Si aujourd’hui je peux affirmer sans hésitation que Paris est l’une de mes villes préférées au monde, il faut savoir que ce ne fut pas qu’une belle relation d’amour entre elle et moi. Paris, il fut des jours où je t’ai détestée. Où j’ai tout remis en question à cause de toi. Et où j’ai voulu te quitter à plusieurs reprises. Mais maintenant, je suis bien consciente que tout ce que tu m’as fait vivre et que tous ces gens que tu as mis sur mon chemin, c’était pour me faire grandir. Que notre relation amour-haine a enfin abouti à une finale heureuse…


Je me rappelle comme si c’était hier du moment où j’y ai mis les pieds pour la toute première fois. C’était un soir de printemps, tu étais toute lumineuse et ça grouillait de vie partout chez toi. Ton système de transports était si vaste qu’il me foutait la trouille. “Je vais me perdre, c’est clair que je vais me perdre ici.” J’avais avec moi le meilleur des guides qu’on puisse imaginer avoir pour te découvrir ; mon petit copain français. Il te connaissait déjà depuis une bonne vingtaine d’années et a su me mener aux bons endroits pour qu’on s’apprivoise toi et moi, qu’on fasse doucement connaissance. Ce soir-là, je suis devenue aussi fébrile qu’une petite fille de 5 ans devant le père Noël quand je suis arrivée devant ta majestueuse basilique Sacré-Cœur de Montmartre et plus encore lorsque, du haut de ses innombrables escaliers, j’ai aperçu scintiller pour la toute première fois ta tour Eiffel. J’étais un peu naïve car j’ignorais que, avant de pouvoir complètement te déclarer mon amour, tu m’en ferais voir de toutes les couleurs !


Je me suis facilement trouvé un petit boulot dans une boulangerie du 16ème arrondissement et les premières semaines se démarquèrent par l’enthousiasme qui m’habitait chaque fois que je partais travailler. J’étais émerveillée par toute l’histoire contenue dans tes bâtiments et par les millions de détails qu’ils recèlent, par l’arrivée du printemps qui te rend si belle avec tous ces bourgeons de fleurs qui éclatent ici et là, par la foule de parisiens à laquelle je me mélangeais chaque matin et par la ligne 6 du métro, entre les stations Passy et Bir-Hakeim, qui faisait en sorte que je pouvais observer, à quelques mètres de moi, cet emblème qui te représente à travers le monde, la tour Eiffel. Puis, ça a tranquillement commencé à “clasher” entre nous deux. Tes habitants ne réalisent-ils pas la chance qu’ils ont d’habiter une si belle ville ? Ils me faisaient la gueule et ne répondaient pas à mes sourires, enfin si, certains hommes ont eu le culot de prendre pour acquis qu’une femme qui sourit c’est évidement parce qu’elle les désire. On me dévisageait froidement, en m’examinant de la tête aux pieds, comme si j’étais une espèce rare comme on en voit peu. Je me suis donc fait une petite carapace, avec des écouteurs dans les oreilles pour vibrer au son de la musique plutôt que de perdre mon énergie inutilement. Je devenais comme tous ces gens sans façon, me fondant dans la masse. Au travail, je devais m’adapter à mes collègues de cinq nationalités différentes. Portugal, Roumanie, Maroc, Sri Lanka et Réunion/France. Des façons différentes de voir la vie, des opinions qui divergent et un peu de mal à suivre la petite québécoise fraîchement débarquée de la banlieue montréalaise, celle qui parle avec un drôle d’accent et qui prend plaisir à discuter et sourire avec les clients. Ici, c’est Paris. On doit bosser, pas raconter sa vie à qui veut l’entendre. J’avais un appartement et une épicerie à payer, c’était pas le temps de tout lâcher.


Les mois passèrent. Je m’habituais tranquillement à tes espaces verts autour de mon lieu de travail, à tes si bonnes boulangeries et à ta gastronomie légendaire. Avant toi, j’étais tellement difficile côté culinaire que, maintenant, il m’arrive même de te regretter depuis mon chez-moi québécois. Les gens de ton pays font tellement de bons fromages (même si, avouons-le, ça pue franchement quand on ouvre le frigo!) et de bonnes charcuteries ! Puis, août arriva. Tu tombes tellement tranquille à cette période de l’année que la plupart de tes commerçants ferment leurs portes tout le mois. Je me tins à l’écart, depuis mon appartement en banlieue, à réfléchir à nous deux. Est-ce que j’avais réellement envie de continuer toute cette aventure ? Heureusement pour toi, ou pour moi, l’amour pour mon amoureux m’y retenait. Je devais donc tenté une fois de plus de t’aimer, un jour à la fois.


Septembre frappa à nos portes. L’automne arrivait, beaucoup moins déprimante que dans mon beau Québec qui perd chaque année ses millions de feuilles pour se retrouver complètement à nu. Non, chez toi, la nature ne perd pas toutes ses couleurs. Le vert lui survit et c’est bien tant mieux ! La situation ne s’améliorait pas au boulot et j’avais franchement besoin d’un vent de renouveau. C’est pourquoi je donnai ma démission et me pris 10 jours de vacances pour me ressourcer dans ma petite ville natale, au Québec. On m’avait acheté un billet pour assister à une conférence de Christine Michaud et je m’y rendis sans trop d’attentes. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’elle se mit à parler de son amour pour Paris ! Je réalisai que j’étais là où je devais être et me concentrai sur ses paroles. “Les gens ne se rendent pas compte du pouvoir immense d’un sourire… Même si la personne en face de vous ne répond pas à votre tentative, sachez que s’enclenche en eux un processus positif.Je me suis de nouveau envolée vers Paris avec ces phrases dans mes bagages et ça a changé le reste de mon aventure. C’était le début d’un nouveau chapitre.


Je fis partie de l’équipe de la petite cabane à sucre de Québec lors du marché de noël et ce fut pour moi l’occasion de découvrir les joies de l’hiver parisien. Je pouvais enfin être moi-même, tout en faisant goûter aux habitants de la ville nos bons produits canadiens et je me suis vite liée d’amitié avec mes collègues que je revois encore aujourd’hui à l’occasion ! Parce que l’hiver parisien, c’est aussi ça : la féerie du temps des fêtes partout dans la ville, le deuxième étage de la tour Eiffel qui se transforme en patinoire gratuite, les vitrines des grandes surfaces qui s’illuminent et leur décor intérieur, tout ça sans oublier les fameux marchés de noël ! J’étais heureuse et je le projetais aussi souvent que possible autour de moi, que ce soit en marchant dans les rues de Paris ou dans le transport en commun. Même si j’ai parfois eu droit à des regards froids d’inconnus, je n’arrêtais pas de me répéter en dedans de moi qu’à quelque part, j’avais peut-être contribué à ce que leur journée soit meilleure. J’ai même commencé à prendre plaisir à marcher dans les plus beaux quartiers et à sourire à ces dames toujours bien mises, mais qui passent franchement à côté des plaisirs de la vie en restant froides et hautaines. En étant moi, j’appréciais encore plus ces petits moments de visite dans la capitale où je prenais le temps d’observer tout ce qui m’entourait, que ce soit les habitants ou bien l’architecture. Je re-découvrais Paris avec des yeux nouveaux, le cœur grand ouvert, et c’était bon !


Janvier amena son lot de tristesse avec les attentats de Charlie hebdo. Devais-je commencer à te craindre ? Les événements ont eu, que je le veuille ou non, une répercussion sur mon attitude. Je prenais le transport en commun avec crainte, en observant tout le monde autour de moi et mon imagination était beaucoup trop fertile. Ça tombait pile avec mes derniers jours de marchés alors j’ai vécu le reste de janvier un peu à l’écart, retirée en banlieue. Puis, peu à peu, la vie à repris son cours. Mon départ approchait à grands pas. Le printemps se pointait le bout du nez et je devais te quitter toi, mon amoureux, nos animaux et notre petit appartement où il faisait bon vivre. Je suis repartie dans un mélange entremêlé de sentiments contradictoires ; c’était une page de ma vie qui se tournait.


Mon retour en novembre dernier fut décidé sur un coup de tête, j’avais à nouveau envie d’expérimenter la frénésie du temps des fêtes dans ta belle grande ville. Cette fois-ci, on m’offrait la chance de vivre comme une vraie parisienne et d’habiter l’un de tes arrondissements. Il ne me fallut que quelques heures pour réaliser à quel point tu m’avais manquée, à quel point l’accent de tes habitants me faisait craquer et à quel point j’avais encore tant à découvrir chez toi ! Peu de temps après mon arrivée, le drame te secoua une fois de plus ; les attentats du 13 novembre nous laissèrent tous sans voix, choqués par ces actes de barbarie. Dans les jours qui ont suivi, tu devins d’un calme terrible. Tes rues, tes centres commerciaux, ton parvis de La Défense, tous vides… On va se dire les vraies affaires : on avait peur. Peur parce que la folie des êtres humains n’a plus de limite. Devant une telle situation, je me suis posé et re-posé des dizaines de fois la question : est-ce que je pars ? Ma petite voix m’appelait à rester. Je l’ai écoutée, parce que partir aurait été de leur donner raison sur toute la ligne. Et aussi parce que je sentais que, maintenant plus que jamais, tes habitants avaient besoin de mes sourires.

Pour toutes ces belles rencontres que tu as mises sur mon chemin, pour les étincelles dans mes yeux lorsque je te parcours, pour les bonnes senteurs de tes merveilleuses boulangeries qui me sont aujourd’hui si familières et pour tous les commerces originaux à découvrir chez toi, Paris, je t’aime !

Tu recèles encore tant de secrets et d’endroits à découvrir… Je reviendrai, Paris, c’est promis.


Un merci tout particulier à l’auteure/conférencière/animatrice Christine Michaud qui, lors d’une conférence au Québec entre deux allers-retours à Paris, m’a amenée à me remettre en question sur mon attitude face à certaines situations qui me faisaient haïr cette magnifique ville. Comme quoi tout est une question de perception des choses dans la vie ! Namasté Christine ! xx