Oui, mais parfois, à quel prix ?

À peine débarquée en Australie, j’ai fait la rencontre d’un beau français. J’aurais pu ne jamais le rencontrer, parce que la veille j’avais catégoriquement refusé de sortir avec mes chums de filles, prétextant une grande fatigue. En fait, j’étais en plein délire du genre quessé-j’viens-d’faire-là-partir-en-Australie-j’peux-pas-retourner-au-Québec-en-claquant-des-doigts ! Mais bon, pour me changer les idées, j’avais accepté de passer ma troisième soirée à un party australien. Je n’avais pas prévu du tout ce soir-là rencontrer l’homme avec qui j’ai passé les deux années suivantes. Mais, la vie arrange souvent bien les choses et puis, les hasards, eh bien…j’y crois pas !

C’était le genre d’histoire digne d’un conte de fées. En connaissez-vous beaucoup des gens qui, après s’être vus seulement 4 fois, décident sur un coup de tête d’emménager ensemble, à l’autre bout du monde ? On s’est pourtant vite rendus compte que c’était le coup de foudre, l’Amour avec un grand A. Ça aurait pu être un flop total, mais nous on avait visé dans le mile. Durant les mois et années qui ont suivi, on ne s’est plus lâchés, parcourant le monde côte-à-côte, respirant le bonheur et capturant tous ces moments extraordinaires dans nos cœurs et nos esprits. Même que j’avais rédigé un article pour les voyageurs en couple et le nôtre passait clairement le test. Nous, on n’arrivait juste pas à faire bien fonctionner le couple en dehors de nos voyages. En fait, le “bug” il était chaque fois qu’on s’installait et qu’on tombait dans une routine. Parce que tout le monde le sait qu’un humain ça vient avec son passé, ses erreurs et égarements. Alors là, on avait à “dealer” avec deux cultures et enfances totalement différentes. On s’aimait comme des fous, mais le passé nous rattrapait tout le temps.

Quatre mois après la rupture, j’ai toujours autant de peine et y’a pas une journée où je ne pense pas à lui. Alors, trouver l’amour en voyage ? Oui. Mais à quel prix ?

Mon cœur, je l’ai perdu quelque part entre le passé et le présent. Entre ces centaines de souvenirs de voyage qui reviennent à l’assaut, parfois dans les moments où on s’y attend le moins. Entre ces aurevoirs qui n’étaient pas censés être définitifs et ceux à distance, ceux qui ont mis terme à cette relation que je croyais invincible. Et je le perds chaque fois un peu plus lorsqu’on me demande “quand est-ce que ton copain vient te rejoindre ?”. C’est le genre de décision qu’on a pas le droit de regretter quand on a comme philosophie que rien n’arrive pour rien dans la vie, mais c’est aussi le genre de décision qui vient bousculer toutes convictions, dont celle où tu étais convaincue que c’était l’homme que tu voulais marier.

On finit par avoir l’impression de perdre la raison et se dire que la seule façon d’arrêter de ressentir autant de peine serait de complètement effacer tous les voyages faits ensemble, chose impossible et cruelle : en plus de vous apporter l’amour, ces voyages vous ont rendu meilleur et vous ont ouvert des portes dont vous ignoriez jusque là tout de l’existence.

Vos souvenirs les plus heureux de voyage, les étapes cruciales où vous découvrirez qui vous êtes, vos photographies, vos chansons, vos nouvelles recettes… Tout sera marqué à jamais de vos empreintes. Je ne regrette rien et ne referais rien autrement, et je remercie la vie de m’avoir donné la chance de connaître ce beau jeune homme. Mais, je préfère vous prévenir : trouver l’amour en voyage, c’est accepter d’être peut-être un jour confronté à le laisser partir. Y’aura des jours où vous devrez vous retenir pour ne pas crier de rage contre la vie et contre l’amour, d’autres où vous aurez envie de tout foutre en l’air et de vous acheter un aller-simple pour le retrouver et ceux où votre raison prendra le dessus. Trouver l’amour en voyage, c’est parfois accepter de le laisser partir parce que vous avez du travail sur vous-même à faire chacun de votre côté. Trouver l’amour en voyage, c’est un couteau à double tranchant, mais ça vaut aussi le coup, parce que, pour une fois dans ma vie, j’ai vraiment l’impression d’avoir touché au bonheur à l’état pur le temps d’un bref instant.

Article rédigé par Claudia Trudeau

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