Vous vous apprêtez à lire l’histoire de Mélanie Aeschlimann, québécoise de 24 ans étant avant tout une grande amie, mais aussi une jeune femme audacieuse mordant à pleines dents dans la vie et propageant de la lumière et du bonheur partout où elle s’aventure. Baccalauréat en gestion hôtelière en poche ainsi que différentes expériences de travail et de découvertes à travers le Canada et dans certains pays d’Europe, Mélanie a toujours ressenti un grand besoin d’accomplissement. Les défis ne lui ont jamais fait peur et elle a toujours su faire les bons choix dans le but de donner à son prochain, pour que tous puissent goûter à l’incroyable bonheur de vivre qu’elle possède.

En septembre 2014, Mélanie s’est envolée pour 3 mois vers la République démocratique du Congo. Tout au long de son aventure, elle a tenu un journal de voyage qu’elle a gentiment accepté de me laisser lire pour ensuite vous parler de ce périple en Afrique qui lui a tant apporté, sur bien des plans. C’est avec grand plaisir et un brin d’émotion que je vous présente sa touchante histoire remplie d’amour, de grâce, de foi, d’acceptation et d’humour. En espérant allumer la petite flamme qui se trouve en vous, celle qui vous poussera à aller au-delà de vos limites et à tenter une aventure comme la sienne !

Aider les plus démunis

Quand on s’arrête et on prend le temps de penser aux choses qu’on aimerait accomplir, il y a toujours une petite voix qui elle essaie de se faire entendre un peu plus que les autres. Pour Mélanie, elle prenait la forme d’une invitation à se lancer dans un projet d’aide humanitaire. C’était maintenant ou jamais. Elle a donc téléphoné à un organisme en Suisse pour avoir des informations et, “comme par hasard”, la dame au bout du fil lui a annoncé qu’elle avait une amie au Congo, Mama Hélène¹, chez qui elle pourrait aller habiter.  La seule chose qu’elle savait avant son départ était qu’elle serait amenée, entre autres, à œuvrer dans un orphelinat.

« Je ne savais que la base à savoir à propos du Congo. Aucune recherche avant mon départ, aucune question. Je voulais partir l’esprit tranquille, sans me faire de fausses idées, sans me créer de craintes inutiles. Aujourd’hui, je prends conscience que ce fut la meilleure chose à faire. Si j’avais su à l’avance ce à quoi j’allais être confrontée, j’aurais sûrement eu beaucoup plus de mal à me lancer. »

¹ Au Congo, toutes les femmes sont appelées “mama” et les hommes “papa”.

Rencontre avec une femme exceptionnelle

Si vous demandez à Mélanie ce qu’elle retient de son expérience aux côtés de Mama Hélène, vous aurez sans aucun doute droit à l’éloge de la merveilleuse confiture de papaye, d’ananas et de maracouga de cette charmante congolaise. Et pas que… Leur rencontre est une merveilleuse synchronicité de la vie. Cette femme au grand cœur a trouvé sa vocation dans l’aide aux enfants de la rue abandonnés et livrés à eux-mêmes. Il faut savoir qu’à Kinshasa, au Congo, c’est plus de 20 000 enfants qui vivent dans la rue et qui connaissent la souffrance physique et psychique. Mama Hélène s’est investie corps et âme dans les dernières années pour créer une association sans but lucratif pour redonner espoir et amour à ces enfants : Bana Ya Kivuvu².

² Kivuvu veut dire « espoir » en kituba.

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Une notion du temps bien différente de celle en Occident

Mélanie a dû réapprendre à vivre une minute à la fois, sans faire de plans, parce qu’en Afrique la notion du temps n’est pas monnaie courante. Comme ce matin où elle devait mettre à peine 10 minutes de marche pour se rendre à l’orphelinat et en a mis plutôt 2 heures… Elle fit tout d’abord la rencontre d’un berger avec des vaches, puis le propriétaire de ces dernières se joignit à eux pour discuter. « Un peu plus et ils m’invitaient à les assister à la boucherie qui aurait lieu le lendemain, mais là je me suis dit que je déviais un peu de ma mission…». Sa route se poursuiva donc… jusqu’à sa rencontre avec Patricia, une amie de mama Hélène, qui l’invita gentiment chez elle pour qu’elle rencontre ses enfants. « Bien sûr en tant que blanche, origine rare en ces lieux, je suis sollicitée de toute part ». Plusieurs dizaines de photos et de sourires échangés plus tard, elle reprit son chemin jusqu’à sa rencontre avec de jeunes enfants qui se figeaient sur son passage pour la scruter des yeux. Elle s’arrêta donc quelques instants pour discuter avec eux jusqu’à ce que la mère des enfants se pointe dans la rue avec son autre enfant et qu’elle appelle les deux autres femmes avec qui elle était.

« Ce qui est beau ici, c’est qu’on peut prendre le temps pour tout ; l’heure n’existe pas, c’est un truc inventé pour les occidentaux. Il n’y a rien de plus magnifique que de prendre son temps pour faire découvrir la beauté de la couleur blanche aux africains ! Non, mais sincèrement, si Dieu m’a créée ainsi, c’est pour une raison, et si c’est pour donner un peu d’amour à ces gens qui n’ont absolument rien, alors ça me fait le plus grand plaisir. Et dans le fond, donner de l’amour ça ne coûte rien alors pourquoi s’en empêcher ?! »

« C‘est eux qui devraient venir nous montrer comment vivre. Comment ne pas constamment regarder sur nos montres, comment vivre notre journée comme si c’était la dernière que nous avions sur cette terre, comment être reconnaissant pour ce que nous avons dans notre assiette et, ce, peu importe la quantité, comment être compatissant envers les autres qui n’ont rien, comment partager le peu que nous avons comme si on en avait en quantité illimitée… Si seulement on pouvait prendre une part de leur culture et l’ajouter à la nôtre ! »


Le choc culturel

On répète souvent dans la vie qu’il y a un côté positif à tout. Cette phrase prit tout son sens dès les premières semaines en terres africaines.

« Quand le déluge devient une source de joie car tu sais que, grâce à ça, la citerne de la maison sera remplie et tu pourras prendre une bonne douche, tu réalises que tu es loin de ta maison et que l’appel à sortir de ta zone de confort est
saisissant. »

Outre cet événement, Mélanie fut parfois confrontée en se levant le matin au fait qu’elle ne savait pas si elle aurait accès à l’eau et l’électricité. Une journée c’était l’un, et le lendemain l’autre. Imaginez une journée à plus de 35 degrés, à cuisiner d’une façon pas toujours des plus hygiéniques à la prison et à ensuite mélanger sa propre sueur à celle des autres passagers tous collés les uns contre les autres dans les transports en commun ; l’envie d’une bonne douche et de se laver les mains se fait plus que ressentir une fois de retour à la maison ! Pourtant, si l’eau n’y est pas, il faut faire avec.


L’hygiène : un autre point marquant de ce voyage

Lors de ses visites en prison chaque mardi, Mélanie a dû mettre ses talents de cuistot à l’épreuve ! Comme cette journée où elle cuisinait poulet et foufou (le foufou est un repas typique du Congo : c’est un mélange de farine de manioc ou de maïs avec de l’eau bouillie) pour 216 jeunes garçons et 19 femmes et enfants. Sauf que…

« Dans mon subconscient me revenaient toujours mes merveilleux cours d’hygiène et de salubrité. Mes chers professeurs de l’ITHQ, ces cours sont bien utiles, mais loin d’être applicables à toutes les sauces, en tout cas en Afrique on oublie ça ! »

Couper le poulet avec un couteau, puis les oignons, puis ouvrir des cannes. Se laver les mains entre chaque étape ? Oh non, pas nécessaire, tu n’as qu’à t’essuyer les mains sur ton pantalon, c’est pareil…

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort…

Écrivant avec une langue très colorée, Mélanie a su nous faire vivre toutes sortes d’émotions par le partage des situations intenses qu’elle a vécues à Kinshasa. Elle a dû s’adapter et sortir bien loin de sa zone de confort, sans oublier les différents rôles qu’elle a dû adopter, parfois très difficiles émotionnellement. Ce qui fut très marquant dans sa routine lors de son séjour en Afrique, ce sont ses rencontres hebdomadaires à la prison. En effet, chaque semaine, elle se rendait là-bas pour prendre soin des différentes personnes incarcérées. À son arrivée, elle prenait le temps d’étudier l’état actuel des lieux.

«Ça me chamboule à toutes les fois de regarder ce tableau à l’entrée de la prison pour avoir le décompte des nouveaux arrivants de la semaine.

  • 237 garçons mineurs
  • 11 mères
  • 8 bébés
  • 12 filles mineures
  • 2 condamnés (aujourd’hui)

Total : 1637 prisonniers (femmes, hommes, mineurs…)»

Elle a travaillé très fort avec ses coéquipiers pour présenter un projet d’aide pour recevoir les soins médicaux nécessaires destinés aux enfants et bébés de la prison. Elle a d’ailleurs eu une rencontre dans les bureaux d’UNICEF pour leur demander de prendre en charge les frais médicaux afin que l’organisme Bana Ya Kivuvu soit libéré de ce poids ! La demande est toujours en attente, mais Mélanie nous a partagé que l’intérêt d’UNICEF envers ce projet était très palpable !

Lorsque je mentionne que Mélanie a dû s’adapter à son environnement et aux tâches de sa mission, je ne rigole pas du tout ! Je parle en effet de se transformer une journée en cuisinière, le lendemain en infirmière et, qui sait, quelques heures plus tard en professeure d’anglais ! Malgré des aptitudes en cuisine se limitant à la fondue au chocolat suisse, Mélanie a su avec dévouement préparer les repas de plus de 200 jeunes hommes et une vingtaine de jeunes femmes ! Elle qui a toujours eu une peur absolue du sang (au point d’en perdre connaissance) a même dû vaincre sa trouille et soigner des personnes qui, là, devant elle, croyaient en elle plus que tout au monde. Elle a aussi passé des heures à travailler humblement dans le jardin de mama Hélène aux côtés du jardinier sous les regards interrogateurs des résidents… Pourquoi une femme blanche passe-t-elle autant de temps sous le soleil brûlant à faire ce boulot réservé aux bas de rang  ? De belles leçons de vie, et pas seulement pour Mélanie !

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Bien plus que des souvenirs

Après 3 mois en immersion totale dans ce pays si différent culturellement du nôtre, Mélanie est revenue la tête remplie de souvenirs et d’images. Mais, ce n’est pas tout… Ce voyage lui aura permis d’en apprendre énormément sur elle-même. Moins hyperactive, plus patiente, plus sensible aux petits bonheurs que la vie met sur son chemin et, surtout, plus confiante en son pouvoir intérieur. Elle a non seulement fait briller sa lumière sur ce peuple en grand besoin, mais elle s’est aussi dépassée pour vaincre ses propres peurs. Et c’est là que se trouve toute la beauté et la pureté de son voyage.

Pour Mélanie, L’Afrique c’est aussi…

Les bons déjeuners de mama Hélène comprenant du pain, des confitures faites maison et de la papaye fraîche du jardin, accompagnée de fruits de la passion

Le sourire de tous les enfants lorsqu’elle leur apporte un ballon pour jouer

L’amélioration saisissante des enfants dans leurs travaux scolaires chaque semaine

Le dépassement de soi à chaque situation lui demandant d’aller au-delà de sa capacité

Apprendre à se passer de chocolat

Une incroyable leçon de vie et une foi renforcée


Une autre porte s’est ouverte pour Mélanie qui ne l’aurait jamais cru possible ! Le 16 avril dernier, elle s’est de nouveau envolée pour Kinshasa pour assister à une réunion officielle où plus de 40 personnes faisant partie du Gouvernement, de l’Ambassade et de l’ONG étaient présents. Lors de cette réunion, Mélanie et son équipe ont présenté le travail de l’organisme dans les différents milieux, c’est-à-dire les enfants en prison, les enfants de la rue, les orphelins, la réinsertion des prostituées, etc. Ils ont aussi présenté différents projets pour les 3 prochaines années afin de créer des partenariats et d’obtenir du financement.

Projet du puit #2: Au village

Projet du puit #2: Au village

« Avec le temps, c’est devenu un rassemblement autour de la maman blanche. Nous avons rigolé comme des fous et les enfants ne me lâchaient plus. C’était pour moi un moment vraiment émotif … Là, autour de ce puit qui représente pour moi un miracle du ciel, avec en plus ces enfants autour de moi fous de joie de revoir la blanche, ça ne pouvait qu’être merveilleux !»

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Lors de son dernier voyage, Mélanie est retournée visiter un professeur dans une école faite en paille dans la brousse. Elle lui a apporté des livres et des fournitures scolaires pour ainsi aider ses étudiants au niveau de leurs apprentissages, ces-derniers n’ayant jamais eu de livres entre leurs mains ! De plus, lors de son premier voyage, des donateurs avaient remis de l’argent à Mélanie qu’elle a ensuite utilisé pour acheter les deux tableaux que l’on peut apercevoir derrière elle!

* Cela vous intéresserait de vous investir dans un projet d’aide humanitaire pour l’association à but non lucratif de Kivuvu située dans la République démocratique du Congo? Prenez le temps de visiter leur site web pour plus d’information : http://www.kivuvu.net/wordpress/


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