Et je suis là, assise sur le plancher froid de mon appart dans le fin fond de Montréal à me demander comment et surtout pourquoi ma vie est devenue si misérable. Je regarde la neige tomber dans la rue en même temps que les passants et, des fois, je l’avoue, ça m’arrache un sourire. Je sais que vous comprenez exactement ce que je ressens. Je l’exprime mal, c’est tout. Parce que pour l’une des rares fois que ça m’arrive, je cherche les bons mots.

Le temps passe, mais plus j’y pense et plus je suis persuadée que mon petit bonheur est resté à la douane en même temps que la bouteille d’eau que j’avais oubliée dans le fond de mon sac.

Ce n’est pas juste le retour du voyage qui est difficile, c’est tout le reste. Ce qui est difficile c’est de passer le plus clair de son temps à exister pour travailler en attendant d’avoir la capacité d’amasser assez de sous pour pouvoir vivre et voyager. Des articles sur l’incapacité d’adaptation des voyageurs lors de leur retour, sur le web, il y en a des centaines. Je ne suis pas là pour me plaindre, je vous écris ces quelques mots parce que j’ai quelque chose à vous dire, j’ai quelque chose à vous partager.

J’ai fini par délaisser le plancher de mon appartement. Parce que même si les centimètres de neige s’accumulent à l’extérieur, l’estime de moi, elle, descend toujours plus rapidement à l’intérieur. Comme quoi l’hiver ça ne refroidit pas seulement les mains, ça gèle les cœurs aussi. J’ai continué de regarder la neige tomber tout doucement en me disant à quel point c’est un joli spectacle. Et c’est là que ça m’a frappé de plein fouet, comme un train qui heurte quelque chose à pleine vitesse…

Voyager, c’est d’abord et avant tout un état d’esprit.

C’est stupide vous allez me dire. Vous allez peut-être même ajouter que vous avez perdu 5 minutes de votre temps pour vous faire dire quelque chose que vous saviez déjà. Ça se peut. Mais j’ai décidé, au moment précis où j’écris ces lignes, que maintenant j’allais voir Montréal avec des yeux nouveaux, avec des yeux de touriste, avec mes yeux de nomade. Je pense que c’est valable pour tout le monde et pour toutes les régions aussi. Parce que oui, il y a des façons de rendre le retour plus facile.

J’ai décidé que je n’aurais plus d’habitudes, que je ne prendrais plus mon café chez Tim Hortons parce que dans un autre pays je le prendrais dans des petits cafés qui ont une âme. J’ai décidé que j’allais vivre des expériences : tester des nouveaux restos, aller dans des endroits dont je n’ai jamais entendu parler juste parce que je trouve que la façade est jolie, me promener plus souvent avec ma caméra simplement pour voir la vie au travers d’un objectif.

J’ai décidé que j’allais m’attarder un peu plus à l’architecture, que je prendrais le temps de m’asseoir sur un banc de parc pour regarder la vitesse de la vie urbaine, que j’irais dormir dans une auberge de jeunesse ici, juste pour voir à quoi ça ressemble.

J’ai décidé que j’allais voyager dans ma propre ville.

Donc, j’ai pris une résolution : celle de récupérer mon identité. Parce que oui j’ai laissé une partie de moi-même dans tous les endroits que j’ai visités, mais, ce que j’avais oublié, c’est qu’en les visitant, j’ai pris une petite partie d’eux aussi pour remplacer celle que j’avais perdue. Antoine Lavoisier a dit : “Rien ne se perd. Rien ne se crée. Tout se transforme.” Ce qui a de magique dans le fait de voyager, c’est que tout se transforme, sans même qu’on ait le temps de s’en rendre compte.


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