Henri Charrière, surnommé Papillon, a écrit dans une autobiographie : “Un homme n’est jamais perdu. Malgré tout ce qu’il a pu commettre, à un moment donné de sa vie, il y a toujours une chance de le récupérer et d’en faire un homme bon et utile à la communauté.” Papillon est un ancien bagnard.

Je ne savais vraiment pas grand-chose de la Guyane quand je suis arrivée ici, mais j’ai toujours dit que plutôt que de me faire raconter une histoire, je voulais la vivre. J’ai vécu l’histoire aujourd’hui. J’ai foulé un sol sur lequel il y a eu des milliers de morts, une histoire dont je crois n’avoir jamais entendu parler, une histoire dont la France devrait avoir honte, une histoire dans laquelle bien des individus ont du sang sur les mains.

Je vous explique rapidement : la France a créé des pénitenciers dans ses départements d’outre-mer pour y envoyer les criminels ayant reçu comme peine des années de travaux forcés. On appelle ça le bagne. Ils avaient de très mauvaises conditions de vie et étaient forcés d’obéir sous la menace des coups de fouet. Les prisonniers qui avaient été transportés en Guyane devaient ensuite rester en Guyane pour le nombre d’années équivalent à la durée de leur peine afin de peupler le pays. C’était le principe du doublage. Toute cette histoire a pris fin en 1945. Les derniers prisonniers ont été libérés ou transportés ailleurs pour purger la fin de leur peine en 1953. Les années 50, c’est quand même il n’y a pas si longtemps.

Vestiges représentant les habitations des bagnards

Vestiges représentant les habitations des bagnards

Aujourd’hui, j’ai visité les Îles du Salut. C’est un archipel qui regroupe l’Île Royale, l’Île Saint-Joseph ainsi que l’Île du Diable. Ce sont les îles où habitaient les détenus et les gardiens. J’ai passé la nuit dans une chambre de gardiens en me sentant presque mal d’apprécier ces îles paradisiaques peuplées de perroquets plus colorés les uns que les autres, parce que la nature a repris le dessus sur des constructions que des hommes ont érigées tout en encaissant les coups de fouet. Ces îles, c’est un peu comme Alcatraz : un endroit parfait pour y construire une prison parce que sa position géographique minimise les évasions. Les Îles du Salut sont un archipel où les courants sont très forts ; ce sont des îles entourées de récifs ; ce sont des îles à 15 km du littoral guyanais.

Rue sur l'Île Saint-Joseph

Rue sur l’Île Saint-Joseph

Il a également écrit : « Il est extrêmement rare qu’un homme résiste à plus de quatre-vingts coups. La chance qu’il a c’est d’être maigre, car couché à plat ventre les coups ne peuvent pas lui prendre le foie, partie qui éclate si on frappe dessus. Il est de coutume, après cette flagellation où les fesses sont comme hachées, de mettre du sel sur les plaies et de laisser l’homme au soleil. Toutefois, on lui couvre la tête avec une feuille d’une plante grasse, car on accepte qu’il meure des coups, mais pas d’une insolation.’’

Perroquet de l'Île Royale

Perroquet de l’Île Royale

Il y a des histoires qui valent la peine d’être racontées et je suis vraiment déçue que celle-là soit passée sous les radars. Papillon et d’autres détenus ont écrit des livres ; certains de ces livres ont fait naître des films. Dans le pire des cas, ce sera deux heures de votre vie perdues à apprendre sur la misère de celle des bagnards. Si vous êtes de passage en Guyane, tout le monde vous le dira, les Îles du Salut sont un incontournable. Cet archipel représente le patrimoine de la Guyane dans son état le plus sauvage, au sens propre et au sens figuré. La nature a repris ses droits en se rebâtissant autour des immeubles qui ont été construits avec la barbarie humaine.