Guillaume Piedboeuf, 24 ans. Je suis un vrai gars de Québec. Journaliste au quotidien Le Soleil depuis un peu plus de deux ans et fier résident de Saint-Sauveur, en Basse-Ville, j’ai étudié à l’Université Laval en communication et grandi à Saint-Augustin, en banlieue. J’étais également directeur des sports à la station de radio CHYZ 94.3 depuis de nombreuses années, poste que j’ai dû abandonner pour partir au Brésil.

Pourquoi passer plusieurs mois au Brésil?

Je suis un produit de ma génération, les Y. Je suis ambitieux au niveau professionnel, mais soucieux de ma qualité de vie et ouvert sur le monde. Je travaille sans compter mes heures, mais me remets aussi beaucoup en question sur ce qui va me rendre heureux à moyen et long terme. J’ai gradué de l’Université à 22 ans, et tout de suite eu un bon travail que j’aime, dans une profession où les emplois se font de plus en plus rares. Mais ça m’a aussi fait angoisser d’être entré dans le moule de la vraie vie, du «quelques semaines de vacances par année pour les 35 prochaines», un peu trop rapidement.

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J’en étais à penser à un peu tout ça le printemps passé quand l’idée de partir au Brésil a germé. Le contexte était bon. Je n’avais pas de blonde, je m’en allais dans un appartement sans bail. C’était le temps ou jamais pour un projet outside the box.

«Je vais tout lâcher et partir en voyage», c’est le genre d’idée qui passe par la tête de pas mal de gens, j’imagine, sans que ça aille plus loin.

Dans mon cas, par contre, l’idée est restée parce qu’elle me permettait, si tout fonctionnait bien, de combiner quête personnelle et professionnelle. Rio de Janeiro se préparait à recevoir les Olympiques et le comité organisateur avait reçu de sévères critiques dans les dernières années. Le Brésil était en crise économique et au début d’une crise politique. J’y ai vu une chance d’aller prendre du galon comme journaliste, de faire progresser ma carrière, tout en assouvissant ma soif de voyage, de liberté. J’ai monté un document pour présenter le projet à mon patron au journal et j’ai finalement eu le feu vert à l’automne. J’avais droit à un congé sans solde de 4 mois à Rio de février à juin, et le Soleil m’achèterait un dossier pré-Olympique que l’on vient tout juste de publier! En même temps, je suis devenu l’équivalent d’un freelance pour la durée du voyage, ce qui me permet de vendre à différents médias sur différentes plateformes pour financer mon voyage. En plus de mon dossier pré-Olympiques dans le Soleil, je collabore avec différentes radios à Québec, je prépare un reportage sur Rio pour la nouvelle émission Azimuts à Évasion et je planche sur un portrait de la vie dans les favélas que je ne sais toujours pas où je publierai. L’idée du livre me trotte aussi dans la tête. Bref, plein de projets.

Dossier pré-Olympiques à lire: Première partie: La course à obstacles des Jeux de RioLe Soleil et deuxième partie: L’envers de la médaille à Rio – Le Soleil.

C’est un pays qui m’a toujours intéressé, mais il y en a beaucoup d’autres. Je n’ai toujours pas mis les pieds en Afrique ou en Asie. N’empêche, j’ai grandi en idolâtrant l’équipe de soccer du Brésil, la Seleçao, et j’avais justement prévu y aller à ma sortie de l’université, comme freelance pendant la Coupe du Monde de soccer de 2014, pensant que je ne me trouverais pas de travail immédiatement. J’ai finalement été engagé au Soleil. J’imagine que l’idée était restée enfouie quelque part dans le fond de ma tête. Comme je l’ai mentionné plus tôt, d’un point de vue journalistique, c’était très sensé de choisir le Brésil comme destination. À l’heure actuelle, les yeux du monde sont tournés vers Rio.

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Mes incontournables de la ville de Rio

Difficile à dire, car la dynamique change vraiment de quartier en quartier. Rio est une ville fascinante dans l’optique où extrême richesse et pauvreté se côtoient de très près. L’immense favéla de Rocinha, par exemple, qui abrite plus de 200 000 personnes sur 1,2 km2, est entourée par trois quartiers (Gavea, Leblon, Sao Conrado) où le coût de la vie se compare avec les beaux coins de New York ou Los Angeles.

Même dans les favélas, le vibe change d’une à l’autre. Chacune est presque un petit pays en soi. Mais s’il y a une tendance, c’est que le coût de la vie y est moins cher qu’en ville, la culture plus riche et l’expérience plus dépaysante. Rocinha vaut clairement le détour justement et j’adore aussi Vidigal, une favéla qui monte dans les montagnes connues sous le nom de Dois Irmaos, pas très loin de la plage d’Ipanema. J’y ai passé le tiers de mon temps à Rio dans une auberge de jeunesse au sommet de la favéla, Alto Vidigal, qui offre 24h sur 24 une vue absolument époustouflante sur Rio.

Sinon, j’ai un coup de cœur pour le quartier de Santa Teresa, près du centre-ville. C’est le quartier des artistes de Rio, rempli de fleurs et de graffitis. Il est juste à côté de Lapa, l’endroit où les soirées sont les plus folles. Le vendredi et le samedi, on y vend caipirinhas et bières à même la rue, toute la nuit.

Finalement, dans les activités plus précises, je dirais se balader au Parque Lage, aux pieds de la montagne surplombée par le Cristo Redentor, grimper la montagne Pedra da Gavea, le plus beau hike à proximité de Rio, surfer à la plage de Prainha, à l’ouest de la ville, loin de la folie des plages du Sud, et regarder le coucher de soleil avec une bière sur la roche d’Arpoador, entre Copacabana et Ipanema.

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Les moments les plus difficiles et heureux de mon périple

Le plus difficile et le plus heureux a pas mal été au niveau professionnel. En journalisme, ton réseau de contacts est une dimension tellement importante de ton travail. Or, à Rio, j’arrivais en ne connaissant personne avec un portugais très brouillon, dans un pays qui, j’allais m’en rendre compte, est extrêmement complexe. «Le Brésil n’est pas pour les débutants», dit une expression populaire ici. Dommage, j’en étais un. Ça m’a donc pris plus de temps que prévu à me mettre en marche. Au début, je voyais sur Twitter qu’il y avait une manifestation ou un évènement digne de couverture en cours quelque part et je partais à la course dans la ville avec ma caméra et mon enregistreuse. J’ai fini par m’y retrouver. J’ai couvert des choses incroyables. Sur une scène à prendre des photos devant près de 100 000 personnes en train de manifester. Au milieu de foules dans les rues de Copacabana à aborder des gens, dans des favélas en ruines où des locaux se battent pour garder leur maison. C’est un moment charnière dans l’histoire de Rio et du Brésil.

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Mes mets favoris

Disons que je n’ai pas un gros budget gastronomique! Je me contente généralement de l’assiette brésilienne classique : riz, fèves, frites, salade, avec du bœuf ou du poulet. Sinon, à la chaleur ambiante, les Brésiliens raffolent des açais.  C’est un type de baie sauvage propre au pays qu’ils servent en sorbet, généralement avec un peu de granola sur le dessus. Délicieux.

Je n’ai toujours pas été à Sao Paolo, mais la plus grosse ville d’Amérique du Sud est réputée pour sa cuisine ethnique, comptant notamment sur la plus grosse communauté nippone au monde, en dehors du Japon.

Ah et je ne peux passer à côté des caipirinhas. On ne parle pas vraiment de mets ici, du moins je ne conseille à personne une alimentation à base du cocktail par excellence des Brésiliens. Le caipirinha classique a trois ingrédients : de la cachacca, alcool à base de canne à sucre, des quartiers de lime broyés et beaucoup de sucre. La lime peut être remplacée par plusieurs fruits, melon d’eau, mangue et fruit de la passion en tête de liste.

D’autres péripéties

J’en ai déjà partagé quelques-unes. J’ajouterais peut-être que les gens conduisent à la sud-américaine. Prendre des mototaxis dans les favélas ou même des taxis dans les rues de Rio est une expérience en soi. Je me suis retrouvé, une fois, dans un taxi où le chauffeur, furieux de s’être fait couper deux fois de suite par la même voiture dans le trafic, s’est lancé à ses trousses, oubliant l’itinéraire vers ma destination, zigzaguant à 130 km/h à travers les trois voies pour aller dire sa façon de penser à l’autre chauffeur. Charmant.

Mes coups de cœur du pays

Je ne suis pas beaucoup sorti de Rio, ce sera pour quelques semaines à la fin du voyage quand mon travail sera fini. J’ai bien aimé Ilha Grande à environ 3h de Rio. L’ancien Alcatraz du Brésil abritait jusqu’en 1994 une prison surnommée le «chaudron du diable» où les plus dangereux criminels du pays étaient enfermés. Aujourd’hui, c’est un paradis touristique. Il n’y a aucune route sur la vaste île montagneuse. Ses quelques petits villages et sa centaine de plages ne sont donc reliés que par des petits sentiers à travers les bois.

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Sinon, la XXX, près de Paraty. Une immense roche lisse où l’on peut glisser dans un bassin naturel. Les locaux le font debout à toute vitesse, parfois en sautant ou en tournant sur eux-mêmes. Un sport en soi, des compétitions nationales de glisse y sont organisées.

Ma relation avec le peuple brésilien

Les locaux sont très accueillants, mais Rio est une ville qui peut être dangereuse. Un sac ou un cellulaire peuvent être volés en 10 secondes d’inattention. C’est presque un rite de passage tellement c’est commun. Il faut donc être vigilant. Le risque est de confondre vigilance et méfiance. Il ne faut pas se fermer. Comme touriste, gringo comme ils nous appellent ici, il ne faut pas hésiter à aller vers les locaux. Si on ne prend que la peine de les saluer quand on les croise et d’essayer d’échanger un peu avec eux, ils vont être ravis de discuter, de donner des conseils sur les choses à faire, les endroits à visiter. Pour se faire adopter par les locaux, c’est encore mieux si on parle quelques mots de portugais. Ne serait-ce qu’un «bom dia, tudo bem?», ils apprécient l’effort.

C’est facile de se dire que je suis chanceux d’être où je suis, et j’imagine qu’il y a un fond de chance de me retrouver dans une situation où je peux me le permettre, mais c’est surtout de l’initiative, du cran.

C’est décider d’avancer plutôt que de rester stagnant. Le journalisme est loin d’être la seule profession qui s’exerce à l’étranger. Mon voyage était un risque au niveau professionnel, j’ai laissé des emplois derrière. Mais qui ne risque rien n’a rien.

Guillaume Piedboeuf

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