et j’ai intégré une nouvelle perception à ma vision française du monde d’aujourd’hui. En bref, j’ai mûri.

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Mais si partir sème un certain lot d’émotions dans mon corps, croyez-moi, revenir me fait peur. Parce que je sais pertinemment que le temps même parfois très court du voyage m’a fait évoluer. Alors j’ai peur de mon changement, de ma vision modifiée de la société. J’ai peur que mes amis, ma famille ne m’acceptent plus, me voient trop différente. Et cela me tord les boyaux, de ne pas connaître leur réaction.

Et même s’ils m’acceptaient telle que j’étais, me dis-je assise dans l’avion tandis qu’il me ramène chez moi, par quoi vais-je commencer? Comment pourrais-je raconter ce que j’ai vécu, ce qui m’a fait mûrir, les rires, les larmes, les partages, les échanges, à ceux qui m’ont soutenue, mais qui sont restés derrière? J’ai mis du temps à accepter de raconter tout cela, ne sachant jamais réellement comment m’y prendre. Les premiers retours ont été très difficiles, alliant nostalgie et dépression.

Le retour m’a fait grandir et réfléchir. Car la complexité de cette action de communication qui fait souvent mal au cœur au souvenir de ces moments incroyables est d’autant plus nécessaire pour grandir et ne pas se renfermer sur soi. Le retour m’a aidée à mieux m’exprimer, à partager mes ressentis, mes découvertes. À créer des liens forts avec ma famille d’une façon insoupçonnée. Au final, de chaque retour j’ai pu tirer, après l’avoir partagé, des apprentissages qui m’auront indéniablement fait grandir.

Alors partez, mais surtout revenez, même si cela n’est qu’une courte étape entre deux découvertes. Car si voyager est l’une des plus belles leçons de la vie, revenir permet de mieux grandir.

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