Un peu partout sur la toile, on peut lire les aventures de voyageurs racontant toutes les merveilleuses rencontres faites durant leur périple. Comment le moment des au revoir aura été difficile, comment ces personnes autrefois de purs inconnus se seront transformées en amis, comment il tardera de les recroiser quelque part sur notre grande planète… Je crois néanmoins qu’on oublie trop souvent de parler de ceux qui restent, ceux que la vie a mis sur notre chemin avant notre grand départ et qui, chaque fois, nous attendent les bras grands ouverts, impatients d’entendre nos nouvelles histoires. Ce texte vous est dédié.

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Vous avez aujourd’hui affaire à une génération de voyageurs constamment à la recherche du prochain périple à exécuter autour du globe… À peine rentrés, nous pensons déjà à repartir. Telle une quête sans fin, l’envie de voyager coule dans nos veines jour et nuit. Difficile pourtant d’expliquer ce phénomène à nos proches et amis qui n’ont pas la même vision du voyage que nous. Chaque fois, on se heurte à un tas de questions ; Comment tu fais pour voyager autant ? Tu es riche !, un classique ! Ou encore ; un jour, il va bien falloir que tu penses à t’installer ! Un jour oui, probablement, mais pas maintenant. Ce qui fait le plus mal, c’est que toutes ces questions, ce sont généralement les gens que tu côtoies et que tu aimes qui te les posent. Les membres de ta famille, tes amis, d’anciens collègues… Parfois, au détour d’une de ces questions, tu as même l’impression de ressentir du mépris dans leur voix. Comment les blâmer ? Toute leur vie, on leur a fait miroiter un plan bien précis. Étudier, tomber en amour, trouver un boulot stable, s’acheter une maison, fonder une famille, travailler jusqu’à la retraite, profiter des beaux jours qui restent. Notre génération de voyageurs repousse toutes les bases, ou presque, de ce schéma imparfait. Notre génération de voyageurs a soif de découvertes, d’aventures, de rencontres inspirantes et, malheureusement, ne peut s’épanouir pleinement en restant en place dans la même ville, avec la même routine.

Tout ça pour vous dire, chers parents, grands-parents et membres de ma famille, que chaque fois que je dois vous annoncer un prochain départ, surtout lorsque je sais que je n’ai aucune date de retour à vous donner, j’ai le cœur fendu en deux. D’un côté, l’excitation de repartir à l’exploration et de vivre ma passion à fond. Et de l’autre, le sentiment d’être sans-cœur et de vous laisser tomber alors que je vous aime d’un amour éternel et sans frontières… Je vis les jours précédant mes départs en refoulant une panoplie de sentiments à l’intérieur de moi. Les émotions à fleur de peau, il n’en faut pas beaucoup pour me tirer des larmes lorsqu’un regard ou une parole se fait trop intense… Le pire, ce sont les dernières minutes avec vous avant le départ. Quand votre voix cassée par les pleurs essaie de m’apaiser en me disant que vous êtes heureux pour moi et que vous m’aimez, peu importe mes choix. Je ne peux m’empêcher de me trouver sadique de nous faire vivre tout ça… Je ne vous le dirai jamais assez, mais je vous aime. Mes départs n’ont rien à voir avec vous, au contraire… Vous avez su m’inculquer vos bonnes valeurs et votre joie de vivre, sachez que votre enfant parcourt aujourd’hui le monde en répandant ces cadeaux si précieux que vous m’avez offerts. Pendant mes absences, prenez soin de vous et n’oubliez jamais que, peu importe où je me trouve, vous ne faites qu’un avec moi. Je suis dans votre cœur et vous êtes dans le mien. Je vous dédicace souvent des bouffées de bonheur lorsque j’ai devant moi des paysages à couper le souffle et ce n’est pas rare de me voir penser à quel point j’aimerais vous avoir à côté de moi, là, maintenant, en claquant des doigts… Je respecte néanmoins vos attachements, votre mode de vie et vos peurs qui font que votre parcours est différent du mien. Mais sachez qu’à n’importe quel moment, votre présence est la bienvenue : s’il vous prenait l’envie de vous acheter un billet d’avion pour venir me visiter, j’accueillerais cette aventure les bras grands ouverts…

Il est une autre richesse que celle de l’or ou de l’argent, c’est l’amour de sa famille.

Et vous, mes amis… Tous ces événements importants de votre vie que j’ai ou que je vais manquer… L’amitié n’a pourtant pas de frontières et je crois fermement que certaines relations réussissent à braver le temps. Nos quotidiens sont complètement différents ; vous pensez à vous installer, bâtir une vie avec la personne que vous aimez et vous reproduire (et faire de mignons mini-vous avec lesquels j’adore passer du temps lors de mes passages au pays!) tandis que je ne pense qu’à une vie de nomade, loin de tous ces standards. J’espère chaque fois que vous ne m’en voulez pas trop de vous quitter… Malgré nos chemins de vie éloignés, je vous aime et respecte vos choix. Chacun d’entre vous a contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. J’ai essuyé vos pleurs, vous avez apaisé mes peines. Ensemble nous avons fait des erreurs, ensemble nous avons tenté de refaire le monde. À vous tous qui partagez aujourd’hui ma vie ; je vous ai choisis et vous m’avez choisie. J’accepterai avec grand plaisir le prochain moment qui nous réunira, le moment où l’on pourra se remettre à jour sur tous ces instants passés loin l’un de l’autre…

L’amitié, le vrai, ce n’est pas d’être inséparable. C’est d’être séparé et que rien ne change.

Cet article ne serait pas complet sans parler de vous, chers anciens collègues de travail. J’ai eu la chance d’avoir à mes côtés de magnifiques et brillantes personnes avec qui j’ai partagé plusieurs années de ma vie. On s’entend sur une chose : les gens avec qui nous travaillons partagent une bonne partie de notre quotidien. Passant bien souvent plus d’heures au boulot qu’avec les membres de notre propre famille, des amitiés se créent. Vous vous reconnaîtrez dans ces lignes, peu importe qui vous soyez, et je tiens à vous dire merci ; merci de rendre mes séjours au Québec inoubliables et d’avoir fait de mes quelques expériences de travail jusqu’à maintenant une partie de plaisir à vos côtés. Je suis choyée de vous avoir sur mon chemin et j’apprécie tous ces moments où nous nous retrouvons, parfois après plusieurs mois sans s’être vus, sans que rien n’aie changé entre nous. Je vous garde dans mon cœur et je rêve de vous avoir de nouveau comme collègues lorsque je travaille à l’étranger et que tout n’est pas parfait…

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Avec tous ces gens merveilleux qui gravitent autour de moi, j’imagine que les larmes lors de nos au revoir ont leur raison d’être… Si vous croyez que c’est difficile pour vous, alors pensez que je dois vous affronter les uns après les autres, yeux dans les yeux, chaque fois que je décide de repartir.

N’oubliez jamais… Peu importe où j’irai, une partie de chacun d’entre vous m’accompagnera. Merci infiniment pour votre présence dans ma vie avant, pendant et après mes voyages. Je vous aime du fond du coeur. xxx

Si cette lettre t’interpelle, n’hésite pas à la partager avec les gens que tu aimes…