Les voyageurs au long court comme moi sont un peu vus comme une espèce à part. On se fait bombarder de questions et de regards dès qu’on commence à expliquer qu’on ne pourrait vivre sans voyager. Certaines répliques nous sont sorties des dizaines et des dizaines de fois, tellement qu’on se fabrique des réponses automatiques ;

Mais tu fais quoi dans la vie pour voyager autant? Bah vous savez, je travaille ici et là, parfois dans des restaurants, quelques fois à cueillir des fruits, d’autres fois dans des hôtels. Je vais où le vent m’amène et je mets des sous de côté. Ensuite, je repars. C’est simple comme tout.
Et tu habites où, réellement? Un peu partout! Entre les voyages et, quand j’ai besoin de me ressourcer auprès des gens que j’aime, je retourne à la maison familiale. Sinon, j’ai pas vraiment de maison. Je suis un(e) citoyen(ne) du monde!
Quand est-ce que tu vas te poser? Oh bonne question… Jamais? Ou si, peut-être, mais bon. Une journée à la fois.
Dans quel pays? Aucune idée… C’est comme l’amour ça, on voyage jusqu’au coup de foudre!

Pour des gens qui ont passé toute leur vie de façon sédentaire, en ne bougeant que quelques jours par année lorsque les vacances arrivent, il est probablement assez difficile d’imaginer que la vie peut être vécue autrement. Et pourtant… les seules limites qu’il y a, ce sont celles que l’on se met soi-même. J’ai un jour cru que la vraie vie c’était ça, le “starting pack” qu’on vous sert sur un plateau d’argent dès l’adolescence : trouve-toi un métier, étudie-le, plus tu passeras de temps à l’école et mieux tu seras payé, tombe en amour, achète-toi une voiture, même si tu n’as pas d’argent, mets ça sur crédit, de toute façon tu auras bientôt un bon travail alors tu pourras la rembourser, achète-toi une maison, c’est cher et ça va te causer du stress certains mois plus que d’autres mais c’est pas grave, tu as toute une vie devant toi pour la payer, fais des enfants, marie-toi, achète-toi ce dont tu as envie et n’oublie jamais : tu as toujours une banque derrière toi qui pourra te passer de l’argent si tu arrives serré, tu rembourseras quand ça t’adonnera, plus tard, y’a rien là. Pour certains, je sonne pessimiste. Je ne vous blâme pas, la société de nos jours VEUT qu’on vive de cette façon et, tant que tu ne t’éloignes pas un peu de tout ce brouhaha, tu ne peux réaliser à quel point il y a plus. À quel point la vie ce n’est pas tout ça.

Et le voyage, c’est exactement ce que ça m’a fait réaliser. Peu à peu, ça m’est rentré dedans de voir à quel point on accorde autant d’importance à l’argent et au paraître. À quel point des gens passeront la majeure partie de leur vie à tenter de joindre les deux bouts, sans réellement prendre le temps de vivre. Parce que non, la vie qu’on nous laisse miroiter de nos jours, ce n’est pas la réalité. La réalité, c’est que des gens se font beaucoup d’argent sur votre dos et que d’autres bousillent votre santé. La réalité, c’est que ceux qui ont le pouvoir de faire changer les choses se trouvent au dessus d’une marmite remplie d’or et qu’ils en sont complètement aveuglés. La vérité, c’est que le monde dans lequel on vit aujourd’hui est dans un tournant comme il ne l’a jamais été auparavant. Et la vérité, celle qu’on tente de vous faire oublier, c’est que le monde tel qu’on le connait est en plein cycle de changements, des changements qui nous feront réaliser qu’on est qu’un grain de sable dans un univers beaucoup plus puissant que nous. Des changements qui, malheureusement, emporteront des vies, beaucoup de vies. Il est si facile de se mettre des œillères, de continuer de vivre comme si rien n’était, de consommer toujours plus. Le voyage m’a réveillée, secouée, remise en question.

Alors, pourquoi je voyage?

Parce que je peux vivre chaque jour pleinement, la conscience tranquille que je ne me réveillerai pas un bon matin dans 30 ans en me disant que ma vie a filé à toute allure et que je ne l’ai pas vue passer. Je réalise mes rêves dès que l’opportunité se trouve devant moi et c’est BON, mais tellement bon! Et le pire dans tout ça, c’est que c’est accessible à beaucoup plus de gens qu’on ne le croit, peu importe l’âge que vous avez. Je rencontre assez souvent des gens âgés et des petites familles qui en ont eu assez d’être en place et de ne pas assez profiter de la vie. Certains vendent tous leurs biens et d’autres travaillent une partie de l’année pour financer leurs allées et venues autour du globe. Mais ce qui me fait le plus plaisir, c’est qu’ils ont tous des discours et des façons de voir la vie qui ressemblent et se fondent dans la mienne. Ils ont tous, à un moment dans leur vie, pris conscience que les possessions matérielles sont un bonheur éphémère, un bonheur de surface. Le bonheur, le vrai, il se trouve à un autre niveau. Pour moi, il est présent dans les rencontres enrichissantes faites autour du globe et dans toutes les belles choses que je découvre en parcourant la planète. Il est présent quand je rencontre des gens qui font des pieds et des mains pour faire changer les choses positivement dans le monde. Il est bien évidemment présent quand je retrouve les membres de ma famille et mes amis, et quand je sens qu’ils acceptent de me laisser voler, même s’ils sont tristes de me voir si loin. Mais surtout, il est présent dans cet état que j’expérimente chaque jour un peu plus : la liberté.

Grâce au voyage, je peux affirmer que je vie la vie de mes rêves, là, maintenant, sans regrets, pour le meilleur et pour le pire. Et je vous souhaite à tous d’avoir la force de prendre d’assaut vos rêves les plus fous, la force pour foncer et VIVRE votre vie à fond!


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