D’aussi loin que je me souvienne, les volcans ont toujours été une source d’émerveillement pour moi. Toute cette force de la nature qui bouillonne et qui façonne de nouveaux paysages m’impressionne énormément. Je me rappelle ces heures de recherche à la bibliothèque pour réaliser des travaux scolaires, les noms qui défilaient sous mes yeux et qui me fascinaient : le Stromboli, l’Etna, le Vésuve… En grandissant, ma passion ne s’est pas éteinte non, car j’opterais plutôt pour le mot endormie, à l’image de ces géants de la nature. Jusqu’à ce jour de septembre 2013 où une voiture nous a déposés, mon copain Yoann et moi, à 601 mètres d’altitude, au pied du deuxième plus haut volcan d’Indonésie sur l’île de Lombok.

Dans la vie, on fait parfois des choses qu’on aurait jamais imaginé être capable de réaliser. Des choses qui nous rendent fier, qui nous font nous sentir plus vivant que jamais. Le Gunung Rinjani est l’une d’entre elles. Ce fut mon baptême de trekking. Pas mal, sachant que son niveau de difficulté est classé comme étant assez élevé ! Retour sur cette expérience inoubliable qui m’a marquée à jamais.

Le Gunung Rinjani, situé dans le Nord de l’île de Lombok, voit son sommet régner à travers les nuages à une altitude de 3726 mètres. On y retrouve un lac de cratère, le Segara Anak, dans lequel est établi un cône volcanique toujours actif, le Barujari, formé au cours des 16 éruptions du Rinjani.

130 $ par personne*. Voilà ce qu’il nous a fallu débourser pour cette belle aventure. Ce prix comprenait le trekking de 3 jours et 2 nuits, la nourriture, un guide et des porteurs, le déplacement en bateau des îles Gilis jusqu’à Lombok et finalement le taxi à la fin de notre périple qui nous a emmenés jusqu’à Kuta, ville complètement au sud de Lombok.

* Négociable. (Certains voyageurs du groupe avaient payé beaucoup plus et d’autres moins que nous). Prix sans le pourboire offert au guide et aux porteurs à la fin du trek qui, selon nous, est un “must”. Ne serait-ce que de tenter l’expérience de porter leurs paniers quelques minutes, vous allez tout comprendre. #Respect

À SAVOIR

  • Site anglais du Rinjani
  • Difficulté du trek : Élevée. Ne surestimez pas votre condition physique.
  • Eau : Nous avions à nous deux 5 litres d’eau. Vous pourrez remplir votre bouteille avec de l’eau de source la deuxième journée, près des “hot springs” d’Aiq Kalak. Nous n’en avons pas manqué, mais notre guide en avait en réserve dans ses bagages.
  • Boisson : À l’heure des repas, les porteurs se transforment en cuisiniers. Pour les 3 jours, la seule boisson qu’on vous servira sera du thé chaud.
  • Petit-Déjeuner : Des plateaux de fruits, des œufs broyés et même des pancakes aux bananes.
  • Repas : Nasi Goreng (Riz frit avec poulet, œufs et légumes), Soto Ayam (Soupe épicée au poulet) parfois avec nouilles ramen. En dessert, des ananas ou des assiettes de fruits.
  • Conseil # 1 : Apportez-vous des petites collations à grignoter par-ci par-là. Toujours pratique pour vous redonner de l’énergie.
  • Conseil # 2 : Apportez quelques cachets anti-douleur et de la pommade style Voltaren Emulgel en cas de tendinite.
  • Apportez un sac plastique pour jeter vos déchets : Pas de poubelles et déjà trop de trucs jonchent le sol.
  • Prévoyez un pourboire pour donner à votre guide et vos porteurs à la fin du trek. Le choix du montant vous revient, mais pensez bien qu’ils portent pour vous près de 25 kg de bagages, qu’ils préparent votre campement et qu’ils font vos repas. Ce n’est qu’une infime partie du montant que vous payez pour le trek qui leur revient en guise de salaire, la grande majorité revenant aux agences d’organisation.
  • Trouvez-vous un bâton de marche, vous ne pourrez plus vous en passer.

      JOUR 1      


Départ de Senaru à 601 mètres – 8 heures de trekking de nivelé positif  – Dodo à 2641 mètres

Après un départ matinal en bateau depuis l’île de Gili Air, nous sommes conduits à Senaru pour un petit-déjeuner pancakes aux bananes et thé dans un gîte avant le début de notre grande aventure. C’est aussi là que nous laisserons nos bagages pour les 3 prochains jours. Une fois prêts à partir, on nous dépose à 601 mètres où nous rencontrons notre guide et nos compagnons de trek. C’est parti mon kiki !

Nous marchons dans des terres et ça monte, ça monte. L’air est humide et une pensée surgie alors dans mon esprit si naïf : si c’est comme ça tout le long, je suis pas sortie du bois !  30 minutes se sont écoulées quand nous apercevons (enfin?) l’entrée du Taman Nasional Gunung Rinjani. What ? On n’avait même pas encore débuté la vraie expédition ? 

L'entrée du Trek

L’entrée du Trek

Une petite pause le temps de rapatrier nos porteurs et c’est reparti pour un 2h30 de montée en nivelé positif seulement, les pieds dans les racines et les gouttes de sueur qui perlent sur tout notre corps. Vous ai-je mentionné que nos porteurs sont en tongs (flip-flops, gougounes pour les intimes) et qu’ils enchaînent cigarettes sur cigarettes ? Arrive ensuite le POS II à 1500 mètres d’altitude où on s’arrête le temps de reprendre notre souffle. Ayant totalement perdu la notion du temps et du calcul, une petite voix (naïve, encore une fois!) me chuchote de ne pas lâcher, que c’est sûrement bientôt terminé. Héhé, vaut mieux pas trop t’exciter la grande, ta journée est loin d’être terminée ! 

La marche reprend durant 2 heures jusqu’au POS III à 2000 mètres. Perdus quelque part entre la forêt dense et les nuages, il est maintenant temps de reprendre des forces ; c’est l’heure du lunch ! Les cuistots s’affèrent à bouillir de l’eau, y ajouter des épices ainsi que des légumes et des œufs. Thé à la main, ananas frais pour le dessert, rien de mieux qu’un bon petit “boost” pour nous aider à terminer la journée. Nous dégustons le tout en compagnie d’un beau petit chien errant qui nous a suivis toute la journée ! (Si le chien peut le faire, je peux aussi !)

Nous entamons alors le dernier 2 heures de trek de la journée. Pas le plus facile, au contraire, mais probablement parmi les plus beaux de cette aventure. Les nuages nous passent dessus, c’est frais et ça fait du bien. Le paysage qui s’offre alors à nous est magique ; le soleil qui cajole les collines verdoyantes est doux et apaisant, la nature a ce don de nous laisser sans mots et de nous émouvoir.

Épuisés, nous atteindrons le campement à 2641 mètres juste avant le coucher du soleil. Quel spectacle grandiose… Nous avions une vue magnifique sur le Gunung Agung, volcan se trouvant sur l’île de Bali, ainsi que sur les trois îles Gilis. J’étais très fière d’avoir surmonté ce défi de taille pour moi et très reconnaissante à la vie de m’offrir cette chance de vivre une telle expérience.

Après avoir avalé notre Nasi Goreng, bu un thé et mangé des ananas, nous avons pris place dans notre petite tente perchée sur des rochers. C’était froid, humide et les roches se faisaient ressentir sur notre corps au travers du tapis de gym, mais hey, ça fait partie de l’aventure !

Gunung Agung et les 3 îles Gilis

Gunung Agung et les 3 îles Gilis

 


      JOUR 2      


6 à 8 heures de trekking – Descente au lac (6km) – Sources d’eau chaude – Remontée à 2700 mètres pour le dodo

Debouts dès le lever du soleil, nous avons englouti notre petit déjeuner et avons escaladé les quelques mètres nous séparant d’un paysage hallucinant : un lac d’un bleu magique qui serait probablement le plus grand lac volcanique au monde, au milieu duquel trône un cône volcanique toujours actif. S’en suivit alors une descente de 6 km à travers de tout petits sentiers dans les pierres. Disons que y’a pas trop intérêt à perdre pied. Yoann commence alors à éprouver une douleur intense dans son genou droit, ce sera alors le début d’une pénible tendinite. Question de lui faire oublier son mal, le panorama qui s’étale devant nos yeux est sublime !

Le cratère

Le cratère

Une fois arrivés au niveau du lac, nous optons pour une balade d’une quinzaine de minutes dans un décor exceptionnel : une vallée sillonnée de sources thermales. Un petit détour pour remplir nos bouteilles d’eau à la seule source d’eau potable s’impose. Retour sur nos pas et baignade dans les hot springs Aiq Kalak, avec une vue féerique et les nuages qui nous côtoient. Puis nous repartons en direction du lac pour y manger le repas.

S’amorce alors 1 heure de marche assez facile dans les collines et un 4 heures épuisant de trek, qui pourrait par moments être qualifié d’escalade, sur les flancs du chemin nous menant au deuxième site de campement, le Pelawangan II à 2700 mètres. Ce fût le 4 heures le plus pénible pour ma part.

Heureusement, le spectacle qui s’offrait alors à nous en valait largement la peine ; les nuages venaient se jeter dans le lac, créant une ambiance assez particulière, et les couleurs du coucher de soleil dans le ciel étaient splendides. Sans doute l’un des plus beaux couchers de soleil de ma vie !


Repas et dodo bien mérités.

Hot Springs

Hot Springs

 


      JOUR 3      


5 à 6 heures de trekking pour le sommet (aller-retour) – 6 à 7 heures de trekking pour la descente finale – Arrivée et fin du trek à Sembalun

Le réveil est fixé à 2h du matin pour l’ascension finale du sommet. La décision de ne pas faire cette dernière étape s’est imposée à moi la veille, alors qu’une petite voix en moi me félicitait des efforts accomplis jusqu’ici et me suggérait de ne pas pousser ma limite à bout. Ce sera donc sans moi que Yoann entreprendra la montée jusqu’au sommet du Rinjani, culminant à 3726 mètres, pour y être avant le lever du soleil. Des chemins poussiéreux et pas très larges rendent l’exploit de plus en plus ardu. Imaginez un chemin de sable et de roches si pentu que lorsque vous avancez d’un mètre, vous reculez involontairement de 50 centimètres.

Encore aujourd’hui, il me confirme que c’est la chose la plus difficile qu’il ait fièrement accomplie dans sa vie.

Yoann au sommet

Yoann au sommet

Beaucoup n’eurent pas la chance d’arriver au sommet à temps, sans compter tous ceux qui ont abandonné le projet à mi-chemin. Les derniers mètres furent les plus éprouvants, mais la récompense de cet instant de grâce valut à Yoann quelques larmes de joies. L’ombre de la silhouette du volcan, créée par le soleil, se dessinait dans les nuages en contrebas. Une image gravée à jamais dans ses souvenirs.

Je l’attendais fièrement au campement quand je l’ai vu arriver, mon bel amoureux, les yeux remplis d’émotion et de douleur. Sa tendinite le faisait souffrir le martyr. Il était tellement décidé à le faire jusqu’au bout ce trek qu’il avait préféré taire ses maux.

Petit-déjeuner au campement. Anecdote cocasse, vous vous en doutez bien, dans une aventure comme celle-ci, les toilettes sont inexistantes. Avant la descente finale, Yoann décide de se cacher derrière un rocher et je reste à proximité pour surveiller que personne n’y vienne. Je me retourne et je vois une troupe de singes qui se dirigent droit sur lui et qui s’arrêtent en haut de sa tête, le temps de l’observer bien comme il faut ! On a bien rigolé !

Venez voir les potes ! J'ai trouvé une belle banane !

Venez voir les potes ! J’ai trouvé une belle banane !

C’est maintenant l’heure d’entreprendre la descente finale, d’une durée de 6 heures sous la chaleur étouffante du soleil. La majorité du trajet s’effectue dans le sable où il nous faut se laisser glisser parmi les racines que nous devons enjamber. Un calvaire pour le genou de Yoann et pour les ongles de mes deux gros orteils qui resteront sensibles et tomberont finalement plus d’un an plus tard.

Retour à la civilisation bien apprécié. Après avoir lavé nos pieds remplis d’ampoules éclatées, nous prenons la route pour Kuta. C’est à suivre…!

En compagnie de Sophie, Pauline et Sébastien ; des français forts sympas

En compagnie de Sophie, Pauline et Sébastien ; des français fort sympas

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