En avez-vous déjà entendu parler?

La première fois que j’ai entendu l’expression « blues du 2/3 », c’était au Costa Rica. J’avais 17 ans, un sac à dos et un bronzage de magazine. C’était la première fois que je partais seule. Un mois avec moi-même et ce foutu sac à dos rempli à craquer et mal ajusté, preuve de mon manque d’expérience flagrant.

C’est Leoni, ma coloc allemande, qui m’a parlé de ce marqueur de temps pour la première fois.

Léoni, c’était une vraie de vraie. 5p6′ de peau basanée marquée par toutes sortes de cicatrices, résultats de ses aventures. Elle avait les cheveux longs, mêlés par l’air salin et pâlis par le soleil, avec une mèche enroulée dans de la corde colorée. Ça faisait déjà 6 mois qu’elle était au paradis du surf et il ne lui restait que quelques semaines avant de retourner chez elle.

Quand je lui ai demandé si elle était triste de partir, elle m’a répondu que non, que ça faisait un moment qu’elle était partie et que sa vie chez elle lui manquait.

533565_10201593313414233_517108781_n-300x225«Mais, ça va passer, c’est juste le blues du 2/3 », qu’elle m’a dit.

Léoni m’a expliqué que les voyageurs passent tous par ce moment-là. Celui où la maison semble être plus loin que jamais. Semblerait-il que ça arrive vers le 2/3 du voyage, parce que ça fait un moment qu’on est parti et qu’on sait qu’on retourne bientôt à la maison.  À ce moment-là, on commence à penser à tout ce qui nous manque et tout ce qu’on a hâte de retrouver.

Depuis cette conversation sur le futon de notre petit 3 et demi de Tamarindo, je pense toujours à Léoni quand je voyage, quand je vis le blues du 2/3. J’en ai parlé à d’autres sur ma route et beaucoup ont souri en reconnaissant ce drôle de sentiment.

Mais pour moi, c’est à partir de ce moment-là, où on en a moins en avant qu’en arrière, que la magie commence. C’est le dernier sprint.

Parce qu’après avoir fait la liste de tout ce qu’on mangerait si on était à la maison, après s’être dit qu’on voudrait bien descendre Saint-Denis le soir, sous les lumières suspendues, après s’être ennuyé de notre lit, de l’odeur de sa mère, des blagues de son père, de son chat et de ses amis, après s’être dit qu’on aimerait ça se faire livrer une pizza à notre porte et entamer sans remords notre deuxième heure consécutive de Netflix, après tout ça, on se met à compter les dodos qui nous séparent de la maison et on réalise qu’il n’en reste plus beaucoup.6587_10201370715369421_1518306189_n-225x300

À partir de là, on se dit que notre vie n’est pas si mal et qu’à quelque part on est chanceux. Mais surtout, on se dit que bientôt on ne sera plus où on est et on recommence à s’émerveiller.

Les rides de moto en montagne redeviennent excitantes,  les paysages qui sont devenus banals depuis le temps recommencent à nous surprendre, comme au premier jour. On recommence à prendre plus de photos. Au début on se disait que ce n’était pas nécessaire de sortir son appareil à tout bout de champ parce qu’on aurait le temps de revenir photographier, mais là, du temps, on en a de moins en moins. On vit chaque expérience à fond, parce qu’un jour, pour échapper à la routine, on va fermer les yeux afin de se retrouver exactement où on est en ce moment.

Le blues du 2/3, c’est un peu comme un cadeau qui vient te secouer juste au moment où tu commences à être confortable. C’est ce qui vient te réveiller juste au moment où tu commences à fermer les yeux devant la beauté du monde.

Et vous, l’avez-vous déjà vécu?

Article rédigé par Laurence

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