Maman, papa… Je voudrais m’excuser…

J’aimerais vous dire que tout va bien se passer, que ce voyage-là va se dérouler exactement comme tous les autres que j’ai déjà faits, que mon cœur va me ramener à la maison auprès de vous, mais la vérité c’est que je n’en sais rien du tout. J’ai juste l’impression que cette fois-ci, les choses vont être différentes, mais c’est peut-être juste moi qui vieillis et qui vois les choses d’un autre œil.

J’aimerais vous dire que, quand vous allez me déposer à l’aéroport, je n’aurai pas le cœur gros, je ne pleurerai pas après avoir dépassé les douanes en me demandant si un aller-simple ce n’était pas la pire erreur que j’ai jamais commise.

J’aimerais vous dire que je ne prendrai jamais de risques inutiles comme faire du pouce sur le bord de la route pour me rendre du point A au point B sans que ça me coûte un bras, mais je vais être honnête en vous avouant tout de suite que, du pouce, j’en ai déjà fait. Je pourrais vous sortir des excuses du genre que ça fait partie de la culture, mais je ne vous monterai pas de bateau : je l’ai fait parce que j’avais envie de le faire. J’aimerais vraiment vous promettre que je ne le referai jamais, sauf que je vais plutôt me taire et essayer de changer de sujet rapidement.

Je voudrais m’excuser parce que, par ma faute, le temps vous a rattrapé en creusant des rides sur vos visages. Parce que quand on s’inquiète pour la jeunesse, il faut en payer le prix. Je voudrais m’excuser parce que je sais pertinemment qu’il y a bien des actions que je pose qui vous font dresser les cheveux sur la tête, quand je ne vous donne pas envie de vous les arracher tout simplement.

J’aimerais vraiment vous dire que je vais dormir dans les auberges de jeunesse, mais je vais vous avouer que j’ai plus l’intention d’utiliser Couchsurfing et dormir chez des locaux, parce que le confort ça coûte trop cher. Le concept de sécurité se trouve en bas de la pyramide de Maslow, sauf que j’aimerais m’excuser de péter votre bulle en vous disant que la vision qu’on se fait de la sécurité est bien différente lorsqu’on quitte notre petit patelin pour sortir des sentiers battus. J’aimerais tellement vous dire que je n’ai jamais eu peur, que ça ne m’est jamais arrivé de me demander ce que je faisais là, que je n’ai jamais été au mauvais endroit au mauvais moment. J’aimerais bien, sauf que je dois m’excuser d’avoir pour allié le dicton : «Ce qu’on ne sait pas ne nous fait pas de mal»…

Maman, papa… Je voudrais m’excuser…

M’excuser parce que les choses qui vous font peur dans mes voyages correspondent probablement à mes plus beaux souvenirs, à mes plus belles aventures, à mes plus grandes fiertés personnelles…

Article rédigé par Élodie Beauvais

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