Voyage et éthique. Voilà deux mots qui peuvent être bien difficiles à mettre ensemble. Je me suis récemment rendue aux Maldives, pays hautement controversé faisant l’objet d’un appel au boycott international de la part de divers organismes travaillant pour les droits humains. Trouvant extrêmement important d’être renseignée sur autre chose que les attraits touristiques d’un pays avant de le visiter, j’étais donc au courant de ce fait avant d’embarquer dans l’avion. Pourquoi ai-je alors choisi d’y mettre les pieds?

Après avoir fait de nombreuses recherches sur cette destination, j’en suis venue à la conclusion qu’il était sécuritaire d’y aller comme touriste tant et aussi longtemps que j’étais prête à respecter les us et coutumes locaux, ainsi que les lois qui sont, disons-le, très déroutantes pour la Canadienne sans religion que je suis. J’étais curieuse de voir ce qui se cache derrière l’étrange mélange des complexes hôteliers luxueux et du gouvernement hyper conservateur. Je voulais découvrir cet endroit méconnu, plus souvent qu’autrement représenté par une image de villas dans un paysage paradisiaque. Le but de voyager n’est-il pas justement de découvrir ce qui se trouve sous les préjugés et clichés que l’on entretient? Après tout, de vrais êtres humains vivent aux Maldives, avec leur propre culture et leur propre langue dont je ne connaissais pas grand chose. Les rencontres faites avec quelques-uns des habitants de Thulusdhoo sont d’ailleurs des souvenirs que je conserve précieusement; que ce soit le souper partagé avec une surfer girl maldivienne « digital nomad » qui voyage dans les différents atolls de son pays quand elle n’est pas partie ailleurs dans le monde, ou encore les discussions sur toutes sortes de sujets avec deux jeunes hommes qui travaillent à la boutique de souvenirs de l’île.

Je pense que la façon dont on voyage en général peut avoir un impact direct sur les endroits que l’on visite. Ne vaut-il pas mieux stimuler l’économie des îles locales, plutôt que de payer des sommes exorbitantes à des compagnies qui sont prêtes à avancer n’importe quel montant d’argent pour faire ce qu’elles veulent, comme c’est le cas sur les îles privées où l’on trouve les complexes hôteliers de luxe? Voyager localement permet de constater qu’en réalité les gens d’ailleurs sont plus semblables à nous qu’on aurait pu penser, et peut-être même que cet apprentissage peut se faire dans les deux sens.

Les lois établies par le gouvernement des Maldives contreviennent aux droits humains, je ne remets pas cela en question. C’est un fait établi. Par contre, si on se met à étudier les agissements des gouvernements des destinations parmi les plus populaires du moment, on découvre rapidement que la plupart posent des gestes tout aussi innacceptables. Je pense entre autres au Cambodge où la liberté d’expression est réprimée au point où des militants qui sont contre le gouvernement actuel sont parfois assassinés, à la Thaïlande où la censure des journaux par la junte militaire est omniprésente et la surveillance des réseaux sociaux à la recherche de propos lèse-majesté est chose commune. Les dissidents peuvent se retrouver en prison dans des conditions inhumaines pendant des années, souvent suite à un procès injuste. Qu’en est-il de la Birmanie qui sort à peine de dizaines d’années de répression par les militaires et qui, encore aujourd’hui, tente de cacher la crise dans la province de Rakhine? Les conditions de vie des Rohingyas, minorité ethnique musulmane, se détériorent à chaque année sans que les autorités ne lèvent le petit doigt pour améliorer la situation. On utilise même le mot génocide dans certains médias. On peut aussi parler des Philippines en pleine crise avec ses trafiquants de drogue abattus par la police à la vue de tous et chacun au milieu de Manille. Certaines victimes n’ont même pas atteint la majorité. Gestes qui, soit dit en passant, sont approuvés et même célébrés par le président du pays lui-même. Pourquoi est-il cool et trendy de se rendre à Bali en Indonésie, pays abritant la province de Banda Aceh où la loi de la charia est appliquée telle qu’aux Maldives? Bali accueille pourtant à chaque année de plus en plus de touristes. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres, bien des pays d’Amérique latine, ou encore Dubaï et même les États-Unis pourraient aussi se retrouver dans cette liste.

Est-ce que je suis une voyageuse irresponsable parce que j’ai dépensé de l’argent aux Maldives? Aux yeux de certains, oui. Est-ce que les gens qui se rendent dans les temples bouddhistes de Thaïlande en camisole et en shorts ou qui s’exhibent en bikini en plein village laotien sont des voyageurs irresponsables? Et ceux qui paient pour monter à dos d’éléphant ou voir un ping-pong show? À mon avis, oui; mais je ne prétends pas détenir la vérité ultime ni être une voyageuse 100% éthique. Loin de moi l’idée de vouloir véhiculer une image parfaite des Maldives en parlant de mes expériences vécues là-bas! Reste que je me questionne énormément à savoir pourquoi certaines destinations sont jugées acceptables et d’autres pas.


Envie de découvrir les Maldives en dehors des hôtels de luxe toi aussi? Cet article devrait te plaire :

Les Maldives en dehors des hôtels de luxe

À lire également sur Nomade Magazine :